Archives de Catégorie: Luttes

Lettre à un frère.

Salut mon pote,

Pardonne-moi de ne pas t’avoir écrit plus tôt, des contraintes professionnelles ont phagocyté mon temps cette semaine. Le genre de trucs qui te met « charette » au moment où le soleil se décide enfin de passer un peu de temps dans le ciel parisien. Rien de grave, juste des trucs qui prennent la tête, des trucs de boulot. Pour te dire à quel point j’ai vécu dans une bulle, j’ignorais que c’était le bordel en Turquie et pire, je ne sais pas qui a écrit les moments forts de Rolland Garros cette année.

Tu es un peu jeune pour avoir vécu ça, peut-être, mais ça m’a rappelé le vingtième siècle, quand il n’y avait pas de téléphones portables, pas internet. On partait quinze jours en vacances dans une location en Ardèche, sans télévision. Comme coupés du monde, on n’était touchés que par les nouvelles vraiment majeures. Seul un événement grave pouvait perturber ces moments d’isolement.

Aujourd’hui, je ne peux que constater avec impuissance à quel point je t’écris tard, trop tard. Ce sont mes amis qui ont diffusé ta photo un peu partout sur internet. J’étais un peu jaloux : je suis toujours un peu jaloux des beaux mecs. C’est Twitter qui m’a rappelé ton prénom. C’est Le Monde qui a dressé ton portrait. Je sais pas ce que tu en penses, mais il m’énerve, ce portrait. Ils disent à quel point tu es quelqu’un d’admirable, frôlant la perfection. Brillant, affable, sans tâche. Ce n’est pas te rendre honneur, parce que je sais qu’avant tout cela, tu es humain, donc bourré de défauts autant que de qualité. On n’en a jamais parlé, mais j’aime bien me dire que comme moi et comme ceux que j’aime, tu as déjà déçu un ami, tu as déjà été cruel avec un un-e amoureux-se… Je n’aime pas les figures lisses.

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D’après David Lodge, H.G. Wells affirmait qu’un athée devrait avoir un droit de regard anticipé sur sa nécrologie. Les croyants s’en fichent, occupés qu’ils sont après leur mort à observer les vivants. Je n’aime pas ce portrait qu’on fait de toi, parce que je ne veux pas qu’on te transforme en « martyr ». Ce n’est pas parce que tu étais un chic type que ce qui t’est arrivé est un cauchemar. Le crime n’aurait été pas moins odieux si c’était tombé sur une petite fiente égoïste. Ce qui est odieux, c’est que ce drame qui te touche prouve combien ton combat était juste. Ce qui est odieux, c’est que tu as été victime d’un danger contre lequel le gouvernement a depuis longtemps cessé de nous protéger. Ce qui est odieux, c’est que les collectifs « antifa » soient devenus les derniers remparts contre la peste brune. Je n’aime pas les fabricants de martyrs, ceux qui te diront que « tu n’es pas mort en vain ». On meurt toujours en vain quand on a 19 ans. On meurt toujours en vain quand on n’a pas été protégé par ceux qui en ont la mission.

Clément, ta mort me touche, bien qu’on ne se soit jamais rencontrés. Ta mort me bouleverse, mais pas parce que tu étais quelqu’un de merveilleux, je n’ai pas eu l’opportunité d’en témoigner. En revanche, je sais que combattre ensemble pour la justice, cela transforme deux étrangers l’un à l’autre en deux frères complices. Cette semaine, mes frères et moi avons perdu un jeune frère, voilà ce qui nous bouleverse.

Salut Clément, le combat continue.

Bonus musical : Ghinzu – Seaside Friends

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L’oligarchie : Better dead than red ?

« Ce n’est pas le locataire du sixième qui est antifasciste, c’est le fascisme qui est anti-locataire du sixième. » Gabriele dans Une journée particulière (Ettore Scola, 1977)

Si j’évoque la célèbre réplique de Marcello Mastroianni à Sophia Loren, ce n’est pas pour évoquer la tradition homophobe des mouvements fascistes. Pourtant, c’est une tradition qui fait froid dans le dos. Himmler, par exemple, déplorait qu’on débusque chaque année dans la Waffen SS une poignée de ces « dégénérés », et avait à cœur de l’en débarasser :

« Aujourd’hui encore, il se présente tous les mois un cas d’homosexualité dans la SS. Nous avons de huit à dix cas par an. J’ai donc décidé la chose suivante : dans tous les cas, ces individus seront officiellement dégradés, exclus de la SS et traduits devant un tribunal. Après avoir purgé la peine infligée par le tribunal, ils seront internés sur mon ordre dans un camp de concentration et abattus pendant une « tentative d’évasion ». Dans chaque cas, le corps d’origine de cet individu en sera informé sur mon ordre. J’espère ainsi extirper ces gens de la SS – jusqu’au dernier. Je veux préserver le sang noble que nous recevons dans notre organisation et I’oeuvre d’assainissement racial que nous poursuivons pour l’Allemagne. » Discours d’Heinrich Himmler prononcé le 18 février 1937.

L’homophobie, quoi qu’on puisse dire, est comme toute autre forme de discrimination un des oripeaux funestes du fascisme. Être homophobe, c’est en assumer l’héritage idéologique. Nul ne peut aujourd’hui nier sans malhonnêteté que la « manif pour tous », cette manif de la honte, est une démonstration fasciste. J’emploie le terme à dessein. On ne peut plus y voir un simple rassemblement de droite conservatrice, ni même d’extrême-droite. Ce qui se joue sous nos yeux, c’est l’agglomération de courants réactionnaires qui ne se parlent pas « en temps normal ». En temps normal, c’est à dire dans les conditions « normales » de l’exploitation capitaliste, les « cols Claudine » et les nostalgiques du IIIème Reich ne se fréquentent pas, pas du même monde. La seule chose à même de les réunir, c’est l’émergence d’intérêts convergents issus d’une crise du système.

