Archives Mensuelles: septembre 2012

À Aulnay, l’austérité c’est maintenant !

J’étais hier à Aulnay-sous-Bois pour assister au meeting organisé par les travailleurs en lutte de l’usine PSA. En France, les révolutions se produisent quand il fait beau, et le soleil de cette fin septembre semble rejeter l’austérité à laquelle le capitalisme veut nous condamner. Je constate en arrivant que l’événement a rassemblé trop peu de monde à mon goût, mais aller à Aulnay, c’est un peu comme aller en province. Rendez-vous compte : là bas, pas un métro, à peine une station de RER. Les camarades présents signalent toutefois la solidarité avec ce qui s’annonce comme le drame social de cette fin d’année à Aulnay, et plus généralement en région parisienne et en France. CGT, Sud, FSU etc. sont présents. Les organisations politiques aussi, bien que non invitées à la tribune.

Du soleil et des drapeaux pour soutenir les travailleurs de PSA.

Toute la gauche est réunie ! Toute ? Non. Une petite majorité mesquine réclamant en permanence le rassemblement à gauche n’a pas jugé utile de se déplacer. Si on demande à Samia Ghali, j’imagine qu’elle nous dira que l’usine ne ferme pas mais qu’elle déménage. Finalement, quand des membres d’un parti socialiste reprennent une terminologie national-socialiste, je me dis que le rassemblement de la gauche, il est préférable de le faire sans la droite. Je n’évoque pas l’inexistence parasitaire de ces passe-plats d’Europe-Écologie-La-Vanité : personne ne sera étonné de leur absence. Pour le reste, on croise les personnalités récurrentes de la gauche. Marie-Georges Buffet est au premier rang, Olivier Besancenot est venu en famille, Arlette Laguiller parle aux caméras, Éric Coquerel se laisse prendre en photo… Ce qui réunit la gauche, c’est de savoir que sa place est ici davantage qu’aux universités d’été du MEDEF.

Philippe Poutoux pour Ford et Éric Coquerel pour le PG.

À la tribune, on parle de la convergence des luttes, avec les travailleurs de PSA bien sûr, mais aussi avec les camarades d’Air France, dont l’emploi francilien est menacé, on parle de Sodimédical, de la menace que l’austérité fait peser sur les services publics autant que sur l’emploi privé. Les « Fralib », qui depuis longtemps ont compris que leur combat était aussi celui d’Aulnay-sous-Bois, de Florange ou d’ailleurs, sont quelques uns à avoir fait le déplacement. Cela nous rappelle l’urgence de constituer un véritable Front de Gauche des luttes, une coordination permanente où le politique se ferait la courroie de transmission du syndicalisme afin d’engendrer une véritable force de frappe pour se défendre contre les saigneurs capitalistes. On en est encore loin, mais ce travail est plus que jamais d’actualité.

Tous ensemble !

C’est le maire socialiste de la ville qui est au micro, osant se faire le porte-parole des salariés en lutte, alors même qu’il appartient à une majorité qui intime aux camarades de rester « raisonnables », quand l’ami Nathanaël me dit, avec une mine quelque peu déconfite : « Putain, y’a pas grand monde. » Comme pour répondre à ce constat désolé, un rebondissement fait notre joie: alors que le public a le bon goût de siffler à plusieurs reprises l’homme au micro, un bus s’arrête, dont on voit sortir bruyamment les camarades de Ford Blanquefort, revenant du salon de l’auto. Plus personne n’écoute le camarade social-traître. On prend quelques photos, on renforce l’idée que chaque lutte est la nôtre.

Enfin, les discours se terminent, le ciel se fait menaçant, il est temps de rentrer à Paris, afin de reprendre des forces pour la manifestation du lendemain. Chaque lutte est la nôtre, celle contre la ratification du TSCG est celle de tous.

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Skunk Anansie – Black Traffic : De la musique qui s’écoute mieux en bougeant la tête

Il y a des artistes qui vieillissent mal, d’autres se séparent et se reforment, le temps d’un concert aux allures de visite de musée. Skunk Anansie n’est pas de ceux-là. Que ceux qui trouvaient que Wonderlustre était un cran en dessous de leurs précédentes créations se rassurent, le nouvel opus, Black Traffic, est une tuerie.

Je regarde mon compteur iTunes. L’album est sorti aujourd’hui, j’en suis à ma neuvième écoute. La première mesure annonce la couleur, des coups sourds de batterie annoncent l’arrivée d’une guitare plus saturée que jamais et d’une Skin visiblement plus enragée que jamais. Difficile de croire qu’elle flirte désormais avec la cinquantaine. Il ne faudra pas s’attendre à un chef d’œuvre d’innovation, certes, mais Skunk Anansie mûrit sans vieillir, et compte sur une association qui a fait ses preuves : l’énergie incroyable de sa chanteuse et la noirceur très rock de sa rythmique. En somme, rien n’est inventé, mais chaque mesure est d’une perfection jouissive.

