Archives Mensuelles: mars 2013

Les écosocialistes mangent-ils les enfants ?

C’est amusant comme depuis l’époque où un « spectre » hantait l’Europe, le pouvoir et ses relais médiatiques n’ont de cesse de disqualifier notre camp en nous flétrissant des pires maux. Être communiste, ou quoi que ce soit qui s’en rapproche, c’est nécessairement être un fou violent et sanguinaire, ou aspirer à le devenir. Quand nous ne sommes pas en train de dévorer des enfants, nous pratiquons l’antisémitisme, et le reste du temps nous nous baignons dans le sang de nos ennemis. Depuis le bolchevik au couteau entre les dents jusqu’à François Delapierre et son expression de « 17 salopards », nos adversaires font feu de tout bois pour nous discréditer. Comment pourrait-il en être autrement ? Je l’ai souvent répété : leur avantage principal réside dans une conscience de classes qui nous fait défaut. Ils savent qu’il s’agit d’une lutte à mort et que nos rêves doivent être anéantis.

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Parmi les journalistes aux ordres, il y a les vicieux, comme Monsieur Quatremer, qui élabore des raisonnements inquiétants pour déclarer que Jean-Luc Mélenchon est antisémite. Il y a le troupeau d’ânes fainéants qui répètent ce genre d’accusations en boucle, à l’image de Monsieur Aphatie, et puis il y en a un peu plus retors que d’autres. C’est le cas de Madame Sophie de Ravinel, qui écrit dans le Figaro

« Mais lui et d’autres dirigeants communistes présents au congrès, dont Pierre Laurent, ont été gênés, sans le dire publiquement, par la volonté exprimée par le PG de créer des «listes» de personnalités à faire tomber, que ce soit des chefs d’entreprise ou des maires… «Dresser des listes, c’est du populisme. Et les dérapages sont plus fréquents lorsque l’on prétend, comme le PG, vouloir concurrencer le FN sur son propre terrain, ce dont nous nous gardons», commentait dimanche un membre de la direction du PCF. »

En voilà, un propos bien sournois, autant qu’original. En effet, ce paragraphe est un prototype de malhonnêteté calculée. Ici, l’objectif est clair : remuer l’idée selon laquelle le Front de Gauche serait divisé avec d’un côté un PCF avec les gentils modérés, et de l’autre un PG avec les extrémistes violents. Tant mieux, ces attaques auront court tant que le Front de Gauche sera une formation politique qui effraie le pouvoir. Quant à mes camarades communistes, ainsi que ceux des autres formations du Front de Gauche, nous sommes conscients de la tâche que nous avons à mener. Nos désaccords sont plus rares que nos convergences, et l’unité est notre maître-mot.

Mais la malhonnêteté du propos vient ici surtout de la manière biaisée dont sont rapportés nos débats. De listes, il a été effectivement question, puisque c’était l’objet d’un débat concernant l’élaboration de notre texte d’orientation. L’amendement évoqué ici et soumis au vote des congressistes (Amendement n°2, soyons précis) se présentait sous la forme suivante :

« Aujourd’hui, la domination oligarchique n’a pas de limites, ceux qui construisent et renforcent ce système inique l’assument sans vergogne. Nous, la gauche qui se bat aux côtés des citoyens, nous la gauche par l’exemple, nous l’autre gauche, les désignons nommément comme responsables des dégâts et malheurs qu’accompagnent la confiscation des biens et des pouvoirs au peuple. Nous appelons au renversement du système oligarchique et à la révolution citoyenne. Les plus connus s’appellent Bouygues, Dassault, Proglio, Gohsn, Jouyet, Pujadas, Gallois, Migaud, Joffrin, Hees, Pépy, Giesbert, Minc ou encore Lauvergeon et Pflimlin. Sans oublier le discret Noyer, inébranlable depuis 9 ans à la tête de la Banque de France. »

Dans son introduction à la tribune du samedi matin, demi-journée où ce point a été débattu, François Delapierre prenait la défense de cet amendement. Son propos, en substance était le suivant. Lutter contre cette construction idéologique d’un capitalisme désincarné et contre lequel, par conséquent, on ne pourrait rien faire. Donner des noms, c’est en somme contredire la vieille théorie de la « main invisible » chère à Adam Smith. En aucun cas il ne s’agit de « personnalités à faire tomber », comme le prétend le Figaro. De plus, la liste présentée a pour but de souligner la connivence entre pouvoir économique, pouvoir politique et pouvoir médiatique, ce n’est pas en soit une liste noire, et certainement pas une liste exhaustive.

L’amendement cité ci-dessus a été rejeté par les congressistes. Certains trouvaient peu judicieux l’idée de « faire des listes ». D’autres, comme moi, y étaient favorables, mais trouvaient le paragraphe mal rédigé ou la liste pas assez pertinente. Sophie de Ravinel peut être rassurée, son patron, présent dans la liste, dormira quelques temps encore sur ses deux oreilles.

Bonus nécessaire : Pierre Desproges – La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède : Apprenons à reconnaître un communiste.

Bonus musical : Ghinzu – Cold Love

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Avec Agora Fidelio, face à ses yeux verts…

Dans la vie, on parvient parfois à s’extraire de la monotonie quotidien pour s’offrir quelques secondes d’éternité. Il y en a un, vieux de six ans, qui est encore intact dans ma mémoire. J’étais passager d’une voiture, quelque part sur une route escarpée d’Ariège. La jolie femme aux yeux verts au volant ce jour là étaient de ceux qui apprécient la perfection de la scène finale de Fight Club. L’arrivée de Where is my mind des Pixies au millième de seconde près, un pur moment de génie. Elle connaissait par cœur cette route de son enfance, au point de pouvoir lancer la chanson Altitude Zéro au moment parfait pour que la musique devienne la bande originale de notre escapade, pour que les paysages défilant sous mes yeux se transforme en un clip aux allures bucoliques.

