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L’oligarchie : Better dead than red ?

« Ce n’est pas le locataire du sixième qui est antifasciste, c’est le fascisme qui est anti-locataire du sixième. » Gabriele dans Une journée particulière (Ettore Scola, 1977)

Si j’évoque la célèbre réplique de Marcello Mastroianni à Sophia Loren, ce n’est pas pour évoquer la tradition homophobe des mouvements fascistes. Pourtant, c’est une tradition qui fait froid dans le dos. Himmler, par exemple, déplorait qu’on débusque chaque année dans la Waffen SS une poignée de ces « dégénérés », et avait à cœur de l’en débarasser :

« Aujourd’hui encore, il se présente tous les mois un cas d’homosexualité dans la SS. Nous avons de huit à dix cas par an. J’ai donc décidé la chose suivante : dans tous les cas, ces individus seront officiellement dégradés, exclus de la SS et traduits devant un tribunal. Après avoir purgé la peine infligée par le tribunal, ils seront internés sur mon ordre dans un camp de concentration et abattus pendant une « tentative d’évasion ». Dans chaque cas, le corps d’origine de cet individu en sera informé sur mon ordre. J’espère ainsi extirper ces gens de la SS – jusqu’au dernier. Je veux préserver le sang noble que nous recevons dans notre organisation et I’oeuvre d’assainissement racial que nous poursuivons pour l’Allemagne. » Discours d’Heinrich Himmler prononcé le 18 février 1937.

L’homophobie, quoi qu’on puisse dire, est comme toute autre forme de discrimination un des oripeaux funestes du fascisme. Être homophobe, c’est en assumer l’héritage idéologique. Nul ne peut aujourd’hui nier sans malhonnêteté que la « manif pour tous », cette manif de la honte, est une démonstration fasciste. J’emploie le terme à dessein. On ne peut plus y voir un simple rassemblement de droite conservatrice, ni même d’extrême-droite. Ce qui se joue sous nos yeux, c’est l’agglomération de courants réactionnaires qui ne se parlent pas « en temps normal ». En temps normal, c’est à dire dans les conditions « normales » de l’exploitation capitaliste, les « cols Claudine » et les nostalgiques du IIIème Reich ne se fréquentent pas, pas du même monde. La seule chose à même de les réunir, c’est l’émergence d’intérêts convergents issus d’une crise du système.

« Plutôt Hitler que le Front Populaire », « Better dead than red », ces mots d’ordre éternels de la bourgeoisie réactionnaire résument ce qu’est le socle de la pensée fasciste : l’anticommunisme et plus généralement l’opposition à toute pensée progressiste. La bourgeoisie au pouvoir se fiche pas mal de la corruption de l’État : elle en est la bénéficiaire. Ce qui l’inquiète, c’est la fragilisation du système par les contestations populaires que cette corruption engendre. Il y a donc convergence d’intérêts dans l’objectif d’étouffer la contestation. C’est le sens de la phrase de Mastroianni. Affirmer nos prétentions d’émancipation, c’est ce qui réveille les loups. On a rarement vu quiconque abandonner un pouvoir sans y avoir été préalablement forcé, et les organisations fascistes ne sont rien de plus que le rempart idéologique (voire armé) d’une bourgeoisie qui, préoccupée par l’urgence de sa propre conservation, a tombé les masques.

Le drapeau rouge sur le Reichstag, voilà leur crainte.

Le drapeau rouge sur le Reichstag, voilà leur crainte.

Quand les éditocrates nous reprochent, par notre appel à une VIème République, de « faire le jeu du Front National », il s’agit là d’une théorie qui dépasse de loin les simples comptes d’apothicaires électoraux. Ce qu’on nous reproche, en fait, c’est d’éveiller la conscience de classes. Le raisonnement est d’une perversité rare. En effet, en l’absence de conscience de classe chez les opprimés, la domination de classe est aisément organisée par les partis « classiques » de l’oligarchie. C’est l’éveil à cette conscience des classes qui provoque la guerre de classes, et dans cette lutte, la bourgeoisie se tourne vers les organisations en mesure de « verrouiller » le système, c’est à dire les organisations fascistes.

