Archives Mensuelles: novembre 2012

Skunk Anansie – Live @ Paris Zénith 11/24/12

Je déteste l’approche de l’hiver, pour tant de raisons que les énumérer serait d’un ennui abyssal. Je me contenterai de dire que je suis « hélio-dépendant », alors Paris fin novembre… Pourtant, au cœur de ce qui est chaque année ma période la plus sombre, il est des soirs où l’expression « joie de vivre » est à prendre au pied de la lettre. La journée de samedi en a fait partie. En début d’après-midi, j’ai retrouvé un vieil ami expatrié à Metz, un ami de la bande des bordelais, un ami de cette époque dorée où la vie s’ouvre à nous, pleine de mille promesses. L’occasion était trop belle, voir pour la première fois en concert Skunk Anansie, ce groupe découvert petit à petit, à l’adolescence, avec des chansons comme « I can dream », « Selling Jesus », « Hedonism » ou encore « Secretly ». Pour ma part, j’avais découvert la chanteuse, Skin, en première partie de Placebo il y a 9 ans, et déjà à l’époque j’avais été sidéré par l’époustouflante prestation scénique capable de conquérir un public venu pour d’autres musiciens.

Alors c’est la fleur au fusil que mon compère et moi-même somme partis à la Villette, au Zénith, cette salle que je fuis comme la peste tant la piètre qualité du son est une injustice faite aux musiciens qui s’y produisent. Ce soir pourtant, rien ne nous découragera. Pas l’absence de vestiaire qui nous contraint à garder avec nous un sac à dos plein à craquer de nos manteaux, pas le son abominable d’une basse trop saturée qui éclipse les arpèges de guitare sur « God loves only you », pas même un public de trentenaires bien trop sages, bien trop soigneux et soignés, bien trop « photo de famille » : les grands derrière, les petits devant.

Tout cela, le quatuor britannique nous le fait oublier. Leur énergie ne frise pas la démesure, elle la franchit, l’outrepasse allègrement. Skin, dans la plus pure tradition glam, tenue moulante aux allures baroques, enchaîne les slams, marche littéralement sur le public, impose sa loi. Les autres musiciens donnent toujours un peu plus, occupant la scène comme s’ils posaient pour un tableau d’Edward Hopper, comme s’ils tournaient pour Kubrick, portent en eux une esthétique de l’éphémère.

L’auteur de ces lignes montre les bracelets de festivals accrochés à son poignet droit dans la vidéo ci-dessus. Sauras-tu le retrouver ?

De mon côté, et avec quelques autres, je bascule dans un autre monde. Le show m’hypnotise, mes années de cigarette s’effacent alors que le bougeomètre passe en zone critique, sans que jamais je ne m’essouffle. « Charlie Big Potatoe » et son violent riff, presque malsain, me laissera même des courbatures à la nuque dont je me plains encore. Skin joue toujours plus avec le public, multipliant entre les chansons les interventions provocatrices, et quand elle annonce que les chansons de Skunk Anansie sont « a little bit political », tout le monde s’attend à entendre « Yes, it’s fucking political ». Ravi de surprendre le public, Cass, le bassiste au chapeau à plume, interprète les premières notes de « Twisted (everyday hurts) ». Les mots me manquent pour décrire ce moment, je sais simplement qu’il est gravé à tout jamais dans ma mémoire.