« Plutôt Hitler que le Front Populaire », « Better dead than red », ces mots d’ordre éternels de la bourgeoisie réactionnaire résument ce qu’est le socle de la pensée fasciste : l’anticommunisme et plus généralement l’opposition à toute pensée progressiste. La bourgeoisie au pouvoir se fiche pas mal de la corruption de l’État : elle en est la bénéficiaire. Ce qui l’inquiète, c’est la fragilisation du système par les contestations populaires que cette corruption engendre. Il y a donc convergence d’intérêts dans l’objectif d’étouffer la contestation. C’est le sens de la phrase de Mastroianni. Affirmer nos prétentions d’émancipation, c’est ce qui réveille les loups. On a rarement vu quiconque abandonner un pouvoir sans y avoir été préalablement forcé, et les organisations fascistes ne sont rien de plus que le rempart idéologique (voire armé) d’une bourgeoisie qui, préoccupée par l’urgence de sa propre conservation, a tombé les masques.

Le drapeau rouge sur le Reichstag, voilà leur crainte.

Le drapeau rouge sur le Reichstag, voilà leur crainte.

Quand les éditocrates nous reprochent, par notre appel à une VIème République, de « faire le jeu du Front National », il s’agit là d’une théorie qui dépasse de loin les simples comptes d’apothicaires électoraux. Ce qu’on nous reproche, en fait, c’est d’éveiller la conscience de classes. Le raisonnement est d’une perversité rare. En effet, en l’absence de conscience de classe chez les opprimés, la domination de classe est aisément organisée par les partis « classiques » de l’oligarchie. C’est l’éveil à cette conscience des classes qui provoque la guerre de classes, et dans cette lutte, la bourgeoisie se tourne vers les organisations en mesure de « verrouiller » le système, c’est à dire les organisations fascistes.

Le rôle de ces organisations est de disqualifier notre discours, et nous connaissons leurs méthodes. J’en retiens principalement deux. La première consiste à organiser un climat délétère fait de violences, soit pour nous intimider (les méthodes classiques du GUD), soit carrément pour nous en accuser (l’incendie du Reichstag). Pour cela, rien de plus simple. Il suffit de jouer sur la peur de l’autre et la transformer en haine. Les fascistes organiseront donc la stigmatisation des juifs, des roms, des homosexuels etc. afin d’ouvrir le champ à la violence.

GUD, tu es mon ennemi.

GUD, tu es mon ennemi.

La seconde méthode, plus sournoise, relève de la bataille culturelle. Quand Christine Boutin reprend le slogan du Front de Gauche : « On lâche rien ! », je ne peux m’empêcher de penser au Maréchal Pétain qualifiant la République d’Ancien Régime. Retournement sémantique utilisé aussi dans l’expression « Révolution Nationale », quand le régime de Vichy était en réalité synonyme de contre-révolution. De même, quand Frigide Barjot parle de déni de démocratie, c’est en réalité son camp qui refuse le processus démocratique. La récupération terminologique n’est pas innocente. Il s’agit de créer un amalgame, de masquer les profondes différences idéologiques entre le camp du progrès et celui de la réaction. En nous disputant jusqu’à nos propres mots, nos adversaires empêchent le développement et la diffusion de nos idées.

Voilà donc ce que nous promettent ceux qui prétendent que nous faisons le jeu de l’extrême-droite. Comme dit le proverbe, « quand on veut noyer son chien, on l’accuse de la rage », et ce discours est bel et bien celui de ceux qui sont conscients de la honte de leur compromission. Ils veulent nous faire croire que nous les poussons au fascisme par notre refus de l’aliénation de classes, mais nous savons qu’ils se jettent dans les bras de cette idéologie funeste par haine de la classe ouvrière et de sa volonté d’émancipation.

Bonus musical : Les Béruriers Noirs – Porcherie

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Ding Dong The Witch Is Dead…

Ça faisait longtemps que je souhaitais publier un article sérieux et sans mots grossiers. Alors j’en ai confié la tâche à mon copain Pierre. Il s’en tire avec brio même si quelques grossièretés persistent : Thatcher, Reagan, Le Pen… Bref, je lui cède la parole et le remercie sincèrement pour ce super boulot.

À tous les Étienne Lantier,

Il y a de ça une semaine mourait Margaret Thatcher. Un ami me demandait encore aujourd’hui ce qu’on pouvait en penser, tant les avis exprimés lors de son décès ont été divers et bien souvent diamétralement opposés. De cela, nous ne sommes pas étonnés. Nous savons depuis longtemps que la lecture du monde est question d’idéologie. Et parce que nous savons de quel côté nous sommes, nous savons quoi en penser. Et puisqu’il est l’heure des funérailles, nous savons qu’il est également temps de solder l’héritage.

De celle qui fût la première dirigeante des Tories ainsi que la première – et pour l’instant la seule – femme à occuper le poste de Premier Ministre du Royaume-Uni, beaucoup a donc été dit. Certains ont voulu en faire un symbole. Étonnamment, ceux qui mettent en avant le fait que Thatcher était une femme pour la célébrer ne sont pas forcément ceux qui portent le plus le féminisme dans leur cœur. Mais c’est après tout fort logique, de la part des laudateurs de celle qui déclara que « le féminisme est un poison », et qui passa son temps à « essentialiser » les femmes, elles à qui il faudrait confier une tâche si l’on veut être certain qu’elle soit menée à bien. Elle qui interdit également toute « publicité » de l’homosexualité

Que retenir de Margaret Thatcher donc ? Qu’elle fut l’incarnation même, comme Ronald Reagan outre-Atlantique, du virage néo-libéral qui s’est étendu sur les grandes puissances capitalistes au cours des années 80. Probablement personne n’a mieux qu’elle semblé incarner une idéologie au sein de la deuxième moitié du XXème siècle. L’incarner avec force, constance et fierté. Quand elle arrive au pouvoir en 1979, Thatcher est investie d’un mandat précis : en finir avec l’État et tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la protection sociale. Force doit rester à l’entreprise et à l’économisme : la gestion comptable prime sur tout autre aspect. Fini le conservatisme tranquille à la papa. Le Royaume-Uni doit changer, et ce, dusse-t-il se transformer en champ de ruines.