Le rôle de ces organisations est de disqualifier notre discours, et nous connaissons leurs méthodes. J’en retiens principalement deux. La première consiste à organiser un climat délétère fait de violences, soit pour nous intimider (les méthodes classiques du GUD), soit carrément pour nous en accuser (l’incendie du Reichstag). Pour cela, rien de plus simple. Il suffit de jouer sur la peur de l’autre et la transformer en haine. Les fascistes organiseront donc la stigmatisation des juifs, des roms, des homosexuels etc. afin d’ouvrir le champ à la violence.

GUD, tu es mon ennemi.

GUD, tu es mon ennemi.

La seconde méthode, plus sournoise, relève de la bataille culturelle. Quand Christine Boutin reprend le slogan du Front de Gauche : « On lâche rien ! », je ne peux m’empêcher de penser au Maréchal Pétain qualifiant la République d’Ancien Régime. Retournement sémantique utilisé aussi dans l’expression « Révolution Nationale », quand le régime de Vichy était en réalité synonyme de contre-révolution. De même, quand Frigide Barjot parle de déni de démocratie, c’est en réalité son camp qui refuse le processus démocratique. La récupération terminologique n’est pas innocente. Il s’agit de créer un amalgame, de masquer les profondes différences idéologiques entre le camp du progrès et celui de la réaction. En nous disputant jusqu’à nos propres mots, nos adversaires empêchent le développement et la diffusion de nos idées.

Voilà donc ce que nous promettent ceux qui prétendent que nous faisons le jeu de l’extrême-droite. Comme dit le proverbe, « quand on veut noyer son chien, on l’accuse de la rage », et ce discours est bel et bien celui de ceux qui sont conscients de la honte de leur compromission. Ils veulent nous faire croire que nous les poussons au fascisme par notre refus de l’aliénation de classes, mais nous savons qu’ils se jettent dans les bras de cette idéologie funeste par haine de la classe ouvrière et de sa volonté d’émancipation.

Bonus musical : Les Béruriers Noirs – Porcherie

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Les écosocialistes mangent-ils les enfants ?

C’est amusant comme depuis l’époque où un « spectre » hantait l’Europe, le pouvoir et ses relais médiatiques n’ont de cesse de disqualifier notre camp en nous flétrissant des pires maux. Être communiste, ou quoi que ce soit qui s’en rapproche, c’est nécessairement être un fou violent et sanguinaire, ou aspirer à le devenir. Quand nous ne sommes pas en train de dévorer des enfants, nous pratiquons l’antisémitisme, et le reste du temps nous nous baignons dans le sang de nos ennemis. Depuis le bolchevik au couteau entre les dents jusqu’à François Delapierre et son expression de « 17 salopards », nos adversaires font feu de tout bois pour nous discréditer. Comment pourrait-il en être autrement ? Je l’ai souvent répété : leur avantage principal réside dans une conscience de classes qui nous fait défaut. Ils savent qu’il s’agit d’une lutte à mort et que nos rêves doivent être anéantis.

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Parmi les journalistes aux ordres, il y a les vicieux, comme Monsieur Quatremer, qui élabore des raisonnements inquiétants pour déclarer que Jean-Luc Mélenchon est antisémite. Il y a le troupeau d’ânes fainéants qui répètent ce genre d’accusations en boucle, à l’image de Monsieur Aphatie, et puis il y en a un peu plus retors que d’autres. C’est le cas de Madame Sophie de Ravinel, qui écrit dans le Figaro

« Mais lui et d’autres dirigeants communistes présents au congrès, dont Pierre Laurent, ont été gênés, sans le dire publiquement, par la volonté exprimée par le PG de créer des «listes» de personnalités à faire tomber, que ce soit des chefs d’entreprise ou des maires… «Dresser des listes, c’est du populisme. Et les dérapages sont plus fréquents lorsque l’on prétend, comme le PG, vouloir concurrencer le FN sur son propre terrain, ce dont nous nous gardons», commentait dimanche un membre de la direction du PCF. »

En voilà, un propos bien sournois, autant qu’original. En effet, ce paragraphe est un prototype de malhonnêteté calculée. Ici, l’objectif est clair : remuer l’idée selon laquelle le Front de Gauche serait divisé avec d’un côté un PCF avec les gentils modérés, et de l’autre un PG avec les extrémistes violents. Tant mieux, ces attaques auront court tant que le Front de Gauche sera une formation politique qui effraie le pouvoir. Quant à mes camarades communistes, ainsi que ceux des autres formations du Front de Gauche, nous sommes conscients de la tâche que nous avons à mener. Nos désaccords sont plus rares que nos convergences, et l’unité est notre maître-mot.

