Archives Mensuelles: février 2013

Papa, Bordeaux, L’Histoire, le PG…

À Jean-Claude, à ma famille.

Ce billet est divisé en deux parties indépendantes. Et parce que je maîtrise le suspense comme personne, on comprend à la fin pourquoi l’ensemble est regroupé dans une seule note.

1ère partie : Papa

C’est à celui dont le prénom est pour toujours « papa » que je dois presque tout. Sa pédagogie à mon égard était curieuse. Certains y verront « l’embrigadement de la jeunesse » caractéristique des « idéologies totalitaires ». Ils peuvent aller se faire voir, réfuter leurs arguments reviendrait à leur accorder une importance qu’ils n’ont pas. Bref, « papa » n’a jamais beaucoup vulgarisé son propos. Des notions comme la lutte des classes ou le capitalisme libéral, il les évoquait avec moi quasiment de la même manière qu’avec un adulte. J’imprimais les mots, les expressions, sans forcément les comprendre immédiatement, comme des éléments de réflexion à approfondir plus tard. La force de la méthode résidait dans les exemples. C’est fou ce qu’on peut expliquer comme notions théoriques en s’appuyant sur des applications de notre quotidien ou sur des métaphores amusantes.

Je ne compte pas les heures passées à discuter, quelques années plus tard, sur ce qui s’est imposé comme notre sujet de discussion fétiche : la révolution française. Chaque prise de position, chaque acte politique, chaque date de la période a été longuement décortiquée par nos soins. C’est ce qui a vu émerger nos premières divergences. C’est là que j’ai découvert cette force du débat contradictoire qui permet d’avancer. Ces divergences, en dépit de mon handicap intellectuel dans nos affrontements ( soyons humbles : je ne suis pas prof d’histoire, lui oui!) nous ont tous les deux nourris, nous ont permis d’affiner nos analyses. Et donc de grandir politiquement, car l’intérêt philosophique de l’Histoire est précisément de nous aider à faire l’analyse de notre présent.

Mes convictions n’ont depuis eu de cesse de se transformer, se modifier, se nuancer, au gré des lectures, des rencontres et de la réalité du quotidien. Mais aujourd’hui encore, nos convictions sont le plus souvent convergentes. Il est le premier de ceux qui font ma fierté d’être ce qui, dans la bouche des benêts et des ordures, est une insulte. Ma fierté d’être un communiste.

2ème partie : Le « Parti »

Qu’est-ce que c’est, mon parti ? Il y a ce que j’en dis en interne : beaucoup de mal. Il y a ce que j’en dis publiquement : quasi-exclusivement du bien. Pas question de donner à nos adversaires des armes supplémentaires pour nous attaquer. C’est ce qui fait que les partis ont si souvent une image dogmatique, à la manière d’églises. On tient la ligne, tout simplement, même quand on la conteste personnellement. Alors vu de l’extérieur, on a vite l’impression d’avoir affaire à une bande de moines-soldats sans esprit critique. Sachez que vous ne verrez jamais le meilleur d’un militant politique sur internet. Ce qui fait notre valeur, vous le rencontrerez plus facilement dans les manifs, dans les rassemblements de soutiens aux salariés en lutte, dans les discussions que vous aurez avec nous autour d’un café, dans la chaleur d’un bistrot, ou dans le froid d’une diffusion de tracts en hiver, si vous prenez le temps.

L'affiche rouge

Surtout, on ne peut pas intervertir deux militants d’un claquement de doigts. Quand nous avons choisi de prendre notre carte, nous sommes arrivés dans cette maison commune avec un passé propre, des expériences uniques, etc. Il y a les nouveaux, dont je fais partie, il y a ceux qui militent depuis des années. Il y a les fonctionnaires, les ouvriers d’usine, les étudiants, les « cadres », les chômeurs etc. Il y a ceux qui ont l’expérience de l’action de terrain, ceux qui ont la vision politique « théorique », il y a ceux qui allient les deux. Il y a ceux qui maîtrisent parfaitement les enjeux, il y a ceux qui se forment, ceux qui militent en passant, ceux qui y laissent leur santé… Il y a ceux, enfin, qui ont les dents longues et peu importe le fond. Ces derniers m’amuseraient si combattre leurs ambitions néfastes n’était pas un gâchis de temps et d’énergie.