Son programme libéral, Margaret Thatcher va l’appliquer sans en démordre. Privatisations massives, coupes dans les budgets sociaux, réforme de la City accompagnant la libéralisation de l’industrie financière… Thatcher n’a cure des protestations et des syndicats. C’est même pire que cela : elle sait qu’il faut, pour accompagner la désindustrialisation massive du Royaume-Uni, détruire les organisations ouvrières héritées de dizaines d’années de luttes. Comme Ronald Reagan en 1981 avec les contrôleurs aériens, elle va donc engager une lutte à mort avec l’un des plus grands symboles de l’histoire ouvrière : les syndicats de mineurs.

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Manifestation de soutien aux mineurs

Elle va donc annoncer la fermeture prochaine de vingt mines déficitaires, coïncidant avec la suppression de 20 000 postes. Et faire durer la grève. Le syndicat des mineurs, la National Union of Mineworkers (NUM), est rejoint par d’autres syndicats, notamment de dockers. Les ports se retrouvent totalement paralysés. Elle va alors menacer d’employer l’armée contre les dockers, rendre illégale les grèves de soutien aux mineurs, les piquets de grève devant les entrées d’usines… La police est employée pour empêcher les grévistes d’aller convaincre leurs collègues des autres mines de les rejoindre. La NUM se retrouve ainsi coupé de ses soutiens potentiels. En criminalisant l’action des mineurs, en la faisant durer le plus possible, elle joue la carte de la division au sein des mouvements ouvriers. Le parti travailliste s’éloigne des syndicats, la NUM se retrouve isolé, puis voit ses avoirs gelés, et, le temps passant, les travailleurs des puits non directement menacés de fermeture reprennent le travail.

Thatcher va également jouer la carte du pourrissement au sein même des collectivités de mineurs des puits. En laissant durer, en criminalisant la grève (il y aura plus de 11 300 arrestations), en faisant intervenir très régulièrement les forces de police, notamment pour escorter les non-grévistes jusqu’aux puits, elle sait qu’elle va durablement diviser les mineurs. Quand les derniers puits reprennent le travail, un an après le début de la grève, les mineurs n’ont rien obtenu. Leur syndicat est en lambeaux, le Labour a pris ses distances d’avec les syndicats, qui ne sont plus soutenus par l’opinion publique. Et plus que tout, c’en est fini des communautés de mineurs et de tout ce qu’elles représentaient. Ces hommes et ces femmes, qui avaient été parmi les premiers outre-Manche à mettre en place des mutuelles en prélevant sur leurs salaires, des lieux communs, qui avaient pris conscience de leurs intérêts de classe communs et de la nécessité de l’organisation pour leur défense, vont peu à peu disparaître du paysage économique et historique britannique.

Résultat de la politique thatcherienne ? Une production manufacturière qui ne retrouvera son niveau de 1979 qu’en 1990… année de son départ. Des régions entières minées par le chômage et tous les problèmes qui peuvent en découler (toxicomanie quasi épidémique, etc.). Une génération de jeunes chômeurs qui se dirigera en partie vers des groupuscules d’extrême-droite, notamment autour de la mouvance skinhead, qu’elle récupère à cette époque. Des inégalités qui augmentent massivement. Des services publics privatisés et dont la qualité du service s’est énormément dégradée.

Et cette politique jusqu’au-boutiste, Thatcher va la montrer également sur l’international, renouant avec un impérialisme décomplexé. La guerre coloniale des Malouines fera pratiquement 300 morts dans les rangs britanniques. Elle fera partie de ceux qui pousseront George Bush à la plus grande fermeté à l’égard de l’Irak après l’invasion du Koweit. Et surtout, elle se montrera sans pitié à l’égard des prisonniers nord-irlandais en grève de la faim pour exiger le statut de prisonnier politique. Dix d’entre eux mourront à Long Kesh dans l’indifférence la plus totale de la « Dame de Fer ».

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Bobby Sands, un des dix irlandais morts à Long Kesh

Finalement, Margaret Thatcher sera contrainte par son propre parti de quitter le pouvoir. L’instauration de la poll tax, un impôt immobilier particulièrement injuste puisque sa valeur est la même pour tous, quels que soient le revenu et le capital, sera la goutte de trop. Face au mécontentement populaire, le parti conservateur la contraint à démissionner au profit de John Major.

La période Thatcher laissera cependant une profonde trace au Royaume-Uni. Non seulement, comme on l’a vu, sur le plan économique, mais également sur le plan politique. Le mouvement social organisé autour des syndicats ne s’en relèvera pas. C’est à peine s’il commence à renaître de ses cendres, notamment autour d’associations plus ou moins « apolitiques » et décentralisées. Le parti travailliste s’en est quant à lui durablement éloigné. Confronté au profond glissement à droite de la politique britannique, il finira par s’en accommoder dans l’espoir de retrouver le pouvoir. Tony Blair incarnera ce New Labour de l’aggiornamento, qui théorise une troisième voie entre le capitalisme et le socialisme, désormais considéré comme une volonté de lutter contre des « injustices sociales », et non plus un horizon à atteindre.

On raconte d’ailleurs que, lorsqu’on lui a posé la question de savoir ce dont elle était la plus fière, Thatcher aurait répondu « Anthony Blair ». Que l’anecdote soit apocryphe ou pas, peu importe. Reste cette constatation : la transformation radicale de la société a disparu du champ idéologique du principal parti de « gauche » britannique. Qui n’a fait que poursuivre le travail de libéralisation économique de la société entamé par Thatcher.

L’erreur fondamentale serait cependant de ne considérer l’héritage de Thatcher que sous un angle britannique. Si elle fut peut-être la meilleure représentante du néo-libéralisme et de l’impérialisme, elle incarne justement toute une vague qui s’abattit sur le monde occidental de dirigeants européens prêts à tout pour venir à bout des acquis ouvriers et pour accompagner le mouvement de désindustrialisation. Il faut se rappeler qu’à l’époque, Jacques Chirac comme Jean-Marie Le Pen revendiquaient leur proximité avec Ronald Reagan, pendant viril du tandem anglo-américain. Nous ne serons donc pas étonnés du communiqué du FN à propos du décès de Thatcher, louant sa politique libérale et son « anti-européisme ».