Par dessus tout, Skin se comporte comme si c’était une simple soirée entre amis. Quand elle remercie le public d’avoir payé pour venir les voir, alors que les salauds qui nous dirigent passent leur temps à nous faire les poches, elle n’hésite pas à ajouter qu’elle n’aurait pas pu nous en vouloir d’économiser notre argent pour des choses plus urgemment vitales. Skunk Anansie est un groupe dont les textes ont toujours été politiques, depuis « Intellectualise my blackness » jusqu’à « This is not a game ». C’est un groupe qui a des valeurs humanistes dans lesquelles je me reconnais, et qui propose une performance scénique cohérente avec ces valeurs. Dès lors, il ne faut pas s’étonner que Skin ne craigne pas de venir chanter l’intégralité de « Little baby swastikkka » (notez les trois K) au beau milieu de la foule, déclenchant d’un signe les pogos de chaque refrain. J’ai beau chercher comment décrire ce que je pense de ce genre d’initiatives, je peux simplement témoigner de l’immense respect d’artistes pour un public qu’ils aiment, je crois, d’une sincérité profonde et authentique. Alors pourvu qu’ils reviennent vite, car sans hésiter moi-même je reviendrai.

Set-list (avec quelques incertitudes sur l’ordre des chansons)

  1. The Skank Head
  2. I Will Break You
  3. I Believed In You
  4. God Loves Only You
  5. I Hope You Get To Meet Your Hero
  6. Twisted (Everyday Hurts)
  7. I’ve Had Enough
  8. My Ugly Boy
  9. Weak
  10. Hedonism (Just Because You Feel Good)
  11. Our Summer Kills The Sun
  12. This Is Not A Game
  13. Over The Love
  14. I Can Dream
  15. Spit You Out
  16. Because Of You
  17. Sad, Sad, Sad
  18. Charlie Big Potatoe

First Encore

  1. Tear The Place Up
  2. Secretly
  3. Little Baby Swastikka

Second Encore

  1. You’ll Follow Me Down
  2. Satisfied ?

Bonus : Skunk Anansie – Twisted (everyday hurts) @ Paris Zénith

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A Bourg-Egalité, la lutte continue !

C’est un exercice curieux auquel j’ai assisté hier soir, alors que se déroulait à Bourg-Égalité – du nom que lui avaient donné ceux de la grande révolution – le meeting de campagne de Pascale Le Néouannic pour la législative partielle de la 13ème circonscription des Hauts de Seine qui inclut aussi les villes de Sceaux, Antony et Châtenay-Malabry. Trop peu le savent, mais l’élection de mai dernier a en effet été invalidée dans cette circonscription historiquement ancrée à droite. La raison ? Monsieur Devedjian a triché. Cette figure notable du sinistre Groupe Union Défense et d’Occident, avocat de métier, avait au printemps dernier choisi pour suppléant Monsieur Siffredi, déjà suppléant de sénateur. On ne peut pas imaginer une seule seconde que l’ami de François Fion ignorait le code électoral, il s’agit donc bien d’une manifestation de cette manière d’être à droite, qui consiste à se croire en permanence au dessus des lois.

À Antony, l’adversaire, j’utiliserai même à titre personnel le terme d’ennemi (de classe) a déjà maintes fois montré son pouvoir de nuisance. Et c’est ce que Pascale rappelle avec talent ce soir, dans une salle de 400 personnes comment le vieil ami de Nicolas Sarkozy organise la spéculation immobilière locale, au profit de ses amis. Patrick Devedjian, c’est le candidat de la bourgeoisie parasite, celle qui stigmatise les plus faibles pour mieux masquer ses propres errances. Et d’ailleurs, ne nous y trompons pas. La politique d’opposition que ce triste sire prétend représenter, c’est le plan « Fion 3 », dont l’application a été interrompue grâce notamment aux 4 millions de voix qui se sont portées sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon le 22 avril dernier.

Salle comble à Bourg-la-Reine, pour le meeting de Pascale Le Néouannic

Mais le combat est d’autant plus rude qu’à Antony comme ailleurs, ceux qui défendent des valeurs de progrès et d’humanisme sont méprisés par les laquais au pouvoir, plus prompts à se rendre à l’université d’été du MEDEF qu’à défendre les salariés du groupe pharmaceutique SANOFI. Et Julien Landfried, le chevènementiste au garde à vous, ne propose pas autre chose. Son programme, c’est celui du soutien sans aucune faille au gouvernement actuel. Son programme, c’est le choix de l’austérité à perpétuité, c’est le choix de la politique Merkozy teintée de pseudo-normalité.

