Archives de Catégorie: Littérature

Des luttes, et des séminaires ouvriers pour lutter

Ceux qui pensent que notre parti a en son sein d’autres « stars médiatiques » que son co-président se trompent et montrent par leur aveuglement une coupure avec les réalités quotidiennes de la classe ouvrière. Ce n’est pas seulement inquiétant, c’est inacceptable. Si je me permets de formuler ces remarques de manière aussi peu diplomate, c’est que je sais combien ce piège nous guette tous. Mes récents billets ont souvent traité de cuisine interne au PG ou des thèmes de politique générale. Je pourrais finir par croire que c’est cela, militer, et comme tant d’autres oublier le terrain, l’action concrète. Je ne suis pas meilleur qu’un autre si on ne se charge pas de me rappeler à l’ordre.

Pour autant, on ne se refait pas, et mon militantisme se construit aujourd’hui encore beaucoup par la lecture. Ceux qui aiment lire connaissent cette tendance compulsive à acquérir cinq livres dès qu’ils franchissent la porte d’une librairie. Sur les cinq, un peut-être sera lu, avec de la chance. Alors, à Bordeaux, j’ai décidé de n’acheter qu’un seul livre. Pas au hasard, soigneusement choisi : celui coordonné – davantage que co-écrit – par mes camarades Hélène Le Cacheux et François Longérinas : « Avec les Fralib, de la résistance à l’alternative » et sous-titré « Les luttes s’alimentent des luttes ».

François Longérinas (au micro) et Hélène Le Cacheux au séminaire ouvrier.

François Longérinas (au micro) et Hélène Le Cacheux au séminaire ouvrier « Fralib »

Bien sûr, il y a quelque chose de personnel dans ce choix, car j’ai la joie de compter Hélène parmi mes amis, parce qu’elle m’a présenté aux ouvriers en lutte de Gémenos, parce qu’ils m’ont fait visiter leur usine. Pas de stars disais-je plus haut, car mes « stars » à moi, ce sont eux. Et je n’exagère rien quand j’affirme qu’une accolade sincère d’un des Fralib me donne plus de joie, m’intimide davantage qu’une poignée de main d’un dirigeant de partie, quelle que soit la sympathie que je puisse avoir à son égard.

Les Fralib sont devenus avec le temps la piqûre de rappel qui m’évite l’égarement politique. Quand je pense à ces hommes et ces femmes à l’histoire exemplaire, je me souviens que faire de la politique, c’est un engagement entier. Celui qui ne fait qu’écrire sans agir est un révolutionnaire de salon. Celui qui agit sans jamais réfléchir achète la corde qui le pend. Fralib, c’est le courage de l’action mêlé à la patience de la réflexion qui leur a permis d’aboutir à un projet industriel viable dès qu’ils auront remporté la bataille finale (sur le plan juridique notamment) contre Unilever, cette multinationale qui illustre aujourd’hui si bien ce que l’on entend par l’expression « haine de classe ».

Les fralibs rassemblés devant le tribunal de Nanterre.

Les fralibs rassemblés devant le tribunal de Nanterre.

Ce petit livre d’à peine cent pages n’est pas le récit du combat renouvelé de David face à Goliath, c’est encore moins un concentré de doxa politique à appliquer en toute situation sans jamais déplacer de virgule. Non, ce n’est rien de tout cela, c’est avant tout l’illustration de ce que peut-être un projet concret d’éducation populaire.

Mes camarades du Parti de Gauche n’auraient probablement pas pu organiser ce premier séminaire ouvrier s’ils avaient eu par ce biais l’intention d’expliquer aux ouvriers de Fralib quels étaient les enjeux de leur lutte et comment l’organiser. Après plus de deux ans de conflits, ils n’avaient attendu personne. C’est ce que doit comprendre tout militant politique, et cela ne va pas sans dire, tant ils sont nombreux, les militants sincères sombrant dans une forme de cynisme : nous sommes un outil au service des travailleurs, pas l’inverse. Les Fralib n’appartiennent pas au PG, pas au Front de Gauche ni à aucune autre organisation politique. Nous, au contraire, appartenons aux Fralib dans le sens où notre rôle est de les aider, dans la mesure de nos moyens (pratiques, idéologiques…), dans la lutte à mort qu’ils ont engagé contre le capitalisme mondialisé.

Le séminaire ouvrier qui s’est tenu sur le site même de l’usine de production du thé Éléphant le 8 décembre 2012, c’est enfin, je crois l’ébauche concrète de ce Front des Luttes plus que jamais nécessaire à l’émancipation de tous les travailleurs. Par la diversité de ce qui y ont pris part : ouvriers, syndicalistes, étudiants, militants politiques etc., il a notamment contribué à combattre l’idéologie du « tous pourris » qui colle trop souvent aux militants syndicaux et politiques, idéologie si chère à l’extrême-droite. Par son succès, ce séminaire est enfin le mot d’ordre lancé à toute la classe ouvrière, bien au delà du seul site de Gémenos. C’est un appel fait aux ouvriers à s’organiser de manière solidaire, à prendre en main l’avenir de leur emploi, et donc leur propre avenir.

A la grande manifestation contre le TSCG, le 30 septembre dernier.

A la grande manifestation contre le TSCG, le 30 septembre dernier.