Il faudrait en effet n’avoir que peu de mémoire pour voir dans le FN un opposant à la politique thatchérienne. Il faudrait oublier qu’elle fût une amie proche de Pinochet, qui mit en place au Chili sous la dictature les mêmes politiques théorisées par Milton Friedman. Oublier qu’elle a soutenu le régime d’apartheid face à l’ANC et à Nelson Mandela qu’elle qualifia de terroriste. Ce serait oublier que le capitalisme s’accommode très bien de la dictature quand cela lui est nécessaire. Et que l’extrême-droite, elle, est une composante assumée des forces capitalistes. Il serait également étonnant de ne pas voir que Thatcher et sa politique restent un modèle pour certains. On s’en réclame d’ailleurs en Corée du Sud… Il faudrait ne pas voir le parallèle entre la grande grève des mineurs britanniques et la grève des mineurs espagnols : des hommes et des femmes qui se battent pour défendre leur emploi, leurs mines et toute l’économie de leur région. Des hommes et des femmes criminalisés, auxquels on oppose les forces de l’ordre, et parmi lesquels on attend tranquillement que des dissensions se fassent sentir. Comment ne pas voir que quand on réprimait les manifestations de mineurs avec la police montée au Royaume-Uni, on envoyait en France les voltigeurs lors des manifs étudiantes. Que les mêmes privatisations, la même libéralisation économique et financière ont eu lieu des deux côtés de la Manche. Que, partout en Europe, les partis sociaux-démocrates ont renoncé à la lutte des classes et à la transformation profonde  de la société.

Queen

Allégorie

Le testament de Thatcher, le voici, et il est écrit du sang des ouvriers. Margaret est dans la tombe, et nous regarde en riant.

Un merci tout particulier à Nicolas, Jérémie et Élise,

Bonus multiples :

  • Dans Là-bas si j’y suis, reportage au Pays de Galles chez des mineurs qui ont racheté leur mine à sa fermeture et sur l’importance des communautés de mineurs au sein du mouvement ouvrier.
  • Toujours dans Là-bas… une série sur les années 80. Pour se rappeler que Thatcher n’était pas seule.

Bonus Football : Les Reds de Liverpool rendent un bien bel hommage à Maggie.

Bonus Musical : From « Wizard of Oz » musical – Ding Dong the Witch is dead

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Le PS aux frontières du réel.

Cahuzac est-il le plus sérieux problème de parti soi-disant socialiste ? Il y a de quoi en douter. Bien entendu, pas question pour moi de minimiser ce qu’il convient d’appeler « l’affaire Cahuzac », mais ce n’est jamais qu’un fait-divers. Surtout, j’ai déjà exprimé en quoi ce genre de scandales me semble illustrer un système tout entier, c’est à dire que sa portée dépasse de loin le seul cadre du parti installé à deux pas du musée d’Orsay. Avec un peu d’astuce, ceux qui ne sont pas à un retournement de veste près pourraient même en tirer profit. On donne le porte-voix à la soi-disant aile gauche du cartel, qui en s’offusquant publiquement remplit la mission de rendre une image de probité à l’ensemble. Cahuzac n’est pas complètement paranoïaque quand il affirme que l’on s’acharne sur lui : le PS et le système capitaliste ont trouvé l’homme à lyncher, le goudron et les plumes arrivent. Surtout, c’est l’opportunité d’une formidable diversion : la faute d’un seul homme devient la faute d’un homme seul, et revêt nécessairement la forme d’une faute morale.

Il s’agit donc de « moraliser la vie politique ». Ici, la question n’est pas tant de déterminer si celle-ci est devenue « immorale », mais de ne surtout pas la présenter comme « amorale ». La distinction n’a rien de négligeable. Les questions de morale relèvent de la sphère privée : si j’attends d’un représentant de la nation une probité sans faille, c’est à dire tout simplement le respect de la loi, le terme de « morale » m’est étranger sur le plan politique. Prenons un exemple pas si ancien. Quand Nicolas le Petit fête sa victoire de 2007 au Fouquet’s, ce n’est pas l’indécence de l’étalage de la richesse qui me choque : qu’un homme qui a de l’argent aime le dépenser, rien de blâmable. Ce qui me fait réagir, c’est que nous vivions dans un système où les uns peuvent dépenser plusieurs milliers d’euros pour un repas de fête quand d’autres crèvent de faim. Ce constat là n’est pas moral : il est politique. Le problème du Fouquet’s, du yacht de Bolloré ou des bijoux de Rachida Dati, c’est que leur fonction symbolique est d’abord de rappeler que pour qu’il y ait des riches, il faut qu’il y ait des pauvres, et réciproquement. Vouloir « moraliser » la politique, c’est avant tout la nier.

Voilà un tweet qui résume tout !

Voilà un tweet qui résume tout !

Ce tour de passe-passe idéologique, le PS en a un besoin vital, car il a cessé d’être un parti politique, pour n’être plus que la courroie de transmission d’un système économique. Autrefois parti de la classe ouvrière pour ensuite s’en désintéresser et devenir le parti des « CSP + », autrement dit le prolétariat instruit, celui des cadres et des professions libérales, l’officine de la rue de Solférino est désormais l’alliée délibérée du Capital. Gauche caviar ou cassoulet, devenue gauche de renoncement, la première année du quinquennat Hollande-Ayrault marque le passage à une gauche capitaliste, autrement dit : la droite, les ennemis de classe. La morale en politique, c’est ce qui permet de se retrouver sur des thématiques consensuelles : la guerre c’est mal, la famine c’est triste, etc. Moraliser, c’est un hochet, un trompe l’œil à usage récréatif, une diversion à l’attention de la populace !