Souvent, les uns agacent les autres. Les plus rompus aux discussions théoriques déplorent le manque de « culture » des autres, les plus actifs regrettent de se sentir si souvent abandonnés des leurs, on se déchire sur les stratégies, on y ajoute à l’occasion des rancœurs personnelles. Une addition de contrariétés qui font que, si on tient compte de la situation désastreuse dans lequel se trouvent les travailleurs d’aujourd’hui, il est rarement plaisant de militer.

La place de la Bourse, à Bordeaux

La place de la Bourse, à Bordeaux

Heureusement, ces écueils sont notre principale force si on fait le pari de l’intelligence collective. J’en veux pour preuve cette réunion fleuve, la semaine dernière, dont l’ordre du jour était de travailler les amendements au texte d’orientation que mon comité proposerait dans le cadre des débats qui auront lieu le mois prochain, lors de notre congrès à Bordeaux. Beau mélange à observer ce soir là. Certains manient avec aisance les théories marxistes, d’autres ont simplement en eux cette haine de l’injustice sociale dont nous sommes tous les témoins. Si les premiers étaient condescendants, la discussion tournerait court. Mais presque six heures de réunion démontrent que cela ne s’est pas produit. Il ne suffit pas de réciter son Lénine comme un curé rouge. Les moins familiers de ces lectures nous apportent un regard neuf, usent de leur bon sens pour pointer des questions de fond. On débat, on fatigue, on n’est pas d’accord, mais on avance. Tous les amendements ne sont pas adoptés à l’unanimité, mais la majorité est à chaque fois forte, car nous avons pris le temps de discuter pour convaincre. Détrompe-toi, ami qui nous voit de loin. Nous ne campons pas sur nos positions, nous cherchons toujours à faire preuve d’ouverture d’esprit.

Je suis heureux du travail accompli ce soir-là avec mes camarades. Je le suis d’autant plus que ceux-ci m’ont fait l’honneur de me choisir comme délégué pour les représenter à Bordeaux. Comme un symbole, papa n’habite pas très loin de cette ville où j’ai moi-même vécu 5 ans. Ce sera l’occasion de le saluer.

Noir désir : La chaleur

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Je ne dors plus

À Vincent, Bruno, Jonathan, Sophia, et surtout à Nathanaël, Franck, et Riva.

Le bruit courait, dans les milieux autorisés, que ce blog hibernait à durée indéterminée. Certains avançaient même qu’il était décédé. Et puis les quelques personnes qui me lisent sont le plus souvent de fidèles lecteurs de mon prolifique papa, et avaient remarqué que ma plume virtuelle s’y épanche de plus en plus régulièrement. Comme toujours quand il s’agit de telles rumeurs, la réalité est bien plus prosaïque. Plusieurs raisons m’ont éloigné de la tenue de ce blog, la plupart sont privées et ceux à qui j’ai souhaité les expliquer sont déjà au courant. Pour toi, lecteur de passage, que je n’ai pas l’honneur de compter parmi mes proches, j’expliquerai tout de même la raison principale.

Produire un écrit public, comme un billet de blog, c’est d’abord pour être lu. À ceux qui tiennent un blog en pensant le contraire, je me permettrai de soumettre une suggestion simple : tenez un journal. Personnellement, je n’ai pas de « journal » au sens strict du terme, mais un petit calepin que je trimbale avec moi presque tout le temps, qui recueille aussi bien des listes de courses, des plans détaillés d’articles, des états d’âme intimes, des morceaux de poèmes et des poèmes entiers, une pensée qui me vient je ne sais d’où et que je juge utile de consigner, « au cas où ! » Il y a même des lettres que j’ai envoyées, les lettres d’amours à celle (!) que j’aime et ceux que j’aime et d’autres, de reproches (aux mêmes que cités précédemment) qu’il m’a suffi d’écrire pour éteindre les rancœurs. C’est fourre-tout mais représentatif du boxon qui habite mon cœur et mon cerveau, nul besoin d’être public, puisque cela m’apporte ce que j’en attends.