Mais la malhonnêteté du propos vient ici surtout de la manière biaisée dont sont rapportés nos débats. De listes, il a été effectivement question, puisque c’était l’objet d’un débat concernant l’élaboration de notre texte d’orientation. L’amendement évoqué ici et soumis au vote des congressistes (Amendement n°2, soyons précis) se présentait sous la forme suivante :

« Aujourd’hui, la domination oligarchique n’a pas de limites, ceux qui construisent et renforcent ce système inique l’assument sans vergogne. Nous, la gauche qui se bat aux côtés des citoyens, nous la gauche par l’exemple, nous l’autre gauche, les désignons nommément comme responsables des dégâts et malheurs qu’accompagnent la confiscation des biens et des pouvoirs au peuple. Nous appelons au renversement du système oligarchique et à la révolution citoyenne. Les plus connus s’appellent Bouygues, Dassault, Proglio, Gohsn, Jouyet, Pujadas, Gallois, Migaud, Joffrin, Hees, Pépy, Giesbert, Minc ou encore Lauvergeon et Pflimlin. Sans oublier le discret Noyer, inébranlable depuis 9 ans à la tête de la Banque de France. »

Dans son introduction à la tribune du samedi matin, demi-journée où ce point a été débattu, François Delapierre prenait la défense de cet amendement. Son propos, en substance était le suivant. Lutter contre cette construction idéologique d’un capitalisme désincarné et contre lequel, par conséquent, on ne pourrait rien faire. Donner des noms, c’est en somme contredire la vieille théorie de la « main invisible » chère à Adam Smith. En aucun cas il ne s’agit de « personnalités à faire tomber », comme le prétend le Figaro. De plus, la liste présentée a pour but de souligner la connivence entre pouvoir économique, pouvoir politique et pouvoir médiatique, ce n’est pas en soit une liste noire, et certainement pas une liste exhaustive.

L’amendement cité ci-dessus a été rejeté par les congressistes. Certains trouvaient peu judicieux l’idée de « faire des listes ». D’autres, comme moi, y étaient favorables, mais trouvaient le paragraphe mal rédigé ou la liste pas assez pertinente. Sophie de Ravinel peut être rassurée, son patron, présent dans la liste, dormira quelques temps encore sur ses deux oreilles.

Bonus nécessaire : Pierre Desproges – La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède : Apprenons à reconnaître un communiste.

Bonus musical : Ghinzu – Cold Love

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Papa, Bordeaux, L’Histoire, le PG…

À Jean-Claude, à ma famille.

Ce billet est divisé en deux parties indépendantes. Et parce que je maîtrise le suspense comme personne, on comprend à la fin pourquoi l’ensemble est regroupé dans une seule note.

1ère partie : Papa

C’est à celui dont le prénom est pour toujours « papa » que je dois presque tout. Sa pédagogie à mon égard était curieuse. Certains y verront « l’embrigadement de la jeunesse » caractéristique des « idéologies totalitaires ». Ils peuvent aller se faire voir, réfuter leurs arguments reviendrait à leur accorder une importance qu’ils n’ont pas. Bref, « papa » n’a jamais beaucoup vulgarisé son propos. Des notions comme la lutte des classes ou le capitalisme libéral, il les évoquait avec moi quasiment de la même manière qu’avec un adulte. J’imprimais les mots, les expressions, sans forcément les comprendre immédiatement, comme des éléments de réflexion à approfondir plus tard. La force de la méthode résidait dans les exemples. C’est fou ce qu’on peut expliquer comme notions théoriques en s’appuyant sur des applications de notre quotidien ou sur des métaphores amusantes.

Je ne compte pas les heures passées à discuter, quelques années plus tard, sur ce qui s’est imposé comme notre sujet de discussion fétiche : la révolution française. Chaque prise de position, chaque acte politique, chaque date de la période a été longuement décortiquée par nos soins. C’est ce qui a vu émerger nos premières divergences. C’est là que j’ai découvert cette force du débat contradictoire qui permet d’avancer. Ces divergences, en dépit de mon handicap intellectuel dans nos affrontements ( soyons humbles : je ne suis pas prof d’histoire, lui oui!) nous ont tous les deux nourris, nous ont permis d’affiner nos analyses. Et donc de grandir politiquement, car l’intérêt philosophique de l’Histoire est précisément de nous aider à faire l’analyse de notre présent.