C’est donc dans ces conditions que les ouvriers de PSA, qui s’invitent ici et depuis quelques temps, ont mis samedi le cap sur le Parc de la Villette, à l’occasion du conseil national du parti sournois. Alors qu’au Parti de Gauche, nous nous adressons à la classe ouvrière, alors qu’au Front de Gauche nous avons vocation à renouer avec la notion de « grand parti des travailleurs », ceux-ci ne sont pas les bienvenus chez nos « camarades » de ce gouvernement faussaire. En témoigne l’évacuation en urgence du premier steward. Le Parti Socialiste n’est plus, il dérive à tribord depuis si longtemps qu’aujourd’hui ses dirigeants ont peur des ouvriers, comme de bons bourgeois tout droit sortis d’un roman d’Émile Zola. On comprend mieux pourquoi ils ne cessent de fustiger notre soi-disant « populisme ». Ils ont depuis trop longtemps perdu de vue ce qu’est le peuple, et ils en ont désormais peur.

Une ultime enquête pour l'agent Mulder

Une ultime enquête pour l’agent Mulder

Je continue de penser qu’il reste des militants un peu de gauche au PS, et qu’il y a des électeurs qui pensent vraiment voter à gauche lorsqu’ils choisissent cette formation, mais le récit par le Journal du Dimanche de l’irruption de travailleurs en colère est édifiant. Que penser quand Benoît Hamon, d’après ce récit, évoque « l’irruption du réel dans les débats » ? Mais ! Les mecs ! Vous vous rendez compte que vous déclarez publiquement que faute de tambours et trompettes, vous êtes concrètement passés à la sodomie de drosophiles ? Si vous prétendez être les champions de la Realpolitik, mais que vous êtes traumatisés par l’intervention de la réalité dès qu’elle prend la forme du sang, de la sueur et des cris ouvriers, alors quel genre d’homme êtes-vous devenus ? La pseudo aile gauche de votre formation peut bien gesticuler, faire mine de taper du poing sur la table ou pleurnicher, cette phrase à elle seule prouve que le Parti Socialiste est un corps mort. Et comme tous les corps morts laissés à l’air libre, il dégage une odeur bien peu ragoutante.

Merci à Oskar Kermann Cyrus pour son aide précieuse…

Bonus musical : Didier Super – Marre des pauvres

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Nanterre, le 2 avril, à 13 heures

Pas besoin de faire un long billet aujourd’hui. Tout ce qui doit l’être a déjà été écrit . Ce qui comptera demain, c’est que nous répondions à l’appel. Ce qui comptera demain, c’est l’expression de notre solidarité. Ce qui comptera demain, c’est de faire corps derrière notre camarade Gérard Cazorla.

Pas besoin de vous en dresser un portrait aux petits oignons, pas besoin d’en faire un syndicaliste hors du commun. Ce qui est important, c’est que c’est l’un des nôtres que l’on attaque, et on ne laisse pas l’un des nôtres seul face à l’ennemi.

FRALIB

La seule véritable force de notre adversaire, c’est sa capacité à nous diviser, à empêcher que notre classe prenne conscience de ce dont elle est capable. Demain, rendons nous à Nanterre, et prouvons à nos adversaires qu’ils se trompent. Qu’ils tremblent, car nous refusons de continuer à avoir peur : Fralib vivra !

Bonus musical (ibère et libertaire) : ¡ A las barricadas !

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Ennemi si tu tombes, un ennemi sort de l’ombre à ta place.

« Le roi est mort, vive le roi » disait-on autrefois. On peut rire du camouflet infligé à Laurence Parisot par ses pairs, ça donne un air de carnaval à ce printemps qui ne se décide pas à venir. Le MEDEF reste malgré tout bien là, confortablement installé au 55 de l’avenue Bosquet dans le 7ème arrondissement de Paris. Précision pour ceux qui ne sont pas familiers de Paris, le 7ème, disons que ce n’est pas la goutte d’or. Ça n’a peut-être l’air de rien, mais entre un « syndicat » installé dans la partie ouest de la rive gauche et un syndicat installé rue de Paris, à Montreuil, il y a un symbole qui ne trompe pas.

Ceci n'est - vraiment - pas un syndicat.

Ceci n’est – vraiment – pas un syndicat.

Le MEDEF continue donc à avoir pignon sur rue, et les travailleurs de PSA en grève depuis 11 semaines le savent très bien. Après avoir investi mercredi une annexe du ministère du travail, ils sont bien décidés à ne pas en rester là, comme en témoigne leur action éclair au siège de cette officine du Capital située à deux pas des Invalides. Cette action démarrée dans le 7ème en début d’après-midi et qui s’est terminée dans la soirée en plein 18ème arrondissement, c’est un nouveau témoignage de la haine de classe que subit quotidiennement les nôtres.

Tout commence par un message sur Facebook du camarade Antoine Foti, militant PG dans le 18ème : les PSA mènent une action au siège du MEDEF, les CRS sont de la partie. J’ai à peine le temps de le relayer que mon compère de la veille et moi-même avons un échange de textos comme seuls les banlieusards peuvent les connaître, dès qu’il s’agit de se rendre en urgence à Paris :

On a opté pour le scooter.

On a opté pour le scooter.

Le temps d’enfiler les casques que les mises à jour s’enchaînent. C’est finalement au commissariat de la rue de Clignancourt qu’on retrouve nos camarades déjà sur place. De là, on rejoint un dépôt de la rue des évangiles. Les PSA sont retenus en nombre à l’intérieur. Nous sommes une centaine à l’extérieur, décidés à affronter le froid jusqu’à la libération du dernier d’entre eux.

Des ouvriers relâchés au compte-goutte.

Des ouvriers relâchés au compte-goutte.

Je croise Jean-Pierre Mercier, délégué CGT de l’usine d’Aulnay, qui m’explique brièvement qu’ils se sont baladés environ une heure dans les bureaux du lobby patronal pour manifester leur colère et leur solidarité à l’égard de leurs collègues menacés de licenciement suite à des actions menées récemment. La police de classes de Manuel Valls connaît son travail. Les « gueux » sont évacués du « palais » : quand un gouvernement soi-disant socialiste tolère un lock-out pourtant illégal de la direction de PSA, on sait qu’il ne fait pas bon pour les travailleurs être revendicatifs, encore moins vindicatifs.