Il y a des histoires musicales où la scène est profondément liée à ce qu’on a de plus intime. Le chanteur d’Agora Fidelio, car c’est de ce groupe toulousain qu’il s’agit, j’en avais déjà entendu parler. Il hurlait depuis un moment déjà dans le micro de Psykup, groupe de métal d’une scène toulousaine jamais avare de créativité musicale. J’avais quelques potes qui en étaient complètement fondus. Le métal, j’ai souvent du mal, et Psykup ne dérogeait pas à la règle. J’ai toujours trouvé épatant la capacité de Matthieu à hurler une violence quasi-bestiale dans Psykup et produire un chant doux et subtil avec Agora Fidelio.

Photo : Mélodie Oxalia

Photo : Mélodie Oxalia

Doux, subtil, mais pas moins violent. Ici, la violence est toute cérébrale, comme de la haine à froid. Non, « haine » n’est pas le bon mot. C’est plutôt le chant d’une mise à nu. On y trouve la douceur, la beauté de l’intimité, mais aussi ses souffrances et ses plaies. Il y a dans les textes d’Agora Fidelio une forme de romantisme sombre qu’on ne trouve guère que chez Noir Désir, Bashung ou Thiéfaine. Et à ce jeu, le groupe toulousain tire son épingle du jeu avec un brio sans cesse renouvelé. Il y a filiation artistique, mais jamais l’ombre d’une imitation.

Cette force littéraire, l’expression crue de la fragilité des hommes, on ne pourrait pas y prêter toute l’attention qu’elle mérite sans la force de composition musicale qui l’accompagne. Quand je les ai découverts, bien des groupes s’essayaient au post-rock avec un syndrome de mégalomanie instrumentale. De la même manière que certains digèrent mal Marx et sombrent dans ce que Lénine appelait La maladie infantile du communisme, bien trop de musiciens voient dans le post-rock l’expression pompeuse de délires narcissiques. Le rock progressif a eu le même problème. Agora Fidelio, c’est au contraire une formation réduite aux fondamentaux du rock : Basse/Batterie/Guitare/Chant pour l’essentiel. Des thèmes le plus souvent mineurs, des arpèges soignés, et on se trouve en quelques mesures dans cette zone démilitarisée du rock, un no man’s land musical où tout est à construire.

Agore Fidelio - Altitude Zéro

Agore Fidelio – Altitude Zéro

Quand je sens venir en moi cette montée de rage impuissante que connaissent si bien ceux qui sont à fleur de peau, je n’ai plus besoin de m’écorcher les phalanges en tapant des les murs, je mets un disque d’Agora Fidelio, et ma chaîne hi-fi s’en charge pour moi.

Bonus Hadopi : Agora Fidelio – Si tu savais comme

Bonus vidéo : Agora Fidelio – Finir à Paris

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Ennemi si tu tombes, un ennemi sort de l’ombre à ta place.

« Le roi est mort, vive le roi » disait-on autrefois. On peut rire du camouflet infligé à Laurence Parisot par ses pairs, ça donne un air de carnaval à ce printemps qui ne se décide pas à venir. Le MEDEF reste malgré tout bien là, confortablement installé au 55 de l’avenue Bosquet dans le 7ème arrondissement de Paris. Précision pour ceux qui ne sont pas familiers de Paris, le 7ème, disons que ce n’est pas la goutte d’or. Ça n’a peut-être l’air de rien, mais entre un « syndicat » installé dans la partie ouest de la rive gauche et un syndicat installé rue de Paris, à Montreuil, il y a un symbole qui ne trompe pas.

Ceci n'est - vraiment - pas un syndicat.

Ceci n’est – vraiment – pas un syndicat.

Le MEDEF continue donc à avoir pignon sur rue, et les travailleurs de PSA en grève depuis 11 semaines le savent très bien. Après avoir investi mercredi une annexe du ministère du travail, ils sont bien décidés à ne pas en rester là, comme en témoigne leur action éclair au siège de cette officine du Capital située à deux pas des Invalides. Cette action démarrée dans le 7ème en début d’après-midi et qui s’est terminée dans la soirée en plein 18ème arrondissement, c’est un nouveau témoignage de la haine de classe que subit quotidiennement les nôtres.

Tout commence par un message sur Facebook du camarade Antoine Foti, militant PG dans le 18ème : les PSA mènent une action au siège du MEDEF, les CRS sont de la partie. J’ai à peine le temps de le relayer que mon compère de la veille et moi-même avons un échange de textos comme seuls les banlieusards peuvent les connaître, dès qu’il s’agit de se rendre en urgence à Paris :

On a opté pour le scooter.

On a opté pour le scooter.

Le temps d’enfiler les casques que les mises à jour s’enchaînent. C’est finalement au commissariat de la rue de Clignancourt qu’on retrouve nos camarades déjà sur place. De là, on rejoint un dépôt de la rue des évangiles. Les PSA sont retenus en nombre à l’intérieur. Nous sommes une centaine à l’extérieur, décidés à affronter le froid jusqu’à la libération du dernier d’entre eux.

Des ouvriers relâchés au compte-goutte.

Des ouvriers relâchés au compte-goutte.

