Archives de Tag: PCF

Les partis brûlent-ils ?

Pour mes camarades du PG qui gardent la tête froide.

Suite des réflexions entamées dans le précédent billet.

Petite précision à l’attention de ceux qui ne lisent que ce qui les arrange : je suis fermement favorable à la constitution de listes Front de Gauche aux municipales partout où cela est possible, comme je l’ai voté en mars dernier au congrès du Parti de Gauche. Cela inclut évidemment la ville de Paris.

Cela étant posé, je reviens sur le climat délétère qui gangrène actuellement les relations au sein du Front de Gauche et à l’intérieur du Parti de Gauche. Les responsables sont comme toujours à chercher dans la minorité. La minorité des dirigeants communistes parisiens, d’abord, qui propose à ses militants de se prononcer en faveur d’une liste commune avec la candidate solférienienne Anne Hidalgo dès le premier tour. Un tel choix serait, j’en suis convaincu, une grave erreur d’appréciation de la situation politique actuelle. Mais je l’ai déjà dit : c’est mépriser nos camarades parisiens que de partir du principe que ceux-ci feront le même choix que leurs dirigeants. Personnellement, j’espère qu’ils les contrediront, mais je n’ai pas d’information sur ce point, alors j’évite les plans sur la comète (contrairement à cette rumeur qui a circulé sur les réseaux sociaux, je n’ai jamais parié un restaurant avec Nathanaël que le PCF parisien s’allierait au PS dès le premier tour).

Plus grave que le mépris à l’égard de nos camarades communistes parisiens, le mépris que certains, notamment au PG, affichent à l’égard des autres camarades communistes. Ils semblent ne pas remarquer qu’à Marseille (qui est une petite bourgade sans importance, comme chacun sait), Aix, Montreuil et tant d’autres, le PCF a opté pour des listes autonomes sous l’étiquette Front de Gauche. Ce mépris là touche aussi les militants PG hors de Paris, qui se préparent à des situations bien délicates, quand ils devront travailler avec le PCF local tout en gérant la haine déversée par leur direction parisienne.

N'oublions pas ce qui nous rassemble.

N’oublions pas ce qui nous rassemble.

Une alliance PS-PCF à Paris serait à coup sûr un sale coup pour le Front de Gauche, je n’en disconviens pas, mais ce qui se joue ces jours-ci m’inquiète bien davantage pour l’avenir de celui-ci. Avec tout le respect que je dois à mon camarade Alexis Corbière, d’où lui vient cette certitude qu’un tel événement mettrait KO le Front de Gauche pour six mois au moins ? La vie politique française, ça n’est pas Paris, et ce genre de prophéties relève davantage de Paco Rabanne que de Karl Marx. Avec tout le respect que je dois à Jean-Luc Mélenchon, depuis quand ce discours qui consiste à mettre un partenaire au pied du mur à coup de déclarations du type « Personne n’est obligé d’être membre du Front de Gauche » ? Tout cela me rappelle tristement le slogan de Reagan « Love it or leave it ! »

Notre incapacité à bâtir une alternative à gauche depuis l’élection de François Hollande est décourageante, mais ce n’est certainement pas en cessant de faire de la politique qu’on avancera. Et ces derniers jours, la ligne du PG n’a rien de politique, et n’a aucun lien avec le « parti creuset » qu’il prétendait être quand j’y ai adhéré en septembre 2012. Elle se résume aujourd’hui en deux axes : premièrement, celui qui ne déverse pas sa haine sur Pierre Laurent et les communistes parisiens est un traître à la solde du gouvernement, deuxièmement, qui s’exprime contre le premier axe n’a pas sa place au PG et doit le quitter. Cela n’a rien de politique, c’est du chantage, et on en voit les effets. Ma décision de ne pas renouveler mon adhésion au PG serait anecdotique, si seulement je n’apprenais pas chaque jour le départ de tel ou tel camarade.

Quand j’ai rejoint le PG, le maître mot était « l’éducation populaire », ce travail qui avait conduit Mélenchon à un score historique à la présidentielle. Contrairement à ce que croient certains idolâtres, ce résultat n’est pas le fruit du seul charisme de tribun du candidat, mais bien le travail acharné des militants de l’ensemble des organisations du Front de Gauche, appliquées alors à défendre le projet de « L’humain d’abord » qui nous rassemblait alors, et, j’ose l’espérer, nous rassemble toujours. Seule cette stratégie pourra convaincre que le Front de Gauche est la véritable alternative aux angoisses de la classe ouvrière, pas le Front National. C’est en luttant aux côtés des travailleurs au quotidien, en expliquant à tous et sans relâche notre projet politique que nous gagnerons. Certainement pas avec ces querelles de riches, ces querelles d’apparatchiks qui ne donnent de nous que l’image de petits tyrans staliniens en puissance.