Mais comme l’a rappelé Jean-Luc Mélenchon, qui était, avec la maire de Bagneux Marie-Hélène Amiable, venue soutenir Pascale et son suppléant Pierre Ouzoulias, ce n’est pas parce qu’Antony fait partie de ces circonscriptions supposées « perdues d’avance » que nous devons renoncer à nous battre. Faire de la politique, c’est créer un rapport de force, et c’est notre devoir de n’abandonner aucun territoire de la République aux forces du capitalisme.

De gauche à droite : Marie-Hélène Amiable, Pascale Le Néouannic, Jean-Luc Mélenchon et Pierre Ouzoulias

Je ne suis pas électeur dans la 13ème circonscription des Hauts de Seine, donc je ne participerai pas au vote du 9 décembre, alors si toi, tu votes là bas, sois sympa de voter pour toi, pour moi, pour nous et donc pour Pascale Le Néouannic.

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Budget : Quand l’Etat se prend pour une ménagère

Lundi, le Parti de Gauche présentait son « contre-budget », en opposition radicale à celui, malheureusement bien réel, proposé par le gouvernement au pouvoir. J’ai longtemps rechigné à l’étude approfondie des questions budgétaires, tout simplement parce que ma formation scientifique m’éloigne de ces problèmes de nombres désignant des grandeurs trop absconses pour que je puisse prétendre démêler clairement les enjeux, les vérités et les erreurs qui s’y cachent. L’ami politeeks pointe ainsi des « erreurs » dans notre contre-budget. Je serais bien incapable de dire s’il a tort ou raison, même si je crois que le travail produit par les économistes du PG est sérieux, et croit tout autant que la critique de notre camarade blogueur est une critique de bonne foi. Pour le reste, le camarade de la gauchosphère s’est déjà chargé de répondre !

Plus généralement, la question du budget d’un État, comme de celui d’un ménage pris au hasard, tourne autour de l’équilibre entre recettes et dépenses. Pour l’État, comme pour la plupart des ménages, le budget est déficitaire. L’État bourgeois raisonne comme la ménagère. Il s’inquiète des méthodes à employer pour rendre ce budget, sinon bénéficiaire, au moins équilibré. Grosso modo, on économise ici, on dépense moins là, on essaye d’obtenir plus d’argent par tel ou tel moyen. C’est notre quotidien à tous : regarder les prix en rayon, frauder le métro, chercher un travail, faire des heures sup. etc. On le fait parce que nous n’avons individuellement pas le choix. On ne peut pas décider unilatéralement du coût de la vie. L’État, par définition, est une construction politique. Cela signifie qu’elle dispose des leviers pour changer la donne. C’est pour cette raison qu’il n’est pas vain de parler de renoncement de la part du gouvernement. Contrairement à ce que l’on essaie de nous vendre, l’austérité est un choix politique, le choix des comptes d’apothicaire !

Auteur génial et inconnu, manifeste-toi !

Ce contre-budget du PG, donc, est très probablement imparfait, et il ne résout pas tous les maux de la société. À titre personnel, je trouve même qu’il ne va pas assez loin, car toute tentative de changement de cap budgétaire devrait commencer par la question de l’abolition du Capital. Cette question là n’est à mes yeux pas une chimère, pas une utopie de doux rêveur, mais bien une possibilité concrète dont les classes laborieuses doivent se saisir. Néanmoins, je soutiens sans réserve cette proposition de contre-budget, ne serait-ce que parce qu’elle envoie un message fort : d’autres choix politiques sont possibles. Une révolution ne se décrète pas, elle se prépare, et elle se prépare d’abord en ouvrant, même timidement, les brèches d’un changement qui se veut autre chose qu’un slogan de campagne.