Je croise Jean-Pierre Mercier, délégué CGT de l’usine d’Aulnay, qui m’explique brièvement qu’ils se sont baladés environ une heure dans les bureaux du lobby patronal pour manifester leur colère et leur solidarité à l’égard de leurs collègues menacés de licenciement suite à des actions menées récemment. La police de classes de Manuel Valls connaît son travail. Les « gueux » sont évacués du « palais » : quand un gouvernement soi-disant socialiste tolère un lock-out pourtant illégal de la direction de PSA, on sait qu’il ne fait pas bon pour les travailleurs être revendicatifs, encore moins vindicatifs.

Le bruit court que le MEDEF a l’intention de porter plainte. Pourtant, les casseurs, ce ne sont pas les ouvriers, mais bien les patrons, casseurs d’emplois, casseurs avec le pouvoir complice du code du travail, casseurs du seul bien des prolétaires que nous sommes : notre force de travail. François Hollande, à la télévision au même instant, peut bien enchaîner les phrases creuses, un gouvernement véritablement de gauche n’aurait pas laissé faire PSA, un gouvernement véritablement de gauche serait dans cette lutte du côté des travailleurs, et certainement pas complice de la criminalisation de leur action.

Lorsque les derniers « suspects » sont enfin libérés, les délégués syndicaux prennent la parole devant une assemblée très remontée. D’autres actions sont promises, les PSA n’en resteront pas là, d’autant que la solidarité à leur égard a été un succès : les caisses de soutien leur permettront de se payer pour la deuxième fois ! Mais pour l’heure, c’est le moment de prendre un repos bien mérité. L’occasion d’improviser une manifestation jusqu’au métro Marx Dormoy, avant de s’engouffrer dans les transports en commun. Demain sera un autre jour… de luttes.

Tribune improvisée des délégués syndicaux.

Tribune improvisée des délégués syndicaux.

Bonus France 3 : Pour une fois que c’est pas Télé-Vatican !

Bonus musical : Les Fatals Picards – Le combat ordinaire

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Nous sommes complètement fous.

Je ne l’ai pas dit il y a six mois, et je ne l’ai pas dit dans l’obscurité éthylique d’un PMU de quartier. Je l’ai dit, ou plus précisément écrit hier, sur ce blog. Et tout le monde a applaudi, parce que j’avais tellement raison, que c’était une telle évidence :

« nous sommes un outil au service des travailleurs, pas l’inverse. »

Et de passer de la théorie à la pratique, de la parole aux actes. On m’en donne l’occasion en début d’après-midi, sur Facebook :

statut

Moins d’une heure plus tard, le temps de lacer mes chaussures, de remettre un peu d’essence dans la voiture et de subir les bouchons de la porte d’Orléans, je rejoins mon camarade en exil. Les PSA sont une cinquantaine à l’intérieur, ils sont venus négocier la désignation d’un médiateur dédié à leur lutte. Oui, dans la France de François Hollande, les travailleurs doivent négocier pour obtenir un interlocuteur de négociations.

Dans le froid de ce lieu sans âme de Paris, nous sommes deux à attendre à l’extérieur pour témoigner notre soutien à nos frères de l’industrie automobile. On tend l’oreille. Il semble que les débats à l’intérieur sont houleux. Arborant badges du PG, du Front de Gauche et de la CGT, on échange avec légèreté avec les CRS qui semblent se demander ce qu’ils foutent là.

Une mobilisation de grande ampleur...

Une mobilisation de grande ampleur…

Le temps se fait long, et on se sent bien seuls, tous les deux. Les minutes passent, et les rangs des forces de l’ordre grossissent à vue d’œil. Mon binôme et moi sommes un peu jaloux, on ne peut pas en dire autant.

La délégation des PSA est enfin ressortie. Leur détermination ne semble avoir d’égale que la vacuité politique d’une trop grande part des miens. Dans ce monde fait de slogans, certains parmi nous prennent les mots d’ordre pour des logos, des hochets pour instrumentaliser les luttes de ceux pour qui tout cela est une question de survie, pas de vanité égocentrique.

On prête à Mirabeau cette phrase sur Robespierre : « Il est complètement fou : il croit à tout ce qu’il dit. » Peut-être que l’Ibère et moi sommes complètement fous. Aujourd’hui, le front des luttes, c’était lui et moi. Nous vous avons laissé ergoter sur vos stratégies électorales. Deux personnes. Peut-être sommes nous complètement fous.

Bonus militant : ce qui s’est passé à l’intérieur :

Bonus musical : Noir Désir – Si rien ne bouge

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Des luttes, et des séminaires ouvriers pour lutter

Ceux qui pensent que notre parti a en son sein d’autres « stars médiatiques » que son co-président se trompent et montrent par leur aveuglement une coupure avec les réalités quotidiennes de la classe ouvrière. Ce n’est pas seulement inquiétant, c’est inacceptable. Si je me permets de formuler ces remarques de manière aussi peu diplomate, c’est que je sais combien ce piège nous guette tous. Mes récents billets ont souvent traité de cuisine interne au PG ou des thèmes de politique générale. Je pourrais finir par croire que c’est cela, militer, et comme tant d’autres oublier le terrain, l’action concrète. Je ne suis pas meilleur qu’un autre si on ne se charge pas de me rappeler à l’ordre.

Pour autant, on ne se refait pas, et mon militantisme se construit aujourd’hui encore beaucoup par la lecture. Ceux qui aiment lire connaissent cette tendance compulsive à acquérir cinq livres dès qu’ils franchissent la porte d’une librairie. Sur les cinq, un peut-être sera lu, avec de la chance. Alors, à Bordeaux, j’ai décidé de n’acheter qu’un seul livre. Pas au hasard, soigneusement choisi : celui coordonné – davantage que co-écrit – par mes camarades Hélène Le Cacheux et François Longérinas : « Avec les Fralib, de la résistance à l’alternative » et sous-titré « Les luttes s’alimentent des luttes ».