Bonus musical : Eiffel – Libre

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Paris brûle-t-il ?

On récapitule. La presse bourgeoise monte en mayonnaise la possible participation du PCF parisien à une liste commune avec le PS aux municipales. J’ai fait un test en salle des profs : tout le monde s’en fout, mais c’est sans doute parce qu’il s’agit d’une profession très peu politisée.

Malgré cela, on nous explique que ça serait une catastrophe pour le Front de Gauche qui ne s’en relèverait jamais. J’ai fait un test en géographie. Environ 63,6 millions de Français ne sont pas Parisiens. Rendez-vous compte : ça ne représente même pas 97% de la population française !

On nous explique aussi que la décision est pliée. « Mon Front, tout est rompu. » dit-on, plagiant Eugène Labiche, qui était clairement moins maître dans l’art du vaudeville qu’un quarteron d’apparatchiks en préretraite (Oui, moi aussi je trouve que j’abuse sur les références multiples). On a bien le droit d’avoir une rhétorique de vieux staliniens, on risque rien tant qu’on n’a pas le tampon « communiste ». (NDLR : Kamenev est et restera à jamais une insulte, qu’on se le tienne pour dit.) Peu importe si les « baseux » n’ont pas voté, ils suivront la voix de leurs maîtres, paraît-il. Tant pis si tous les militants n’ont pas les mêmes réflexes idolâtres.

On brandit la cohérence de la ligne, la vieille soupe des permanents du Colonel Fabien, toujours prêts à trahir pour des strapontins. Heureusement, on est une incarnation de la pureté politique, sans jamais le moindre coup bas. En fait, on est Lutte Ouvrière, transparents comme la communication d’un laboratoire pharmaceutique.

On s’inquiète de la soirée électorale du premier tour, quand les éditocrates feront leurs choux gras de la division du Front de Gauche à Paris (et sans doute ailleurs). Heureusement, on n’a jamais établi de théorie de la « gauche par l’exemple », de « radicalités concrètes », ou encore « d’éducation populaire ». Heureusement, on n’a jamais défendu l’idée de « bataille culturelle » chère à Gramsci, on n’a jamais parlé d’être « notre propre média ». Non, rien de tout cela, sinon tout notre argumentaire semblerait bien sournois. « Les gens » pourraient penser qu’on les jette dans les bras du Front National, à force de faire de grands discours auxquels on ne croit pas.

Putain, ça donne envie d’être militant !

Bonus musical : Rammstein – Links 2 3 4

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Les écosocialistes mangent-ils les enfants ?

C’est amusant comme depuis l’époque où un « spectre » hantait l’Europe, le pouvoir et ses relais médiatiques n’ont de cesse de disqualifier notre camp en nous flétrissant des pires maux. Être communiste, ou quoi que ce soit qui s’en rapproche, c’est nécessairement être un fou violent et sanguinaire, ou aspirer à le devenir. Quand nous ne sommes pas en train de dévorer des enfants, nous pratiquons l’antisémitisme, et le reste du temps nous nous baignons dans le sang de nos ennemis. Depuis le bolchevik au couteau entre les dents jusqu’à François Delapierre et son expression de « 17 salopards », nos adversaires font feu de tout bois pour nous discréditer. Comment pourrait-il en être autrement ? Je l’ai souvent répété : leur avantage principal réside dans une conscience de classes qui nous fait défaut. Ils savent qu’il s’agit d’une lutte à mort et que nos rêves doivent être anéantis.