Avec ça, je n’ai toujours pas su déterminer si le quatuor britannique était une formation de pop empreinte de violence rock, fleurant bon les années 80 ( je pense notamment à un morceau comme Drowning), ou une formation rock apaisée de douceur pop ( là je pense au titre Our summer kills the sun, ou, pour remonter un peu le temps, We don’t need who you are, extrait de l’album si bien nommé Post-Orgasmic Chill)

L’ironie, c’est que Skunk Anansie, produit d’un lieu (l’Angleterre) et d’une époque (les années 90) qui a offert de nombreuses vedettes internationales ( Muse, Radiohead, Placebo, Blur, …) est un groupe finalement peu connu en France, malgré des contributions aux BO de blockbusters. Sur ce point, peut-être que la contribution savamment discrète de Shaka Ponk sur le chanson Spit you out fera bouger les lignes.

Je n’en dis pas plus, Black Traffic, plus encore que ses prédécesseurs, est une machine à tubes en puissance. Pas une seconde à jeter sur ces quarante minutes de bonheur. En ce qui me concerne, je retourne écouter I believed in you, mon coup de cœur perso, en attendant le Zénith le 24 novembre.

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Trois mots pour trois jours !

Hier soir, j’ignorais de quelle manière je vous raconterais ce qui était, je le rappelle, ma première fête de l’Huma. Les émotions qui m’ont submergées ces trois derniers jours avaient fait place à un vide mélancolique, je manquais de cet optimisme qui donne la force d’écrire, en somme j’étais vidé. Je ne souhaite pas écrire une dissertation sur ce qu’est la fête, je n’aspire pas à travailler pour le service communication du journal. Je ne raconterai pas non plus le week-end par le menu, par trop brouillon, qui créerait une indigestion du lecteur.

Je suis rentré avec cette conviction renforcée qu’on n’est pas, comme certains idiots le prétendent, plutôt pour la liberté quand on est de droite, plutôt pour l’égalité quand on est de gauche. Quand on est de gauche, on valorise et on associe ces deux concepts à l’aide de ce liant trop souvent méprisé : la fraternité. Pour cette raison, mes amis, mes camarades, j’ai écrit une très courte lettre que j’adresse au grand nombre.

À Nathanaël et José, pour leur parrainage dans les faits,

À Pierre, Benoît, David et à ceux avec qui on peut passer aisément de la discussion sérieuse à la tranche de rire,

Les baskets rouges, un devoir !

Aux militants vus ailleurs, dans les manifs et les meetings, à ceux que je n’avais jamais vus auparavant, aux camarades du PG de Montreuil en particulier ,

À Shaka Ponk, malgré la pètre qualité du son de la grande scène et l’inexpérience de ceux qui ignorent qu’un slam, ça se fait allongé et pas assis,

Au stand du PCF Savoie pour sa fondue,

Aux camarades en lutte de PSA et Fralib, avec qui j’ai pu échanger quelques mots, ou simplement les saluer,

Les Fralib sur la grande scène

À Patti Smith, qui me pardonnera de ne pas l’avoir vraiment écouté, car j’étais occupé à bavarder en riant avec des camarades,

Aux JC de Bordeaux, pour leurs merveilleux badges,

Pour les amateurs de créativité provoc’

À Alexis, pour cette recommandation avisée,

Au stand PCF de la Seine Maritime, qui a permis de démasquer des amateurs de Claude François,

À Jojo, mon vieil ami croisé par hasard.

À New Order, pour avoir fait plaisir à Papa,

À ceux qui luttent partout dans le monde, en Palestine particulièrement, qu’ils montent sur la grande scène ou qu’ils subissent l’isolement des geôles israéliennes,

À toi, camarade anonyme qui me faisait perdre trois phrases du discours de Jean-Luc Mélenchon à chaque fois que ton regard croisait le mien.

À Benoît, encore, pour son canapé, à José et Hélène, pour la voiture et pour les flics,

Au soleil, pour sa présence continue,

À Thiéfaine, enfin, pour le double mérite d’avoir livré un sublime concert (bien que trop court), et d’être arrivé sobre sur scène après avoir pourtant subi l’interminable discours de Patrick Le Hyaric,

La joie d’un grand concert pour conclure…

MERCI POUR TOUT !