François Longérinas (au micro) et Hélène Le Cacheux au séminaire ouvrier.

François Longérinas (au micro) et Hélène Le Cacheux au séminaire ouvrier « Fralib »

Bien sûr, il y a quelque chose de personnel dans ce choix, car j’ai la joie de compter Hélène parmi mes amis, parce qu’elle m’a présenté aux ouvriers en lutte de Gémenos, parce qu’ils m’ont fait visiter leur usine. Pas de stars disais-je plus haut, car mes « stars » à moi, ce sont eux. Et je n’exagère rien quand j’affirme qu’une accolade sincère d’un des Fralib me donne plus de joie, m’intimide davantage qu’une poignée de main d’un dirigeant de partie, quelle que soit la sympathie que je puisse avoir à son égard.

Les Fralib sont devenus avec le temps la piqûre de rappel qui m’évite l’égarement politique. Quand je pense à ces hommes et ces femmes à l’histoire exemplaire, je me souviens que faire de la politique, c’est un engagement entier. Celui qui ne fait qu’écrire sans agir est un révolutionnaire de salon. Celui qui agit sans jamais réfléchir achète la corde qui le pend. Fralib, c’est le courage de l’action mêlé à la patience de la réflexion qui leur a permis d’aboutir à un projet industriel viable dès qu’ils auront remporté la bataille finale (sur le plan juridique notamment) contre Unilever, cette multinationale qui illustre aujourd’hui si bien ce que l’on entend par l’expression « haine de classe ».

Les fralibs rassemblés devant le tribunal de Nanterre.

Les fralibs rassemblés devant le tribunal de Nanterre.

Ce petit livre d’à peine cent pages n’est pas le récit du combat renouvelé de David face à Goliath, c’est encore moins un concentré de doxa politique à appliquer en toute situation sans jamais déplacer de virgule. Non, ce n’est rien de tout cela, c’est avant tout l’illustration de ce que peut-être un projet concret d’éducation populaire.

Mes camarades du Parti de Gauche n’auraient probablement pas pu organiser ce premier séminaire ouvrier s’ils avaient eu par ce biais l’intention d’expliquer aux ouvriers de Fralib quels étaient les enjeux de leur lutte et comment l’organiser. Après plus de deux ans de conflits, ils n’avaient attendu personne. C’est ce que doit comprendre tout militant politique, et cela ne va pas sans dire, tant ils sont nombreux, les militants sincères sombrant dans une forme de cynisme : nous sommes un outil au service des travailleurs, pas l’inverse. Les Fralib n’appartiennent pas au PG, pas au Front de Gauche ni à aucune autre organisation politique. Nous, au contraire, appartenons aux Fralib dans le sens où notre rôle est de les aider, dans la mesure de nos moyens (pratiques, idéologiques…), dans la lutte à mort qu’ils ont engagé contre le capitalisme mondialisé.

Le séminaire ouvrier qui s’est tenu sur le site même de l’usine de production du thé Éléphant le 8 décembre 2012, c’est enfin, je crois l’ébauche concrète de ce Front des Luttes plus que jamais nécessaire à l’émancipation de tous les travailleurs. Par la diversité de ce qui y ont pris part : ouvriers, syndicalistes, étudiants, militants politiques etc., il a notamment contribué à combattre l’idéologie du « tous pourris » qui colle trop souvent aux militants syndicaux et politiques, idéologie si chère à l’extrême-droite. Par son succès, ce séminaire est enfin le mot d’ordre lancé à toute la classe ouvrière, bien au delà du seul site de Gémenos. C’est un appel fait aux ouvriers à s’organiser de manière solidaire, à prendre en main l’avenir de leur emploi, et donc leur propre avenir.

A la grande manifestation contre le TSCG, le 30 septembre dernier.

A la grande manifestation contre le TSCG, le 30 septembre dernier.

Les Fralib ne s’y sont pas trompés, qui sont toujours là pour témoigner de leur engagement aux côtés des autres travailleurs en lutte, de la Fête de l’Humanité aux rassemblements de soutien aux ouvriers de PSA, des manifestations contre le TSCG au salon de l’agriculture, en passant pas les « Pilpa » de Carcassonne. Tiens, je me suis laissé dire que ces derniers avaient demandé des conseils pour organiser leur propre séminaire ouvrier.

Tremble, Capital ! La classe ouvrière se donne les armes de l’éveil à la conscience de classe, elle devient solidaire et répond petit à petit à l’appel de Karl Marx : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous. » Et gare à toi quand elle aura pris la mesure de sa force !

Bonus musical : HK et les Saltimbanks – Toute mon vie

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Le jour où je me suis réveillé antisémite (j’ai pas aimé)

Ça s’est passé en début d’année, au travail. Un clash avec un élève, ça arrive de temps à autres, un peu plus souvent dans un bahut de banlieue parisienne – pas spécialement riche – au nord de l’Essonne que dans un établissement tranquille, dans un collège rural – pas spécialement plus riche – quelque part entre Marmande et Mont-de-Marsan. Ça n’a rien de plaisant mais pas question non plus de tomber dans les clichés du prof francilien vivant un enfer. Ce jour là, le ton est monté entre Ahmed (j’ai changé le prénom volontairement pour des raisons évidentes) et moi. Il avait merdé, je me suis fâché trop vite, j’ai pas lâché de lest. Je l’ai poussé dans ses derniers retranchements, ma supériorité intellectuelle (je le dis sans arrogance, j’ai plus du double de son âge) l’a obligé à prendre la posture de la victime, jusqu’à ce que ça tombe : « Vous faites ça parce que vous aimez pas les arabes. »