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Parmi les journalistes aux ordres, il y a les vicieux, comme Monsieur Quatremer, qui élabore des raisonnements inquiétants pour déclarer que Jean-Luc Mélenchon est antisémite. Il y a le troupeau d’ânes fainéants qui répètent ce genre d’accusations en boucle, à l’image de Monsieur Aphatie, et puis il y en a un peu plus retors que d’autres. C’est le cas de Madame Sophie de Ravinel, qui écrit dans le Figaro

« Mais lui et d’autres dirigeants communistes présents au congrès, dont Pierre Laurent, ont été gênés, sans le dire publiquement, par la volonté exprimée par le PG de créer des «listes» de personnalités à faire tomber, que ce soit des chefs d’entreprise ou des maires… «Dresser des listes, c’est du populisme. Et les dérapages sont plus fréquents lorsque l’on prétend, comme le PG, vouloir concurrencer le FN sur son propre terrain, ce dont nous nous gardons», commentait dimanche un membre de la direction du PCF. »

En voilà, un propos bien sournois, autant qu’original. En effet, ce paragraphe est un prototype de malhonnêteté calculée. Ici, l’objectif est clair : remuer l’idée selon laquelle le Front de Gauche serait divisé avec d’un côté un PCF avec les gentils modérés, et de l’autre un PG avec les extrémistes violents. Tant mieux, ces attaques auront court tant que le Front de Gauche sera une formation politique qui effraie le pouvoir. Quant à mes camarades communistes, ainsi que ceux des autres formations du Front de Gauche, nous sommes conscients de la tâche que nous avons à mener. Nos désaccords sont plus rares que nos convergences, et l’unité est notre maître-mot.

Mais la malhonnêteté du propos vient ici surtout de la manière biaisée dont sont rapportés nos débats. De listes, il a été effectivement question, puisque c’était l’objet d’un débat concernant l’élaboration de notre texte d’orientation. L’amendement évoqué ici et soumis au vote des congressistes (Amendement n°2, soyons précis) se présentait sous la forme suivante :

« Aujourd’hui, la domination oligarchique n’a pas de limites, ceux qui construisent et renforcent ce système inique l’assument sans vergogne. Nous, la gauche qui se bat aux côtés des citoyens, nous la gauche par l’exemple, nous l’autre gauche, les désignons nommément comme responsables des dégâts et malheurs qu’accompagnent la confiscation des biens et des pouvoirs au peuple. Nous appelons au renversement du système oligarchique et à la révolution citoyenne. Les plus connus s’appellent Bouygues, Dassault, Proglio, Gohsn, Jouyet, Pujadas, Gallois, Migaud, Joffrin, Hees, Pépy, Giesbert, Minc ou encore Lauvergeon et Pflimlin. Sans oublier le discret Noyer, inébranlable depuis 9 ans à la tête de la Banque de France. »

Dans son introduction à la tribune du samedi matin, demi-journée où ce point a été débattu, François Delapierre prenait la défense de cet amendement. Son propos, en substance était le suivant. Lutter contre cette construction idéologique d’un capitalisme désincarné et contre lequel, par conséquent, on ne pourrait rien faire. Donner des noms, c’est en somme contredire la vieille théorie de la « main invisible » chère à Adam Smith. En aucun cas il ne s’agit de « personnalités à faire tomber », comme le prétend le Figaro. De plus, la liste présentée a pour but de souligner la connivence entre pouvoir économique, pouvoir politique et pouvoir médiatique, ce n’est pas en soit une liste noire, et certainement pas une liste exhaustive.

L’amendement cité ci-dessus a été rejeté par les congressistes. Certains trouvaient peu judicieux l’idée de « faire des listes ». D’autres, comme moi, y étaient favorables, mais trouvaient le paragraphe mal rédigé ou la liste pas assez pertinente. Sophie de Ravinel peut être rassurée, son patron, présent dans la liste, dormira quelques temps encore sur ses deux oreilles.

Bonus nécessaire : Pierre Desproges – La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède : Apprenons à reconnaître un communiste.

Bonus musical : Ghinzu – Cold Love

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Fralib, le soleil, et 80,000 copains.

Parmi les choses agréables de la vie, il y a les dimanches ensoleillés, quand la canicule est partie. C’est l’occasion de balades entre amis ou en famille, éventuellement d’un verre ou d’un croque-monsieur en terrasse. Une fois n’est pas coutume au mois de septembre, la journée d’hier était de ces dimanches. J’avais donc décidé d’y retrouver quelques amis, vers 13h30, Place de la Nation.

Vers midi, j’arrive donc sur le quai du RER, quelque part au nord de l’Essonne, et m’engouffre dans le premier train à destination de Paris. À peine entré, je reconnais dans un des carrés de sièges quelques amis qui eux aussi me reconnaissent. Chacun donne son prénom, mais leurs autocollants réclamant un référendum et mon drapeau du Parti de Gauche ont suffi à nous faire comprendre que notre destination était identique. La discussion s’installe autour du TSCG, de la politique catastrophique du gouvernement en place, des travailleurs en lutte un peu partout. Discussion naturelle dans ce genre de conditions. Cela se poursuit jusqu’à au changement de quai à Châtelet ainsi que dans le deuxième train qui nous emmène à Nation. Nos chemins se séparent ici.