Le bruit court que le MEDEF a l’intention de porter plainte. Pourtant, les casseurs, ce ne sont pas les ouvriers, mais bien les patrons, casseurs d’emplois, casseurs avec le pouvoir complice du code du travail, casseurs du seul bien des prolétaires que nous sommes : notre force de travail. François Hollande, à la télévision au même instant, peut bien enchaîner les phrases creuses, un gouvernement véritablement de gauche n’aurait pas laissé faire PSA, un gouvernement véritablement de gauche serait dans cette lutte du côté des travailleurs, et certainement pas complice de la criminalisation de leur action.

Lorsque les derniers « suspects » sont enfin libérés, les délégués syndicaux prennent la parole devant une assemblée très remontée. D’autres actions sont promises, les PSA n’en resteront pas là, d’autant que la solidarité à leur égard a été un succès : les caisses de soutien leur permettront de se payer pour la deuxième fois ! Mais pour l’heure, c’est le moment de prendre un repos bien mérité. L’occasion d’improviser une manifestation jusqu’au métro Marx Dormoy, avant de s’engouffrer dans les transports en commun. Demain sera un autre jour… de luttes.

Tribune improvisée des délégués syndicaux.

Tribune improvisée des délégués syndicaux.

Bonus France 3 : Pour une fois que c’est pas Télé-Vatican !

Bonus musical : Les Fatals Picards – Le combat ordinaire

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Nous sommes complètement fous.

Je ne l’ai pas dit il y a six mois, et je ne l’ai pas dit dans l’obscurité éthylique d’un PMU de quartier. Je l’ai dit, ou plus précisément écrit hier, sur ce blog. Et tout le monde a applaudi, parce que j’avais tellement raison, que c’était une telle évidence :

« nous sommes un outil au service des travailleurs, pas l’inverse. »

Et de passer de la théorie à la pratique, de la parole aux actes. On m’en donne l’occasion en début d’après-midi, sur Facebook :

statut

Moins d’une heure plus tard, le temps de lacer mes chaussures, de remettre un peu d’essence dans la voiture et de subir les bouchons de la porte d’Orléans, je rejoins mon camarade en exil. Les PSA sont une cinquantaine à l’intérieur, ils sont venus négocier la désignation d’un médiateur dédié à leur lutte. Oui, dans la France de François Hollande, les travailleurs doivent négocier pour obtenir un interlocuteur de négociations.

Dans le froid de ce lieu sans âme de Paris, nous sommes deux à attendre à l’extérieur pour témoigner notre soutien à nos frères de l’industrie automobile. On tend l’oreille. Il semble que les débats à l’intérieur sont houleux. Arborant badges du PG, du Front de Gauche et de la CGT, on échange avec légèreté avec les CRS qui semblent se demander ce qu’ils foutent là.

Une mobilisation de grande ampleur...

Une mobilisation de grande ampleur…

Le temps se fait long, et on se sent bien seuls, tous les deux. Les minutes passent, et les rangs des forces de l’ordre grossissent à vue d’œil. Mon binôme et moi sommes un peu jaloux, on ne peut pas en dire autant.

La délégation des PSA est enfin ressortie. Leur détermination ne semble avoir d’égale que la vacuité politique d’une trop grande part des miens. Dans ce monde fait de slogans, certains parmi nous prennent les mots d’ordre pour des logos, des hochets pour instrumentaliser les luttes de ceux pour qui tout cela est une question de survie, pas de vanité égocentrique.

On prête à Mirabeau cette phrase sur Robespierre : « Il est complètement fou : il croit à tout ce qu’il dit. » Peut-être que l’Ibère et moi sommes complètement fous. Aujourd’hui, le front des luttes, c’était lui et moi. Nous vous avons laissé ergoter sur vos stratégies électorales. Deux personnes. Peut-être sommes nous complètement fous.

Bonus militant : ce qui s’est passé à l’intérieur :

Bonus musical : Noir Désir – Si rien ne bouge

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Des luttes, et des séminaires ouvriers pour lutter

Ceux qui pensent que notre parti a en son sein d’autres « stars médiatiques » que son co-président se trompent et montrent par leur aveuglement une coupure avec les réalités quotidiennes de la classe ouvrière. Ce n’est pas seulement inquiétant, c’est inacceptable. Si je me permets de formuler ces remarques de manière aussi peu diplomate, c’est que je sais combien ce piège nous guette tous. Mes récents billets ont souvent traité de cuisine interne au PG ou des thèmes de politique générale. Je pourrais finir par croire que c’est cela, militer, et comme tant d’autres oublier le terrain, l’action concrète. Je ne suis pas meilleur qu’un autre si on ne se charge pas de me rappeler à l’ordre.

Pour autant, on ne se refait pas, et mon militantisme se construit aujourd’hui encore beaucoup par la lecture. Ceux qui aiment lire connaissent cette tendance compulsive à acquérir cinq livres dès qu’ils franchissent la porte d’une librairie. Sur les cinq, un peut-être sera lu, avec de la chance. Alors, à Bordeaux, j’ai décidé de n’acheter qu’un seul livre. Pas au hasard, soigneusement choisi : celui coordonné – davantage que co-écrit – par mes camarades Hélène Le Cacheux et François Longérinas : « Avec les Fralib, de la résistance à l’alternative » et sous-titré « Les luttes s’alimentent des luttes ».

François Longérinas (au micro) et Hélène Le Cacheux au séminaire ouvrier.

François Longérinas (au micro) et Hélène Le Cacheux au séminaire ouvrier « Fralib »

Bien sûr, il y a quelque chose de personnel dans ce choix, car j’ai la joie de compter Hélène parmi mes amis, parce qu’elle m’a présenté aux ouvriers en lutte de Gémenos, parce qu’ils m’ont fait visiter leur usine. Pas de stars disais-je plus haut, car mes « stars » à moi, ce sont eux. Et je n’exagère rien quand j’affirme qu’une accolade sincère d’un des Fralib me donne plus de joie, m’intimide davantage qu’une poignée de main d’un dirigeant de partie, quelle que soit la sympathie que je puisse avoir à son égard.