Mon sang n’a fait qu’un tour, et je le dis en toute franchise, heureusement que la CPE se trouvait à mes côtés pour calmer le jeu. Je l’ai laissé faire, car on était arrivé à ce point où la loi est le dernier rempart contre les réactions violentes. Depuis cet incident, Ahmed continue à me casser les pieds, à intervalles réguliers, mais au fond on s’aime bien lui et moi. À la veille de Noël, il m’a offert des chocolats.

racisme

Comme tout le monde, je n’apprécie pas trop les insultes que je ne mérite pas, même si mon ton provocateur m’y expose plus que de raison. Mais il est un type d’insultes que je ne suis jamais parvenu à tolérer à mon encontre : les accusations de racisme de toutes sortes. J’inscris dans cette catégorie toutes les accusations qui me paraissent corollaires : sexisme, homophobie, antisémitisme etc.

Pas question pour moi de faire une hiérarchie des victimes, mais l’accusation d’antisémitisme, dans la violence de l’insulte, c’est un petit plus d’infamie. Républicain, j’ai toujours été gêné par certaines expressions médiatiques du type « les juifs de France » (que l’on retrouve avec les autres religions, mais surtout avec les juifs, me semble-t-il). On serait donc « juif » avant d’être Français ? Et en tant que Français, les juifs constitueraient donc une catégorie homogène ? Tout cela me paraît hautement improbable. Je ne suis pas expert, mais s’il faut parler des juifs, je dirai que j’en ai rencontré suffisamment pour avoir trouvé parmi eux des types extraordinaires, des crétins, des marrants, des pénibles, des homosexuels et des homophobes, des mecs de droite, des mecs de gauche, des pratiquants, des pro-palestiniens etc. En d’autres termes, j’ai cru y trouver la même proportion de chaque trait de caractère présent chez les non-juifs. Pour cette raison, l’antisémitisme, comme les formes de discrimination évoquées plus haut, est une pensée nauséabonde qui a toujours dépassé mon entendement.

Drôle, mais malheureusement tellement vrai.

Drôle, mais malheureusement tellement vrai.

Au delà de ces considérations générales, il y a cette blessure collective des camps de la mort. Les miens aussi, communistes et autres résistants, y ont péri, bien que dans des proportions moins importantes. Et puis je suis assez vieux pour avoir eu de mes grands-parents le récit aussi vertigineux que sordide des rafles. Ce crime là était contre l’humanité, et quiconque se dit humain en est historiquement victime, par solidarité avec ceux qui n’ont eu à une époque pour unique tort que celui d’être né juif.

Monsieur Quatremer devrait savoir quelle peut être la blessure ressentie lorsque quelqu’un se contente d’insinuer qu’on est antisémite. Quand il flétrit ainsi mon camarade Jean-Luc Mélenchon, je ne sais plus comment interpréter les propos de Claude Askolovitch à son égard et que rapporte mon camarade du Cri du Peuple dans un de ces derniers billets, au prix de bien malsaines menaces de procès en diffamation de la part du gratte-papier de Libération. Quatremer a-t-il été blessé par ce rappel de Nathanaël, ou bien est-ce là un effet de tribune de la part de quelqu’un prêt à disqualifier ses adversaires en les accusant d’infamie ? Dans ce cas, au delà du coup blessant qu’il assène à l’un des nôtres, et donc à nous tous, il exprime son mépris des véritables victimes de l’antisémitisme.

Monsieur Quatremer a présenté des excuses après que Michel Soudais a publié sur Politis l’enregistrement invalidant le tombereau d’ordures qui s’est abattu sur nous ce week-end. Je salue cet acte, qui est propre à grandir celui qui le pratique avec sincérité. La blessure, elle, est intacte, et ma rancune à ce sujet sera tenace.

Cependant, je voudrais, pour conclure, m’adresser à mes « camarades » du parti socialiste. J’appartiens au même parti que Jean-Luc Mélenchon. J’ai conscience que ses prises de parole publiques engagent l’ensemble de notre parti, et m’engagent donc à titre personnel. Si le co-président de mon parti se rendait coupable de quelque infamie, je ne resterais pas les bras ballants. J’attendrais de lui des excuses, faute de quoi j’entrerais dans la logique du « c’est lui ou moi ». Par lucidité, je me dois donc de préciser que ce serait forcément moi qui déchirerait ma carte.

Le Parti Socialiste n’a présenté aucune excuse officielle pour avoir ainsi agrandi la horde des calomniateurs. J’attends les excuses d’Harlem Désir, de Frédérique Espagnac et/ou de David Assouline. D’ici là, sache une chose, camarade du parti socialiste, simple militant ou même « cadre » de bonne foi conscient de la gravité des insultes proférées. Je te tiens pour complice de celles-ci tant que tu n’auras pas présenté des excuses en ton nom. À ta place, je n’hésiterais pas à le faire, ou a minima à soutenir le camarade Mélenchon, comme l’ont fait Julien Dray et Pascal Cherki, adversaires politiques que je combats, mais militants, pour le coup responsables, que je salue.

Bonus historique : Jean-Luc Mélenchon, qui cite si souvent un certain Bronstein (tiens, ça sonne un peu juif comme nom !), est aussi un fervent héritier de Robespierre. À mon tour, l’extrait me paraît venir à point :

« [Les juifs] ne doivent pas être persécutés : ils sont hommes, ils sont nos frères ; et anathème à quiconque parlerait d’intolérance ! Nul ne peut être inquiété pour ses opinions religieuses, vous l’avez reconnu et dès lors vous avez assuré aux Juifs la protection la plus étendue. » (Discours sur le droit de vote des comédiens et des Juifs, 23 décembre 1789 à l’Assemblée Constituante)

Un grand merci à l’ami Stan pour son aide précieuse…

Bonus musical : La Ruda Salska – Unis

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Les raisons de la colère

Ce billet a été écrit ce matin, mais ce sont bien les aléas d’un séjour en province (sic) qui me contraignent à publier seulement ce soir. Soyez rassuré, je rentre à Paris demain.