Remonté à la surface, je me dirige vers le ballon PG, convaincu que c’est là que je vais croiser le plus de têtes connues. J’ai en effet rapidement l’occasion de saluer quelques visages déjà rencontrés ici ou là. Une fois encore, on ne retient pas tous les prénoms, mais les visages amicaux restent en mémoire. Je me dirige alors vers le carré de tête de notre cortège dominical, pas dans l’espoir d’y croiser une quelconque célébrité, c’est les jeu des journalistes, mais de saluer les camarades du service d’ordre. J’échange quelques mots, je pars m’acheter deux merguez glissées dans une baguette pas très fraîche, et puis j’aperçois Pierre (ou lui m’aperçoit, je ne sais plus) en compagnie de Philippe et Olga, puis on retrouve José et Hélène, en compagnie des « Fralib », « Fra-libres » entend-on parfois dans la bouche de gens dont la langue fourche joliment. Ils défilent parmi les premiers, ces travailleurs symbole d’une unité et d’une résolution sans faille contre l’injustice faite aux ouvriers. Je ne les quitterai qu’une fois arrivé Place d’Italie.

 

Défiler avec « Fralib », ça rend une manifestation particulièrement savoureuse. Ils ne sont pas sectaires, manifestant ensemble, toutes les bonnes volontés sont les bienvenues. Mon camarade José, du PG, tient une pancarte « Boycott Lipton » au premier rang devant la banderole, Éric Corbeaux, du PCF, animateur du Front des Luttes, tient avec eux la banderole « Unilever doit payer », on me demande de participer à la mise en place d’un cordon ayant pour but de rendre cette banderole visible par tous. Sur notre chemin, ceux qui sont la fierté de Gémenos sont souvent applaudis par la foule agglutinée sur les côtés, certains viennent nous voir, pour les encourager ou les féliciter. Moment intimidant, voire gênant pour moi qui me sent usurpateur de leur lutte. Chaque fois qu’on vient me souhaiter du courage, je m’empresse de préciser que je ne suis là qu’en sous-traitance amicale, que ce sont ceux autour de moi qui sont les véritables héros. Les camarades, eux, ont compris l’essentiel. On n’obtient rien sans unité, et on n’obtient pas l’unité sans joie. Les slogans ne sont jamais pleurnichards, et cèdent parfois la place à des commentaires avisés sur la dégelée de l’OM à Valenciennes. La détermination n’a de sens que si la bonne humeur domine.

 

Nous arrivons vers 16h sur la Place d’Italie, on prend quelques photos, on grignote un sandwich, et puis les camarades provençaux repartent en direction de la Gare de Lyon, il est l’heure pour eux de rejoindre les Bouches du Rhône. Je croise encore quelques camarades que je connais, un collègue de travail « toujours présent dans les mauvais coups » (pour le citer), on remonte le cortège en sens inverse, celui des syndicats, celui du Front de Gauche, celui du NPA, et en queue de cortège, le POI, improvisant un meeting en haut du Boulevard de l’Hôpital, appelant à maintenir l’unité des forces de gauche rassemblées aujourd’hui. Le camarade au micro dit tout haut ce que nous savons déjà tous : le traité mortifère sera voté. Qu’à cela ne tienne, les comités contre la ratification du TSCG doivent devenir naturellement des comités pour son abrogation. Ce sera le mot de la fin, et il me convient parfaitement.

Une pause en terrasse, on prolonge la discussion pendant une heure encore, puis retour en banlieue, un peu vidé, et surtout convaincu que ce combat là ne fait que commencer. Aujourd’hui j’ai vu 80,000 copains. ON LÂCHE RIEN !

En bonus : une vidéo faite par un camarade sur l’ensemble du cortège (et même qu’on me voit dedans) :

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Trois mots pour trois jours !

Hier soir, j’ignorais de quelle manière je vous raconterais ce qui était, je le rappelle, ma première fête de l’Huma. Les émotions qui m’ont submergées ces trois derniers jours avaient fait place à un vide mélancolique, je manquais de cet optimisme qui donne la force d’écrire, en somme j’étais vidé. Je ne souhaite pas écrire une dissertation sur ce qu’est la fête, je n’aspire pas à travailler pour le service communication du journal. Je ne raconterai pas non plus le week-end par le menu, par trop brouillon, qui créerait une indigestion du lecteur.