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PSA : Pour qui Sonne l’Agonie…

Certains en doutaient encore, mais l’accélération de l’actualité sociale en témoigne, nous sommes toujours sous un gouvernement de droite. La soi-disant aile gauche du parti soi-disant socialiste achève de tomber le masque. Ce 11 septembre, décidément condamné à être de triste mémoire, ce sont les salariés de PSA qui en prennent acte. Le rapport Sartorius conforte la direction de PSA. Tout juste sont soulevées des « erreurs de stratégie ». La famille Peugeot ne sait pas gérer son argent, les ouvriers ne partiront pas en vacances.

La famille Peugeot, voilà qui me rappelle le temps des fameuses « deux cents familles ». Je suis diplomate. En vrai, elle me fait plutôt penser à un autre type de famille, parfois aussi appelée « syndicat ». Vous voyez de quoi je parle ? Non ? Alors je vous recommande vivement « Les incorruptibles » dans la version très soignée de Brian de Palma. En plus, pour les cinéphiles communistes, il y a un clin d’œil appuyé à Eisenstein. Bref, Peugeot, une famille qui s’y connaît en syndicats : les travailleurs du groupe pâtissent quotidiennement de ces résidus de SA connus sous le nom de Syndicat Indépendant de l’Automobile (prononcer « Sia »).

Donc, les actionnaires de PSA se sont gourés. Ils ont mal géré leur outil de production. Du coup, on ferme boutique. Ita missa est et j’espère que vous n’oublierez pas de communier. Quel gouvernement peut se prétendre de gauche et livrer en pâture des travailleurs au Capital ? En dernier recours, « c’est la faute à la crise, on n’y peut rien ! » Comme on dit quand on parle la langue de Margaret Thatcher ( cette vieille copine de Pinochet, je reste dans la thématique 11 septembre) : « There Is No Alternative » (TINA).

Licenciez, actionnaires ! Remerciez les travailleurs, et nous saurons vous remercier ! Soyons concrets. Pendant des dizaines d’années, les actionnaires de PSA ont vécu oisivement de ce que l’on appelle pudiquement « plus-value », autrement dit le profit, et ce profit, c’est le fruit du sur-travail des travailleurs accaparé à leur détriment. Ce profit, il est aussi indirectement le fait des contributions de tous les travailleurs, c’est-à-dire vous et moi, travailleurs extérieurs au groupe, par le biais des aides de l’Etat qui n’ont jamais profité aux camarades d’Aulnay et d’ailleurs. Idéalement, un gouvernement travaillant dans l’intérêt de la classe laborieuse demanderait des comptes à ces parasites, et je suis sûr qu’on ramasserait de quoi sauver les camarades d’Aulnay, mais plus encore de proposer des politiques de services publics remarquables.

Admettons que mon point de vue soit extrémiste, même si j’en doute. Admettons que la fermeture d’Aulnay soit inévitable, même si j’en doute. Soit. Alors organisons l’expropriation des capitalistes de PSA. Privons les de leur propriété des moyens de production à Aulnay, mais aussi sur tous leurs sites en France, et rendons-les à leurs propriétaires légitimes : les salariés de PSA. Par dessus le marché, au lieu d’un plan automobile bancal destiné à transférer de l’argent directement de la poche du contribuable à l’oisif du capital, je suis convaincu qu’avec leur savoir-faire et la responsabilité à laquelle le ministre du renoncement productif les appelle, les travailleurs sauront en faire un outil efficace.

En attendant, si la main est aujourd’hui aux salariés d’Aulnay, il est impératif que ceux-ci puissent compter sur le Front de Gauche au cours des luttes qui s’annoncent.

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Ségolène Royal, la gauche sans politique

Ils sentent la gauche, mais ils vous agacent. Toujours prêts à introduire la morale et le macramé dans les programmes scolaires, leur enthousiasme de boy-scouts vous agace. Ils sont vos collègues, les habitués du même bar que vous, vos anciens amis parfois. Quand vous croisez leur chemin, une subite envie de voter Copé vous étreint, et vous ne pouvez alors vous empêcher de leur balancer un piolet à la tronche, en espérant sournoisement que le coup sera fatal. Comme vous êtes de gauche, vous culpabilisez.

Je vous rassure. Cette victime de la fureur révolutionnaire qui fait soudainement de vous un psychopathe, ce n’est pas une créature de gauche. Ça y ressemble beaucoup, certes, mais il ne s’agit que d’un royaliste. Le terme n’évoque évidemment pas ici les rigolos dont le modèle est la monarchie britannique, voire belge ( eux aussi existent, ils font la joie des dîners de cons), mais bien l’insupportable du Poitou, celle qui faillit être présidente.