Ça se termine, ce congrès. À l’heure où je démarre ce billet, Martine Billard, à la tribune pour clore ce long week-end, vient de dénoncer les attaques infâmes de quelques cloportes qui se proclament indûment journalistes à l’encontre de mon camarade Jean-Luc Mélenchon. Je ne m’étendrai pas davantage sur les propos diffamatoires de quelques uns, tant il semble que les antisémites ne sont pas forcément ceux que l’on croît. Nous, au Parti de Gauche, nous ne le sommes pas, et si nous avions des gages à fournir, ce ne serait certainement pas à ces messieurs qui se nourrissent de la haine de classe.

5,000 personnes présentes, difficile de rester sagement assis.

5,000 personnes présentes, difficile de rester sagement assis. (Photo : François Longérinas)

Beaucoup de fatigue ce matin, et malgré le soleil enfin décidé à se montrer franchement, l’envie de rentrer pour simplement dormir ou bouquiner au calme. Nous voilà au termes de deux jours de débats nourris, et il faut bien le dire, pas toujours détendus. De bien mauvaises langues pourraient dire de nous qu’on passe notre temps à se foutre sur la gueule. Qu’ils ne s’en privent pas. Nous avons l’incroyable volonté de ne pas être des donneurs de leçon, comme monsieur Carvounas. Nous avons l’incroyable volonté de ne pas nous comporter comme des parasites gouvernementaux avec comptes à numéros, imposant aux autres ce qu’on se garde bien d’appliquer à soi-même. Oui, au Parti de Gauche, on s’engueule, parce que l’exercice de la démocratie est bien une expérience difficile au quotidien. Nous appelons à la convocation d’une constituante qui posera les jalons d’une VIème République, et cette VIème République ne sera pas le jouet d’oligarques pourris. Oui, on s’engueule davantage dans un congrès démocratique que dans les think tank, ces cercles qui pensent qu’une bonne idée ne peut pas germer dans l’esprit d’un peuple.

Le "camarade et néanmoins ami" Nathanaël Uhl, en pleine intervention "punk".

Le « camarade et néanmoins ami » Nathanaël Uhl, en pleine intervention « punk ».

Au Parti de Gauche, nous appliquons à nous-mêmes ce que nous voulons étendre à l’ensemble de la société. Alors on s’engueule. On s’engueule mais on ne se fâche pas. On s’engueule comme les camarades, comme les frères que nous sommes. On s’engueule, enfin, mais si notre colère est intacte, elle est toujours dirigée dans le bon sens. Nous pouvons être fiers du travail accompli depuis la création du Parti de Gauche en 2008, fiers des campagnes menées avec nos partenaires dans le cadre du Front de Gauche, fiers du résultat produit par ces mois de préparation de Congrès, fiers du résultat auquel il a abouti en ce week-end aquitain. Nous ne sommes pas devenus une association de baronnies ni un cartel de courants politiques, comme ce parti soi-disant socialiste qui serait comique s’il ne détenait pas tous les leviers du pouvoir dans notre pays. Nous n’avons pas dilué notre discours à des fins électorales, nous ne l’avons pas faussement durci dans un gauchisme de parade, nous sommes restés fidèles à ce que nous sommes, ni plus ni moins que les défenseurs de la révolution citoyenne.

Martine Billard à la tribune.

Martine Billard à la tribune. (Photo : Rémy Blang)

Notre colère, je le maintiens, est une colère saine, parce qu’elle se dirige contre Laurence Parisot, contre Pierre Moscovisci, contre la famille Peugeot et tous ceux qui sont de l’autre côté de la barrière de classe et qui sont donc nos ennemis. Nous l’avons à nouveau affirmé ces jours-ci : il est grand temps que la peur change de camp. Pour ma part, et comme ce camarade à la tribune hier, je rappellerai en conclusion les propos de Félix Dzerjinski : « Pour nos adversaires, quatre murs, c’est trois de trop. »

Bonus Delapierre :

Bonus musical : The Ramones – Blitzkrieg Bop

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Des débats et des hommes.

Bon. Cette fois ça a commencé. Il faisait moche à Bordeaux, hier. Les camarades qui étaient en voiture avec moi, et tous ceux qui savent mon attachement à cette ville se sont bien chargés de me le rappeler. En même temps, on n’est pas venus pour enfiler des perles. On est là pour bosser.

Des congressistes studieux.

Des congressistes studieux.

Hier, il y en avait du travail. J’ai le plaisir de voir mes camarades montreuillois Claudio Calfuquir et Franck Boissier sur l’estrade, en tant que membre du bureau du congrès. C’est donc un ami qui donne le coup d’envoi de notre séquence de travail du jour, longue et dense. Il ne s’agit pas des questions les plus sexy, tant elles sont internes à notre parti. Il s’agit de finances, je n’en parlerai pas. On a beau vivre une époque où on invite les curés à parler de sexualité, et Roselyne Bachelot d’éthique politique, je me refuse à évoquer ici des sujets sur lesquels je suis si peu compétent.

Mon camarade Franck (et d'autres) à la tribune.

Mon camarade Franck (et d’autres) à la tribune.