Je suis rentré avec cette conviction renforcée qu’on n’est pas, comme certains idiots le prétendent, plutôt pour la liberté quand on est de droite, plutôt pour l’égalité quand on est de gauche. Quand on est de gauche, on valorise et on associe ces deux concepts à l’aide de ce liant trop souvent méprisé : la fraternité. Pour cette raison, mes amis, mes camarades, j’ai écrit une très courte lettre que j’adresse au grand nombre.

À Nathanaël et José, pour leur parrainage dans les faits,

À Pierre, Benoît, David et à ceux avec qui on peut passer aisément de la discussion sérieuse à la tranche de rire,

Les baskets rouges, un devoir !

Aux militants vus ailleurs, dans les manifs et les meetings, à ceux que je n’avais jamais vus auparavant, aux camarades du PG de Montreuil en particulier ,

À Shaka Ponk, malgré la pètre qualité du son de la grande scène et l’inexpérience de ceux qui ignorent qu’un slam, ça se fait allongé et pas assis,

Au stand du PCF Savoie pour sa fondue,

Aux camarades en lutte de PSA et Fralib, avec qui j’ai pu échanger quelques mots, ou simplement les saluer,

Les Fralib sur la grande scène

À Patti Smith, qui me pardonnera de ne pas l’avoir vraiment écouté, car j’étais occupé à bavarder en riant avec des camarades,

Aux JC de Bordeaux, pour leurs merveilleux badges,

Pour les amateurs de créativité provoc’

À Alexis, pour cette recommandation avisée,

Au stand PCF de la Seine Maritime, qui a permis de démasquer des amateurs de Claude François,

À Jojo, mon vieil ami croisé par hasard.

À New Order, pour avoir fait plaisir à Papa,

À ceux qui luttent partout dans le monde, en Palestine particulièrement, qu’ils montent sur la grande scène ou qu’ils subissent l’isolement des geôles israéliennes,

À toi, camarade anonyme qui me faisait perdre trois phrases du discours de Jean-Luc Mélenchon à chaque fois que ton regard croisait le mien.

À Benoît, encore, pour son canapé, à José et Hélène, pour la voiture et pour les flics,

Au soleil, pour sa présence continue,

À Thiéfaine, enfin, pour le double mérite d’avoir livré un sublime concert (bien que trop court), et d’être arrivé sobre sur scène après avoir pourtant subi l’interminable discours de Patrick Le Hyaric,

La joie d’un grand concert pour conclure…

MERCI POUR TOUT !

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Réponse à Romain

Cher Romain, j’avais entamé une réponse à ton message en commentaire, avant de m’apercevoir que cela nécessitait un développement qui justifiait une note à part entière que voici. Encore merci pour ton avis, qui constitue pour moi une base solide de discussion.

Je commencerai par « expédier » les aspects qui me semblent mineurs. Pour ce qui est d’être « manichéen », j’accepte le qualificatif malgré sa connotation. Dans une société de classes, il y a l’oppresseur et l’opprimé, toute tentative de nuance n’est finalement que poudre aux yeux. Les classes moyennes n’existent que par une tentative d’expliquer que la politique, « c’est plus compliqué que ça ». J’accepte donc le terme bons et méchants, mais pas dans une optique morale. Les « bons » sont bons politiquement, parce qu’en défendant leurs intérêts de classe, ils défendent la notion philosophique d’intérêt général. Les « méchants » sont méchants parce qu’adversaires objectifs de la classe opprimée.

Ce qui m’amène à te répondre sur la question de la caractérisation politique (du PS et des autres). J’oppose « droite républicaine » (PS, EELV et une partie de l’UMP-Modem) à la droite qui avance à visage découvert (UMP-FN), id est la droite de la haine comme fondement idéologique. Qu’est-ce qui distingue ces deux droites ? Deux choses, fondamentalement. D’une part, il me semble qu’il s’agit d’un style qui pousse les uns à la retenue et les autres à la surenchère vulgaire et grossière du « Casse-toi pauv’ con ! » D’autre part, les positionnements sur des questions de société, avec des partis pris plus libéraux chez les uns, tels que le mariage homosexuel, l’apologie du métissage, le droit des femmes etc. Mais sur le fond, tout le monde est d’accord, voit le capitalisme en horizon indépassable de la société, et vote la fleur au fusil le MES et là « règle d’or ». Finalement, ergoter sur ce qu’est politiquement le PS, c’est se bercer de l’illusion démocratique du pluralisme. C’est pourquoi l’important ici, c’est pour moi d’affirmer que le PS, dans ses choix idéologiques, est objectivement un ennemi de classe.