Donc, disais-je, un billet de blog est fait pour être lu, et pour être lu, une nécessité première est d’être en capacité d’écrire régulièrement. Je ne le suis pas, et c’est pour cette raison que j’ai choisi, en accord avec le taulier, de publier ce que je crois pertinent chez mon véritable ami Nathanaël. Son blog jouit d’une belle audience, et je sais que mes écrits y seront davantage lus qu’ici même. Tant mieux.

gaston2

Où voulais-je en venir ? J’écris comme ça vient, il est tard cette nuit et ce que vous perdez en rigueur ( celle qui permet de raisonner correctement, pas celle de Fabius!), je vous le rembourse en sincérité, promis ! Donc, disais-je, je n’écris pas régulièrement. Encore moins ces temps-ci, j’ai prévenu à plusieurs occasions, c’est l’hiver, et l’hiver je suis fatigué et je déprime. Chaque année. Et puis cette année je ne dors plus. La preuve, il est 3h10 sur mon méridien, je bosse dans moins de 6h. Je ne dors plus parce que je vis dans le même monde que vous. Et je sais pas ce que vous en pensez, mais ce que je vois me file la nausée. Chez moi, ça fonctionne comme une éponge, voire un virus. Voir la laideur qui m’entoure me souille, m’enlaidit. Comme Franquin, j’ai les idées noires. Dit comme ça, j’ai bien conscience de ce que vous pensez. Oh là là, il va mal Arthur. Je vous rassure, en vérité j’ai parfois le blues, comme toi lecteur. En vérité, j’ai la chance (et j’espère que toi aussi, camarade lecteur) de pouvoir compter sur mes amis, finalement assez nombreux (car j’y compte ma famille, tout le monde n’a pas cette chance), pour vider mon sac, les entendre me requinquer par l’amour qu’ils ont la gentillesse de m’offrir.

Mais si je ne dors plus, c’est surtout parce que je milite. À l’élan joyeux qui m’animait l’été dernier a succédé la réalité de l’action politique, de l’inaction politique, bien trop souvent. Sur ce point, il y a mon inaction par fainéantise, l’inaction du collectif par des querelles de gauchistes. Il y a surtout que militer, quand on a une certaine conception de la gauche, c’est le plus souvent être le témoin de la dureté de la vraie vie des vrais gens. Sur le terrain militant, les discours télévisés des ministres, les protestations médiatiques de tel ou tel camp, mais surtout la réalité des conséquences des choix législatifs et exécutifs nous heurte de plein fouet. À chaque action, on rencontre ces femmes et ces hommes littéralement victimes du système capitaliste. Me revient un visage cette semaine, celui de cet ouvrier de PSA, camarade du Parti de Gauche, à la tribune pour présenter la situation des gars d’Aulnay. Derrière le constat critique, derrière la résolution et la détermination affichée, on sentait l’émotion d’un être humain broyé par cette machine infecte. Celui qui ne l’a pas ressenti n’écoutait probablement pas. Je ne dors plus parce que si j’ai choisi de m’engager, ce n’est pas par jeu, pas par vanité, pas par ambition, mais parce qu’au risque d’amuser certaines de mes connaissances, je crois que nous, prolétaires, sommes une force. J’ai choisi de m’engager parce que j’ai la naïveté (ou pas) de penser que mes actes, inspirés de ceux qui m’ont précédé dans cette voie, en inspireront d’autre à ma suite.

Je n’écris plus parce que je ne dors plus, je n’écris plus parce que je suis débordé. J’essaie de mener ma première tâche, celle d’être un travailleur compétent, avec application ( et, dans l’espoir de la mener avec talent). C’est la première parce qu’en prétendant défendre les intérêts des ouvriers, il me semble que je ne peux être légitime qu’en étant un travailleur actif et compétent : pour moi, la pire des illusions est bel et bien cette tendance à la professionnalisation de la politique. Non, ce n’est pas un métier, c’est un devoir citoyen ! J’essaie désormais d’en mener d’autres, d’être un bon militant, un militant utile, c’est à dire un militant qui ne nie pas les états d’âme énoncés plus haut, parce qu’ils sont la première conséquence de mon regard sur la société. Mais surtout, être un militant que ces états d’âme ne découragent pas, au contraire. J’apprends à faire de cela une force, une raison d’aiguiser chaque jour un peu plus ma combativité, ma détermination. Je ne dois pas me laisser aller, car ma tâche est noble et nécessaire, c’est celle de changer le monde, jour après jour.

gaston

Ne regrette pas, cher lecteur, de moins me lire ici. Je ne t’abandonne pas, au contraire, je me suis rapproché de toi.

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