Il s’agit aussi de statuts, avec des enjeux qui peuvent paraître souvent abscons, même pour les plus aguerris des militants présents. À l’instar de nos camarades du PCF, nous nous organisons alors en ruches de travail, par petits groupes, pour débattre à nouveau des enjeux politiques qui se cachent derrière les choix que nous avons à faire sur l’évolution structurelle de notre parti. Sans entrer dans les détails, je me contenterai de réaffirmer ce que j’écrivais ici il y a quelques semaines : ce n’est jamais une erreur de parier sur l’intelligence collective. Nous ne rentrerons pas de Bordeaux avec un parti parfait, mais nous avons su éviter les écueils les plus dangereux. On va pouvoir faire sérieusement de la politique.

Les camarades de Seine Saint-Denis.

Les camarades de Seine Saint-Denis.

Aujourd’hui, le soleil est (partiellement) revenu, mais nous en profiterons assez peu. C’est à la tâche immense de discuter le texte d’orientation politique. Je me réjouis à nouveau, à l’heure où j’écris, de la qualité des débats. Nous ne sommes pas là pour nous bercer d’illusions sur l’état de nos forces, nous ne sommes pas là pour nous jeter des fleurs, nous ne sommes par là pour une réunion de bureaucrates auto-satisfaits. Nous, congressistes, sommes décidés à ne pas être des avatars de nos « camarades » soi-disant socialistes. Nous ne sommes pas la chambre d’enregistrement de décisions prises en haut, nous sommes la voix de nos camarades de comités. Et bien que les débats soient en cours pour encore longtemps aujourd’hui, j’ai toute confiance en l’affirmation répétée d’une volonté, celle d’un parti qui se construit par la base, qui s’applique à lui-même ce qu’il revendique pour tous : la démocratie, et la souveraineté populaire. Et tant pis si c’est dur, pourvu que nous avancions, pourvu que nous améliorions sans relâche ce qui ne sera jamais autre chose qu’un outil d’émancipation de la classe ouvrière.

Bonus musical (en hommage à mon camarade Sydné) : Gorillaz – Clint Eastwood

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Tokyo Jihen, ça n’est pas de la musique, c’est du génie.

Pour Lionel, évidemment

C’est un sujet clivant. S’il s’agissait de politique, les gens n’auraient même pas besoin d’alcool pour s’engueuler sur ce thème. Il s’agit de Musique, avec un grand M. Il s’agit de Tokyo Jihen ( 東京事変 ) et de sa chanteuse Shiina Ringo ( 椎名 林檎 ). Pour certains : une abomination kitsch miaulée plus que chantée, pour les autres du pur génie. Jamais auparavant je n’ai eu le sentiment de m’attaquer à un sujet aussi vaste, mais je vais faire un effort, je vous le dois. Je ne sais par où commencer. J’ai envie de vous parler de Goraku ( 娯楽, aussi connu sous le nom de « Variety »), mon album préféré, le troisième, sorti en 2007, ou retracée l’épopée de la prolifique carrière musicale de la belle japonaise, qui a 34 ans seulement en est à presque 15 ans de carrière, avec un succès au Japon comparable à celui de AC/DC ou U2.

Le mieux est encore de tenter de vous faire découvrir tout cela un peu comme je l’ai découvert. C’est mon prof de guitare qui m’a montré un extrait d’un live, pour une chanson qu’il voulait qu’on bosse. Un extrait, puis un autre, comme j’étais pressé, je ne suis resté que deux heures devant sa télé, sans même penser à m’asseoir. Deux jours plus tard, une seconde session, presque tout un après-midi, à me goinfrer de cette musique inclassable dans ce salon non-fumeur, sans jamais ressentir le besoin d’en griller une. Je me suis alors trouvé face à une discographie à l’étendue vertigineuse. Trois albums en solo, puis cinq avec Tokyo Jihen, et un autre album solo en 2009. Et je ne parle que des formats standards, enregistrés en studio. Voilà un an que j’ai découvert Shiina Ringo, et il faut bien être honnête, je ne me suis pas encore plongé dans la totalité de son œuvre. Il faut dire que je prends mon temps.

tokyojihen

J’ai d’abord eu le coup de foudre pour une chanson, Kabuki-Cho No Jouu ( 歌舞伎町の女王 ), chanson pop’ pourtant pareille à aucune autre, avec ses phrases de fin de couplets interminables. Et puis j’ai beaucoup écouté le deuxième album, où s’affirme la volonté artistique de toujours être là où on n’est pas attendu, avec un talent jamais démenti. Du rock à la pop, de la pop au jazz, du jazz à l’électro et ainsi de suite. Même s’il est difficile d’apprécier sans réserve chaque mesure de chaque morceau, force est de reconnaître que les morceaux ratés se comptent sur les doigts d’une seule main, et je suis sévère.

En fait, je n’avais pas ressenti une telle claque musicale depuis ma découverte de Radiohead. Comme chez les rockeurs intellos d’Oxford, on retrouve ce goût de la remise en question artistique permanente, ce soucis de n’écrire un morceau que s’il apporte quelque chose de neuf. Parfois sombre, parfois sucré, toutes les émotions sont expérimentées. Ça va même plus loin : on est ici en présence de véritables génies – et je pèse mes mots – , virtuoses de technique autant que de création, assumant leurs clin d’œils aux anciens (je pense entre autres à l’hommage fait aux Doors dans Tsukigime Hime ( 月極姫 ), pratiquant le kitsch délibéré avec talent et tout cela avec l’humilité qui permet l’auto-dérision.

shiina ringo

Aujourd’hui, c’est Goraku ( 娯楽 ) qui m’accompagne au quotidien. La folie d’OSCA, la puissance sombre de Fukushu ( 復讐 ), la détresse violente de Sake To Geko ( 酒と下戸 ), j’en passe…

Bref, je devrais peut-être le préciser, pour éviter toute déception, il y a quand même un truc bizarre avec Tokyo Jihen : c’est presque toujours en Japonais.