Passons à ce qui me paraît être le point important de la discussion. Pour résumer en vrac, tu invoques trois arguments qui me semblent relever de la même problématique. la question de la communication, la question de la stratégie et la question du fond idéologique. L’essentiel de ma position a déjà été exprimée dans ma réponse à l’excellent article de cridupeuple, je me contenterai donc d’enrichir mon propos. Je partage complètement ton avis sur la nécessité d’unité des forces progressistes, et j’espère qu’il n’y a eu aucun malentendu à ce sujet. Je suis le premier à penser que tant que nous nous battons entre nous, le patronat se frotte les mains. En revanche, je réfute l’idée d’une unité incluant le Parti Socialiste, qui est un parti bourgeois pro-capitaliste. Nous vivons une période de « recadrage » idéologique, la campagne d’entre deux tours de Nicolas Sarkozy en est la manifestation évidente dans le camp de nos adversaires. Dans cette perspective, il est exclu que le Front de Gauche, et principalement le PG et le PCF, participe à ce recadrage en courant après les idées social-démocrates de gestion « moralement acceptable » du capitalisme. Il n’est pas plus acceptable en ce début de XXIème siècle de penser le progrès social sous une forme réformiste. Les expériences historiques passées – Révolution Française en tête – et les participations du PCF à de nombreux gouvernements pilotés par le PS en ont largement montré les limites.

J’en arrive donc à ce qui me semble être notre véritable point de divergence. Tu écris : « Si nous devons, pour reprendre une expression restée célèbre “plumer la volaille socialiste”, il est impératif de ne pas s’en aliéner la base. Ça passe donc par la politesse et la courtoisie avec les militants PS, et avec une attitude positive vis-à-vis du gouvernement. » Le PS ne se combat pas de la même manière que le Front National, mais le PS doit être combattu. Ne pas s’aliéner les militants du PS, cela commence par les prendre pour ce qu’ils sont. Ils ne sont pas, pour reprendre l’expression de Marx, un « Lumpën-prolétariat » sans culture politique. Augmenter le SMIC, interdire les licenciements etc. est un discours susceptible de capter l’attention des plus malheureux, mais ce réformisme diluant n’a pas sa place dans un dialogue avec un militant socialiste. En effet, la bataille se situe ici à un niveau clairement idéologique. C’est pourquoi je conteste complètement la dichotomie entre stratégie et « philosophie ». On doit se demander plutôt quelle est la racine de la discorde entre « réformistes » et « révolutionnaires » du XXIème siècle. Au XIXème siècle, on n’y voit qu’une différence de moyens mis en œuvre pour mettre fin à la domination capitaliste. Aujourd’hui, il y a clairement d’un côté ceux qui sont pour la réduction des inégalités (encore que quand je vois Manuel Valls et DSK, j’ai des doutes) dans le cadre de la société bourgeoise, et de l’autre ceux qui sont favorables à la destruction pure et simple de la société capitaliste par l’abolition de la propriété privée des moyens de production, pour forger une société sans État et sans classes. C’est en réalité un affrontement de paradigmes, au sens où Thomas Kuhn l’expose – dans un autre cadre, certes – dans La structure des révolutions scientifiques. Plus précisément, je justifie mon analogie par la présentation par son auteur du concept d’incommensurabilité. En deux mots, Kuhn défend l’idée qu’on ne peut pas défendre les théories d’Einstein dans un cadre Newtonien, parce que les deux théories ne parlent tout simplement pas de la même chose, les paradigmes, id est notamment les postulats de départ sont en contradiction quasi-ontologiques. Le parti socialiste, spécialiste en stratégie, a bâti sa ligne actuelle sur la construction de concepts ineptes, aussi bien philosophiquement que politiquement, à coups de votes utiles et de distinction spécieuse entre capitalisme productiviste et capitalisme spéculatif. Mais, me diras-tu, Marx lui-même parle d’aristocratie financière, dans Les luttes de classes en France de 1848 à 1850. Certes, mais il démontre que cette aristocratie financière provoque la défaite de la petite bourgeoisie. On voit bien là que l’enjeu n’est pas pour les socialistes de combattre le capitalisme, mais de s’adresser à cette catégorie illusoire qu’est la classe moyenne, c’est à dire la petite bourgeoisie laborieuse qui a peur du déclassement social.