Les Fralib sont devenus avec le temps la piqûre de rappel qui m’évite l’égarement politique. Quand je pense à ces hommes et ces femmes à l’histoire exemplaire, je me souviens que faire de la politique, c’est un engagement entier. Celui qui ne fait qu’écrire sans agir est un révolutionnaire de salon. Celui qui agit sans jamais réfléchir achète la corde qui le pend. Fralib, c’est le courage de l’action mêlé à la patience de la réflexion qui leur a permis d’aboutir à un projet industriel viable dès qu’ils auront remporté la bataille finale (sur le plan juridique notamment) contre Unilever, cette multinationale qui illustre aujourd’hui si bien ce que l’on entend par l’expression « haine de classe ».

Les fralibs rassemblés devant le tribunal de Nanterre.

Les fralibs rassemblés devant le tribunal de Nanterre.

Ce petit livre d’à peine cent pages n’est pas le récit du combat renouvelé de David face à Goliath, c’est encore moins un concentré de doxa politique à appliquer en toute situation sans jamais déplacer de virgule. Non, ce n’est rien de tout cela, c’est avant tout l’illustration de ce que peut-être un projet concret d’éducation populaire.

Mes camarades du Parti de Gauche n’auraient probablement pas pu organiser ce premier séminaire ouvrier s’ils avaient eu par ce biais l’intention d’expliquer aux ouvriers de Fralib quels étaient les enjeux de leur lutte et comment l’organiser. Après plus de deux ans de conflits, ils n’avaient attendu personne. C’est ce que doit comprendre tout militant politique, et cela ne va pas sans dire, tant ils sont nombreux, les militants sincères sombrant dans une forme de cynisme : nous sommes un outil au service des travailleurs, pas l’inverse. Les Fralib n’appartiennent pas au PG, pas au Front de Gauche ni à aucune autre organisation politique. Nous, au contraire, appartenons aux Fralib dans le sens où notre rôle est de les aider, dans la mesure de nos moyens (pratiques, idéologiques…), dans la lutte à mort qu’ils ont engagé contre le capitalisme mondialisé.

Le séminaire ouvrier qui s’est tenu sur le site même de l’usine de production du thé Éléphant le 8 décembre 2012, c’est enfin, je crois l’ébauche concrète de ce Front des Luttes plus que jamais nécessaire à l’émancipation de tous les travailleurs. Par la diversité de ce qui y ont pris part : ouvriers, syndicalistes, étudiants, militants politiques etc., il a notamment contribué à combattre l’idéologie du « tous pourris » qui colle trop souvent aux militants syndicaux et politiques, idéologie si chère à l’extrême-droite. Par son succès, ce séminaire est enfin le mot d’ordre lancé à toute la classe ouvrière, bien au delà du seul site de Gémenos. C’est un appel fait aux ouvriers à s’organiser de manière solidaire, à prendre en main l’avenir de leur emploi, et donc leur propre avenir.

A la grande manifestation contre le TSCG, le 30 septembre dernier.

A la grande manifestation contre le TSCG, le 30 septembre dernier.

Les Fralib ne s’y sont pas trompés, qui sont toujours là pour témoigner de leur engagement aux côtés des autres travailleurs en lutte, de la Fête de l’Humanité aux rassemblements de soutien aux ouvriers de PSA, des manifestations contre le TSCG au salon de l’agriculture, en passant pas les « Pilpa » de Carcassonne. Tiens, je me suis laissé dire que ces derniers avaient demandé des conseils pour organiser leur propre séminaire ouvrier.

Tremble, Capital ! La classe ouvrière se donne les armes de l’éveil à la conscience de classe, elle devient solidaire et répond petit à petit à l’appel de Karl Marx : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous. » Et gare à toi quand elle aura pris la mesure de sa force !

Bonus musical : HK et les Saltimbanks – Toute mon vie

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Les polars et l’amnistie des syndicalistes.

Le polar a trop souvent été considéré comme un sous-genre littéraire. Je ne compte pas entrer dans un débat qui à mon avis n’en est pas un. Comme dans tout genre littéraire, il y a les romans de gare qui ne pissent pas loin, mais qui ont en général le mérite de l’assumer. Ça change de Guillaume Musso qui pense encore être écrivain ! Et puis il y a toute cette littérature débordante où le suspense est au service du talent plus que l’inverse. Bien des noms d’auteurs me viennent en tête, mais j’en retiens deux en particulier. Le premier, c’est celui de Fred Vargas, dont la plume fait vivre ces personnages étranges, fuyants, incongrus, dans des atmosphères à la limite de l’onirique. On n’est pas chez Flaubert, Hugo ou Maupassant, mais le suspense n’est ici que secondaire. Un artifice d’artiste au service d’un univers que l’on regrette toujours de quitter.

L’autre esthète du polar qui fait ma joie, c’est l’américain Dennis Lehane. Ami lecteur, même si le roman policier n’est pas ta tasse de thé, tu as forcément rencontré Dennis Lehane au cinéma, puisque son excellent Mystic River a été brillamment adapté par le non moins talentueux Clint Eastwood. Tu as raté ce bijou ? Bon, tu as vu Shutter Island par Martin Scorsese ! Non plus ? Bordel, va falloir que je prenne en main ta culture cinématographique !

Même l'affiche du film est remarquable, je trouve !

Même l’affiche du film est remarquable, je trouve !

Bref, il y a quelques temps déjà, j’ai dévoré Un pays à l’aube, du même auteur. Un pays à l’aube du XXème siècle – l’action se déroule aux USA, pendant l’année 1918 – et d’une puissance qui se construit dans les années qui suivent autour de la lutte idéologique contre le communisme. Et c’est notamment de luttes de classes qu’il est question dans ce roman. L’intrigue policière est très largement reléguée au second plan, prétexte qu’elle est à la peinture sociale d’une époque. Dans cette fresque très documentée, l’écrivain évoque une grève des policiers de Boston, et leurs revendications principalement salariales.