Bonus Hadopi : Shiina Ringo – Kabuki-Cho No Jouu et Tokyo Jihen – Tsukigime Hime

Bonus vidéo : Tokyo Jihen – Toumei Ningen

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J’ai de la chance

Soyons honnêtes, j’ai de la chance. J’ai de la chance d’être né en France. « Être né quelque part », dit la chanson, et naître en France, c’est avoir la perspective de meilleurs conditions de vie qu’un bébé qui naîtrait, lui aussi par hasard, sur l’île de Madagascar.

J’ai de la chance parce que parmi mes compatriotes, je ne suis pas des plus mal lotis. Certes, je suis né du mauvais côté de la barrière des classes, mes parents sont des prolétaires : ils ont vécu et vivent encore de leur travail. Mais je suis né dans une famille de prolétaires « haut de gamme », ou pour employer des termes moins ironiques, des prolétaires instruits. Ceux-là que la propagande capitaliste désigne comme classe moyenne pour mieux la faire s’approprier les chimères de l’ascension sociale, pour en faire des spectateurs du combat de la classe ouvrière. Bref, j’ai eu la chance immense de naître au sein d’une minorité, dans un tout petit pays privilégié. J’ai eu la chance de ne manquer de rien pendant mon enfance, la chance d’avoir accès à l’instruction autant par l’école que par mon arbre généalogique. Quand les copains venaient à la maison, ils étaient impressionnés par la quantité incroyable de livres. Quand j’allais chez eux, j’étais sidéré par l’absence de livres.

Bibliothèque

J’ai fait des études longues, j’ai une licence de mathématiques. Même si je n’ai pas la prétention d’être un mathématicien, même si je complexe bien souvent sur mes connaissances dans cette discipline dont j’ai fait un métier, j’appartiens à une minorité. Quelle proportion sommes-nous, à l’échelle de l’humanité, à comprendre les notions de topologie ou d’algèbre enseignées dans nos universités ? Tant pis si mon propos semble prétentieux, j’appartiens à une minorité intellectuelle. Plus encore, j’ai la chance d’être souvent au contact de personnes qui, de mon point de vue, sont bien plus brillantes que je ne le suis.

Ce que j’ai appris de plus important lors de ce long chemin qui a fait de moi un adulte, c’est une capacité à apprendre par moi-même. Qu’on s’entende bien, je suis incapable d’apprendre seul, sans des maîtres, mais je connais les méthodes efficaces d’apprentissage, pour les avoir éprouvées pendant de nombreuses années. Je n’hésite pas à me plonger dans des lectures arides au premier abord, je sais à qui m’adresser pour apprendre telle ou telle notion idéologique, telle ou telle façon de mener une action politique etc. Plus que tout cela, j’ai acquis la capacité à identifier mes propres besoins ! J’ai de la chance.

Ecole

Si je raconte cela, c’est parce que je constate qu’après seulement 6 mois de militantisme au sein d’un parti politique, j’ai déjà énormément appris sur ce que c’est que militer. J’ai cet avantage, conséquence directe de ce que j’expliquais plus haut, d’arriver avec un bagage idéologique conséquent. J’ai cet avantage de savoir qu’il sera toujours incomplet, que je devrai toujours « apprendre », car qui cesse d’apprendre commence à régresser.

Le problème, c’est qu’on ne construit pas un parti politique avec des hommes et des femmes ayant mes origines et mon parcours. Je ne suis pas représentatif de la classe ouvrière dans son ensemble, seulement d’une portion bien faible de celle-ci. Or, mon parti ne sera pas le parti des ouvriers tant que ses membres ne seront pas issus de leurs rangs, dans toute la diversité de ce qu’est la classe ouvrière. Pour remplir cet objectif de représentativité, voire même de légitimité, nous devons impérativement veiller à former chaque militant, quel que soit son parcours. On peut avoir arrêté l’école à 15 ans, on n’en est pas moins capable d’apprendre, d’acquérir une véritable cohérence idéologique. Ce n’est pas de l’endoctrinement, c’est simplement reconnaître que les plus aguerris d’entre nous n’ont pas le droit de ne pas transmettre leurs connaissances.

Nous ne pourrons pas affirmer que nous avons remporté ce défi tant que les militants issus des couches les plus pauvres de la société ne seront pas un moteur de notre parti. Nous ne pourrons pas non plus le faire tant que nous aurons besoin de statuts imposant la parité en genre. Nous devons arriver à un niveau d’excellence idéologique tel que les femmes prennent sans recours à la « loi » toute la place qui leur revient dans une organisation qui se veut émancipatrice.

manifeste

Nous ne pourrons pas revendiquer légitimement la théorie de l’éducation populaire, qui nous tient tant à cœur, tant que nous ne nous la appliquerons pas efficacement à nous-mêmes. Ce week-end, à Bordeaux, notre parti va changer. C’est à nous, militants, par le mandat que nous avons donné à nos délégués, de faire les choix idéologiques, stratégiques et statutaires à même de réunir les conditions de réalisation de cette exigence de formation.

La formation de chaque militant est un enjeu local autant que national. J’espère que ce congrès sera l’opportunité d’un élan nouveau en ce sens. Ça ne pourra pas être une perte de temps, car apprendre n’est jamais quelque chose d’inutile.

Bonus musical : Roger Waters – Another brick in the wall

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