C’est pourquoi, en conclusion, j’estime que respecter les militants socialistes, cela consiste à démasquer systématiquement l’imposture idéologique de la Realpolitik gestionnaire de la rue de Solférino.

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La goutte d’eau …

Voter François Hollande, c’était pour moi une nouvelle couleuvre difficile à avaler. Hésitant au soir du premier tour, le discours du candidat Sarkozy entre les deux tours était tellement nauséabond que voter Hollande, c’est devenu crucial pour nous débarrasser de ces torrents de haine. Je me souviens néanmoins m’être donné jusqu’au 4 mai, journée du meeting du Front de Gauche place de Stalingrad, pour prendre une décision définitive. Les discours de Jean-Luc Mélenchon et de Pierre Laurent avaient achevé de me convaincre.

Mélenchon à Hénin-Beaumont, je trouvais ça d’autant plus sympathique qu’originaire de Lens, j’associais le politique à l’affectif. Et patatra! Trois jours suffisent à mettre en rogne, à l’heure même où le nabot élyséen plie bagages.

D’abord dimanche, lors de l’émission C Politique, Jean-Luc Mélenchon reprend à son compte la théorie de Robespierre sur la propriété privée. Chez Robespierre, ça donnait : « Le droit de propriété est sacré, il faut le limiter ». Chez le candidat du Front de Gauche, les termes diffèrent légèrement mais le fond reste.

Dimanche, toujours, le PCF participe à une négociation tri-latérale avec les inexistants de l’écologie (EELV) et le PS (droite que je qualifierai de républicaine, par opposition à l’UMP-FN) pour obtenir des circonscriptions « gagnables » aux législatives à venir. Bêtise désormais séculaire du PCF, qui, à la théorie stalinienne déjà douteuse de la « révolution dans un seul pays » (au prix de toutes les trahisons, cf. à ce sujet l’excellent Homage to Catalonia de George Orwell), substitue désormais la protection stalinienne de l’ordre bourgeois. Parfois, je me dis que des mecs de droite ont raison de parler de parti « d’un autre temps ».

Lundi, j’écoute Jean-Luc Mélenchon, encore lui, sur France Inter. Le refinancement de la dette grecque, non, camarade Jean-Luc ! Les banquiers qui vivent sur la souffrance de nos camarades grecs sont des prévaricateurs. J’incite nos camarade grecs à refuser de payer cette note illégitime. Faire les poches des banquiers, ça commence par les empêcher de s’attaquer aux nôtres. Ils suivraient ainsi le modèle des camarades islandais, qui vont bien mieux aujourd’hui qu’il y a trois ans, et celui bien plus célèbre encore des camarades soviétiques de la révolution d’octobre.

Mardi, enfin, cette lettre pathétique adressée à Jean-Marc Ayrault, dont je ne citerai que le début, prière de ne pas rire, c’est sérieux :

« Monsieur le premier ministre cher camarade » (sic) puis :
« L’élection de François Hollande et votre nomination ouvrent une possibilité pour qu’enfin les exigences de notre peuple soient entendues. »

C’était donc ça, Jean-Luc, qui t’a poussé à nous demander de voter pour le mou corrézien ? Moi je croyais qu’on n’attendait rien d’eux. Ne rien attendre, je pensais que c’était plus qu’une posture consistant à refuser tout siège ministériel (encore eût-il fallu qu’on vous en propose), je croyais qu’il s’agissait de continuer le combat contre cet ordre capitaliste que Monsieur Hollande représente aussi bien que ses prédécesseurs.

Camarade Jean-Luc, François Hollande n’est pas un interlocuteur crédible, auprès de qui on pourrait faire avancer nos idées. François Hollande, nouveau président de cette Vème république si hostile à l’émancipation des classes laborieuses, n’est ni plus ni moins qu’un ennemi de classe !

Pour les traîtres et pour les idiots béats, un constat politique qui m’est malheureusement trop familier : « Un autre protestataire a franchi la ligne, pour constater que l’argent est de l’autre côté ». C’est pas de moi, c’est du Green Day.

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