Les Fralib ne s’y sont pas trompés, qui sont toujours là pour témoigner de leur engagement aux côtés des autres travailleurs en lutte, de la Fête de l’Humanité aux rassemblements de soutien aux ouvriers de PSA, des manifestations contre le TSCG au salon de l’agriculture, en passant pas les « Pilpa » de Carcassonne. Tiens, je me suis laissé dire que ces derniers avaient demandé des conseils pour organiser leur propre séminaire ouvrier.

Tremble, Capital ! La classe ouvrière se donne les armes de l’éveil à la conscience de classe, elle devient solidaire et répond petit à petit à l’appel de Karl Marx : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous. » Et gare à toi quand elle aura pris la mesure de sa force !

Bonus musical : HK et les Saltimbanks – Toute mon vie

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Les polars et l’amnistie des syndicalistes.

Le polar a trop souvent été considéré comme un sous-genre littéraire. Je ne compte pas entrer dans un débat qui à mon avis n’en est pas un. Comme dans tout genre littéraire, il y a les romans de gare qui ne pissent pas loin, mais qui ont en général le mérite de l’assumer. Ça change de Guillaume Musso qui pense encore être écrivain ! Et puis il y a toute cette littérature débordante où le suspense est au service du talent plus que l’inverse. Bien des noms d’auteurs me viennent en tête, mais j’en retiens deux en particulier. Le premier, c’est celui de Fred Vargas, dont la plume fait vivre ces personnages étranges, fuyants, incongrus, dans des atmosphères à la limite de l’onirique. On n’est pas chez Flaubert, Hugo ou Maupassant, mais le suspense n’est ici que secondaire. Un artifice d’artiste au service d’un univers que l’on regrette toujours de quitter.

L’autre esthète du polar qui fait ma joie, c’est l’américain Dennis Lehane. Ami lecteur, même si le roman policier n’est pas ta tasse de thé, tu as forcément rencontré Dennis Lehane au cinéma, puisque son excellent Mystic River a été brillamment adapté par le non moins talentueux Clint Eastwood. Tu as raté ce bijou ? Bon, tu as vu Shutter Island par Martin Scorsese ! Non plus ? Bordel, va falloir que je prenne en main ta culture cinématographique !

Même l'affiche du film est remarquable, je trouve !

Même l’affiche du film est remarquable, je trouve !

Bref, il y a quelques temps déjà, j’ai dévoré Un pays à l’aube, du même auteur. Un pays à l’aube du XXème siècle – l’action se déroule aux USA, pendant l’année 1918 – et d’une puissance qui se construit dans les années qui suivent autour de la lutte idéologique contre le communisme. Et c’est notamment de luttes de classes qu’il est question dans ce roman. L’intrigue policière est très largement reléguée au second plan, prétexte qu’elle est à la peinture sociale d’une époque. Dans cette fresque très documentée, l’écrivain évoque une grève des policiers de Boston, et leurs revendications principalement salariales.

La conclusion de cette grève qui, me semble-t-il, n’est pas une invention mais un événement historique bien réel, c’est que les policiers obtiennent satisfaction pour chacune de leurs revendications. Enfin, les policiers recrutés pour remplacer les grévistes virés. C’est ce symbole qui m’a fait repenser cette semaine au roman que j’évoque ici avec la maladresse de quelqu’un peu familier de la critique littéraire. Oui, notre ennemi de classe a sur nous l’avantage de la conscience de classe qui nous fait si cruellement défaut. Cette conscience le rend inflexible vis-à-vis de toute tentative de rébellion chez les nôtres, et même quand le rapport de forces l’oblige à reculer, il s’arrange pour nous le faire payer d’une manière ou d’une autre, pour rappeler que c’est lui le plus fort.

Le joueur de baseball Babe Ruth, un des protagonistes du roman.

Le joueur de baseball Babe Ruth, un des protagonistes du roman.

C’est bien l’enjeu de la proposition de loi des sénateurs Front de Gauche concernant l’amnistie des syndicalistes. Comme un clin d’œil à la perfide Laurence Parisot et à l’infâme PDG de Titan, cette loi a été votée à l’arrachée dans un Palais du Luxembourg qui, me dit-on, est majoritairement de gauche pour la première fois dans l’Histoire de la Vème République. La majorité soi-disant socialiste a pris soin auparavant de l’amender, ou plus exactement de l’édulcorer au point de la vider de presque tout son sens. Le pire est à venir, on annonce un débat plus âpre encore au Palais Bourbon. Que restera-t-il de cette loi une fois votée ? Un effet de tribune obscène pour un gouvernement qui un jour devra rendre compte d’un bilan bien sombre, je le crains.

Loi d'amnistie

Du coup je pense à Xavier Matthieu, à cet ouvrier de Mittal orphelin d’un œil, et à tous ceux dont on criminalise les revendications, car le Capital punit terriblement nos rébellions. Je pense surtout à Gérard Cazorla, camarade en lutte de Fralib, que j’ai eu la chance de rencontrer à plusieurs reprises. Unilever s’acharne contre lui et d’autres, l’obligeant à mener de front bataille sociale et bataille judiciaire, simplement parce qu’il refuse qu’on lui ôte ce qui le fait vivre. Je pense aux gars de PSA, dont chaque action est désormais accompagnée d’un cortège de CRS, alors même que ceux qui les crucifient sur l’autel du profit peuvent pratiquer le lock-out illégal sans être inquiété. Je pense à eux et à tant d’autres, et j’ai tout simplement la rage.

Bonus musical : The Clash – Guns of Brixton

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