Mes convictions n’ont depuis eu de cesse de se transformer, se modifier, se nuancer, au gré des lectures, des rencontres et de la réalité du quotidien. Mais aujourd’hui encore, nos convictions sont le plus souvent convergentes. Il est le premier de ceux qui font ma fierté d’être ce qui, dans la bouche des benêts et des ordures, est une insulte. Ma fierté d’être un communiste.

2ème partie : Le « Parti »

Qu’est-ce que c’est, mon parti ? Il y a ce que j’en dis en interne : beaucoup de mal. Il y a ce que j’en dis publiquement : quasi-exclusivement du bien. Pas question de donner à nos adversaires des armes supplémentaires pour nous attaquer. C’est ce qui fait que les partis ont si souvent une image dogmatique, à la manière d’églises. On tient la ligne, tout simplement, même quand on la conteste personnellement. Alors vu de l’extérieur, on a vite l’impression d’avoir affaire à une bande de moines-soldats sans esprit critique. Sachez que vous ne verrez jamais le meilleur d’un militant politique sur internet. Ce qui fait notre valeur, vous le rencontrerez plus facilement dans les manifs, dans les rassemblements de soutiens aux salariés en lutte, dans les discussions que vous aurez avec nous autour d’un café, dans la chaleur d’un bistrot, ou dans le froid d’une diffusion de tracts en hiver, si vous prenez le temps.

L'affiche rouge

Surtout, on ne peut pas intervertir deux militants d’un claquement de doigts. Quand nous avons choisi de prendre notre carte, nous sommes arrivés dans cette maison commune avec un passé propre, des expériences uniques, etc. Il y a les nouveaux, dont je fais partie, il y a ceux qui militent depuis des années. Il y a les fonctionnaires, les ouvriers d’usine, les étudiants, les « cadres », les chômeurs etc. Il y a ceux qui ont l’expérience de l’action de terrain, ceux qui ont la vision politique « théorique », il y a ceux qui allient les deux. Il y a ceux qui maîtrisent parfaitement les enjeux, il y a ceux qui se forment, ceux qui militent en passant, ceux qui y laissent leur santé… Il y a ceux, enfin, qui ont les dents longues et peu importe le fond. Ces derniers m’amuseraient si combattre leurs ambitions néfastes n’était pas un gâchis de temps et d’énergie.

Souvent, les uns agacent les autres. Les plus rompus aux discussions théoriques déplorent le manque de « culture » des autres, les plus actifs regrettent de se sentir si souvent abandonnés des leurs, on se déchire sur les stratégies, on y ajoute à l’occasion des rancœurs personnelles. Une addition de contrariétés qui font que, si on tient compte de la situation désastreuse dans lequel se trouvent les travailleurs d’aujourd’hui, il est rarement plaisant de militer.

La place de la Bourse, à Bordeaux

La place de la Bourse, à Bordeaux

Heureusement, ces écueils sont notre principale force si on fait le pari de l’intelligence collective. J’en veux pour preuve cette réunion fleuve, la semaine dernière, dont l’ordre du jour était de travailler les amendements au texte d’orientation que mon comité proposerait dans le cadre des débats qui auront lieu le mois prochain, lors de notre congrès à Bordeaux. Beau mélange à observer ce soir là. Certains manient avec aisance les théories marxistes, d’autres ont simplement en eux cette haine de l’injustice sociale dont nous sommes tous les témoins. Si les premiers étaient condescendants, la discussion tournerait court. Mais presque six heures de réunion démontrent que cela ne s’est pas produit. Il ne suffit pas de réciter son Lénine comme un curé rouge. Les moins familiers de ces lectures nous apportent un regard neuf, usent de leur bon sens pour pointer des questions de fond. On débat, on fatigue, on n’est pas d’accord, mais on avance. Tous les amendements ne sont pas adoptés à l’unanimité, mais la majorité est à chaque fois forte, car nous avons pris le temps de discuter pour convaincre. Détrompe-toi, ami qui nous voit de loin. Nous ne campons pas sur nos positions, nous cherchons toujours à faire preuve d’ouverture d’esprit.

Je suis heureux du travail accompli ce soir-là avec mes camarades. Je le suis d’autant plus que ceux-ci m’ont fait l’honneur de me choisir comme délégué pour les représenter à Bordeaux. Comme un symbole, papa n’habite pas très loin de cette ville où j’ai moi-même vécu 5 ans. Ce sera l’occasion de le saluer.

Noir désir : La chaleur

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