La conclusion de cette grève qui, me semble-t-il, n’est pas une invention mais un événement historique bien réel, c’est que les policiers obtiennent satisfaction pour chacune de leurs revendications. Enfin, les policiers recrutés pour remplacer les grévistes virés. C’est ce symbole qui m’a fait repenser cette semaine au roman que j’évoque ici avec la maladresse de quelqu’un peu familier de la critique littéraire. Oui, notre ennemi de classe a sur nous l’avantage de la conscience de classe qui nous fait si cruellement défaut. Cette conscience le rend inflexible vis-à-vis de toute tentative de rébellion chez les nôtres, et même quand le rapport de forces l’oblige à reculer, il s’arrange pour nous le faire payer d’une manière ou d’une autre, pour rappeler que c’est lui le plus fort.

Le joueur de baseball Babe Ruth, un des protagonistes du roman.

Le joueur de baseball Babe Ruth, un des protagonistes du roman.

C’est bien l’enjeu de la proposition de loi des sénateurs Front de Gauche concernant l’amnistie des syndicalistes. Comme un clin d’œil à la perfide Laurence Parisot et à l’infâme PDG de Titan, cette loi a été votée à l’arrachée dans un Palais du Luxembourg qui, me dit-on, est majoritairement de gauche pour la première fois dans l’Histoire de la Vème République. La majorité soi-disant socialiste a pris soin auparavant de l’amender, ou plus exactement de l’édulcorer au point de la vider de presque tout son sens. Le pire est à venir, on annonce un débat plus âpre encore au Palais Bourbon. Que restera-t-il de cette loi une fois votée ? Un effet de tribune obscène pour un gouvernement qui un jour devra rendre compte d’un bilan bien sombre, je le crains.

Loi d'amnistie

Du coup je pense à Xavier Matthieu, à cet ouvrier de Mittal orphelin d’un œil, et à tous ceux dont on criminalise les revendications, car le Capital punit terriblement nos rébellions. Je pense surtout à Gérard Cazorla, camarade en lutte de Fralib, que j’ai eu la chance de rencontrer à plusieurs reprises. Unilever s’acharne contre lui et d’autres, l’obligeant à mener de front bataille sociale et bataille judiciaire, simplement parce qu’il refuse qu’on lui ôte ce qui le fait vivre. Je pense aux gars de PSA, dont chaque action est désormais accompagnée d’un cortège de CRS, alors même que ceux qui les crucifient sur l’autel du profit peuvent pratiquer le lock-out illégal sans être inquiété. Je pense à eux et à tant d’autres, et j’ai tout simplement la rage.

Bonus musical : The Clash – Guns of Brixton

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Le rapport Gallois, un projet classé « X »

Je parlais la dernière fois de système éducatif, et je déplorais son assujettissement progressif au MEDEF. Deux événements sont allés hier abonder naturellement dans mon sens. Sans surprise, le rapport Gallois remis au gouvernement prône, pour faire court, un choc de compétitivité. Quand notre politique industrielle se résume à questionner le bien-fondé du port de la marinière, il ne faut pas s’étonner que le gouvernement soit contraint de faire appel à l’homme du plan « Power 8 » pour masquer son inaptitude à produire un projet politique. Plus grave, c’est un nouveau signe de la lâcheté du pouvoir, qui préfère s’en remettre au rapport d’un énarque issu des écoles de commerce pour donner valeur d’expertise à ses choix antisociaux. Je m’arrêterai sur deux points qui ont naturellement attiré mon attention. Le premier, c’est la recommandation de faire une place aux entreprises dans les conseils d’administration des lycées techniques et professionnels. Outre les questions pratiques que cela pose (Que fera-t-on dans les établissements polyvalents, c’est à dire les lycées associant général et professionnel ? Qui siégera dans les faits dans ces conseils d’administration?), cela acte un aspect implicite de la formation professionnelle dans le cadre institutionnel : il s’agit moins de former des citoyens que de fournir une main d’œuvre prête à l’emploi (s’il existe) en se dédouanant du devoir de formation des entreprises à l’égard de leurs salariés.

L’autre point, c’est celui de la présence de représentants des salariés dans les conseils d’administration des entreprises. On a quand même envie de dire que c’est le minimum. En effet, Arnaud Montebourg a beau jeu de rappeler les syndicats de PSA à l’ordre, en intimant à chacun d’être raisonnable. Qui est responsable des difficultés de l’industrie automobile en général, et de celles du groupe Peugeot en particulier ? Le Capital, par le biais des actionnaires et des dirigeants. Qui s’apprête à payer le prix de cette situation ? Les ouvriers. Ceux-là mêmes qui ne sont responsables de rien !

 

C’est dans ce cadre que Monsieur Varin, l’actuel PDG de PSA, se rendait hier à son École Polytechnique, un lieu qui symbolise presque à lui seul le projet éducatif français. Il est ironique de voir quels modèles se choisit cette institution plus ancienne que le baccalauréat. En donnant une tribune au fossoyeur de l’emploi en Seine Saint-Denis, celle que l’on appelle X fait le choix de la consanguinité et des réseaux. En donnant un tribune à cet homme, ceux qui prétendent former une élite choisissent de préférer des administrateurs incompétents et surpayés plutôt que des travailleurs, ouvriers, techniciens et ingénieurs qui sont les véritables détenteurs du savoir-faire industriel. On est loin des aspirations à l’émancipation par le savoir que sont les décrets de la Convention qui donnèrent lieu à la création Polytechnique et l’École Normale Supérieure.

Avec Philippe Juraver, co-secrétaire du comité PG de Palaiseau et animateur du Front des Luttes

Alors hier, de bon matin, nous sommes allés dire bonjour aux polytechniciens, avec quelques camarades du Front de Gauche. Nous n’avons pas eu l’occasion de dire de vive voix à monsieur Varin ce que nous pensions de lui, il n’est pas venu nous dire bonjour, et nous n’avons pas été convié à le faire. Alors nous avons distribué un millier de tracts à ceux qui auraient l’opportunité de s’en charger. C’est, je crois, une question de convergence des luttes contre ce capitalisme qui tue les nôtres. Comment peut-on prétendre mettre en œuvre le « redressement productif » quand les syndicalistes sont vus comme des freins à la « compétitivité » et quand les modèles proposés pour améliorer la situation du pays sont tantôt un énarque issu d’HEC, tantôt un polytechnicien incompétent ?

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