Bonus : Le contre-budget du Parti de Gauche

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Le rapport Gallois, un projet classé « X »

Je parlais la dernière fois de système éducatif, et je déplorais son assujettissement progressif au MEDEF. Deux événements sont allés hier abonder naturellement dans mon sens. Sans surprise, le rapport Gallois remis au gouvernement prône, pour faire court, un choc de compétitivité. Quand notre politique industrielle se résume à questionner le bien-fondé du port de la marinière, il ne faut pas s’étonner que le gouvernement soit contraint de faire appel à l’homme du plan « Power 8 » pour masquer son inaptitude à produire un projet politique. Plus grave, c’est un nouveau signe de la lâcheté du pouvoir, qui préfère s’en remettre au rapport d’un énarque issu des écoles de commerce pour donner valeur d’expertise à ses choix antisociaux. Je m’arrêterai sur deux points qui ont naturellement attiré mon attention. Le premier, c’est la recommandation de faire une place aux entreprises dans les conseils d’administration des lycées techniques et professionnels. Outre les questions pratiques que cela pose (Que fera-t-on dans les établissements polyvalents, c’est à dire les lycées associant général et professionnel ? Qui siégera dans les faits dans ces conseils d’administration?), cela acte un aspect implicite de la formation professionnelle dans le cadre institutionnel : il s’agit moins de former des citoyens que de fournir une main d’œuvre prête à l’emploi (s’il existe) en se dédouanant du devoir de formation des entreprises à l’égard de leurs salariés.

L’autre point, c’est celui de la présence de représentants des salariés dans les conseils d’administration des entreprises. On a quand même envie de dire que c’est le minimum. En effet, Arnaud Montebourg a beau jeu de rappeler les syndicats de PSA à l’ordre, en intimant à chacun d’être raisonnable. Qui est responsable des difficultés de l’industrie automobile en général, et de celles du groupe Peugeot en particulier ? Le Capital, par le biais des actionnaires et des dirigeants. Qui s’apprête à payer le prix de cette situation ? Les ouvriers. Ceux-là mêmes qui ne sont responsables de rien !

 

C’est dans ce cadre que Monsieur Varin, l’actuel PDG de PSA, se rendait hier à son École Polytechnique, un lieu qui symbolise presque à lui seul le projet éducatif français. Il est ironique de voir quels modèles se choisit cette institution plus ancienne que le baccalauréat. En donnant une tribune au fossoyeur de l’emploi en Seine Saint-Denis, celle que l’on appelle X fait le choix de la consanguinité et des réseaux. En donnant un tribune à cet homme, ceux qui prétendent former une élite choisissent de préférer des administrateurs incompétents et surpayés plutôt que des travailleurs, ouvriers, techniciens et ingénieurs qui sont les véritables détenteurs du savoir-faire industriel. On est loin des aspirations à l’émancipation par le savoir que sont les décrets de la Convention qui donnèrent lieu à la création Polytechnique et l’École Normale Supérieure.

Avec Philippe Juraver, co-secrétaire du comité PG de Palaiseau et animateur du Front des Luttes

Alors hier, de bon matin, nous sommes allés dire bonjour aux polytechniciens, avec quelques camarades du Front de Gauche. Nous n’avons pas eu l’occasion de dire de vive voix à monsieur Varin ce que nous pensions de lui, il n’est pas venu nous dire bonjour, et nous n’avons pas été convié à le faire. Alors nous avons distribué un millier de tracts à ceux qui auraient l’opportunité de s’en charger. C’est, je crois, une question de convergence des luttes contre ce capitalisme qui tue les nôtres. Comment peut-on prétendre mettre en œuvre le « redressement productif » quand les syndicalistes sont vus comme des freins à la « compétitivité » et quand les modèles proposés pour améliorer la situation du pays sont tantôt un énarque issu d’HEC, tantôt un polytechnicien incompétent ?

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