Pour être présidente, la pénible de la côte atlantique avait eu une super idée. Elle savait bien que le socialisme d’Adrien Marquet n’était guère vendeur, que ça ne suffirait pas, qu’on verrait trop que, comme Manuel Valls, elle n’avait de socialiste que la cotisation. Sauf qu’à l’ENA, on ne vous apprend pas à avoir des idées, et si cela se produit, ce ne sont pas des idées de gauche. Alors comme d’autres, mieux que d’autres mêmes, elle se décida à aller chercher l’électeur là où il était : dans la presse-poubelle où sévit notamment certaine rivale ( la coïncidence m’amuse). C’était une bonne base pour se faire adouber à l’avance par la presse qui ment, las, la presse de faits divers sordides n’a jamais été le ciment idéologique des projets de gauche. Alors, à ce moment là, notre horripilante dinde eut l’idée de génie. Elle allait donner la parole au peuple. Pas celui qui réfléchit, qui lutte, ou quoi que ce soit. A 10 euros l’adhésion au PS, ça ouvrait aux lecteurs de Gala de nouvelles perspectives. C’est ainsi que toutes les idées foireuses des étudiants amateurs de Secret Story n’ayant jamais ouvert un livre ( car on peut être étudiant et illettré, c’est même une condition pour le rester longtemps) contribuèrent à faire d’elle le renouveau face à des éléphants pour qui j’ai, vous le savez, le plus profond mépris.

Le royaliste, donc, incarne la rébellion du cancre contre le professeur. Un peu comme cet élève qui, un jour que je l’engueulais, affirma que c’était parce que je n’aimais pas les arabes. Mais non mon grand, je t’engueule parce que tu te comportes comme un con, être arabe n’a rien à voir là dedans. Amusant d’ailleurs de constater que quand on dit du mal de leur maman, les ségolénistes réagissent exactement de la même manière : « Tu dis ça parce que c’est une femme. »

Si vous espérez la canonisation, donc, éduquez le vermisseau ségoléniste afin de lui faire comprendre que tant qu’il éprouvera de l’affection pour la gangrène social-fasciste, il ne pourra pas véritablement se dire de gauche. Sinon, un coup de pelle, de piolet, ou de l’objet contondant de votre choix fera l’affaire.

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Dans une semaine, à La Courneuve

Pour Jérémie et Sophia

Le week-end prochain aura lieu la fête de l’Huma. Si vous n’étiez pas au courant (!), c’est chose faite. Rendez-vous annuel pour la plupart d’entre nous, on sent monter depuis le mois d’août cette forme d’impatience à se retrouver, dans des conditions des plus joyeuses. D’abord parce que s’il y a toujours un enjeu, il n’est pas de la même nature que les manifestations contre des plans de licenciements ou des expulsions de sans-papiers. L’enjeu prend un peu de distance, on cesse d’être sur ce fil qui nous rend combatifs tout en nous épuisant. La forme de cette fête n’est pas sans rappeler les festivals qui font notre joie l’été, avec ses différentes manifestations culturelles au premier rang desquelles les concerts dont les têtes d’affiche n’ont rien à envier aux événements organisés à Belfort, à la Rochelle ou au domaine de Saint-Cloud. Enfin, c’est l’occasion pour bon nombres de camarades éloignés géographiquement de se retrouver pour l’occasion, de trinquer, de discuter, de rêver un peu ensemble.

Autour de moi, combien me disent que c’est leur dixième, leur vingt-troisième, leur trente-deuxième fête de l’Huma ? Mon impatience est supérieure à la leur, car contre toute attente, ce sera ma première fois. Bien des raisons l’expliquent, j’en retiens deux. La première, c’est que n’étant parisien que depuis peu, septembre a longtemps été un mois peu propice à ce genre d’activités. On subit la rentrée, on prend ses marques dans un quotidien qui a changé, on a vidé le compte en banque pour aller draguer dans les bodegas en Espagne, c’est loin, la programmation musicale est franchement pas terrible cette année… bref, pas motivé. L’autre, c’est que mon engagement politique est presque aussi neuf que ma présence dans la capitale. Entendons-nous bien, ma conscience de classe et ce qu’elle implique de nécessité révolutionnaire est ancienne, mais l’acte concret d’engagement est récent. J’ai longtemps été gauchiste, cette maladie infantile (sic) qui consiste à assimiler la prise en compte des rapports de force dans la société capitaliste, et les décisions qu’elle impose, à un comportement pro-bourgeois/contre-révolutionnaire (pas de mention inutile). Je ne vise personne. Étudiant, voulant sortir de ce gauchisme qui faisait de moi – de fait – le leader d’un groupuscule d’extrême-gauche composé de moi-même et dont la ligne idéologique était mon nombril, je décidai de me joindre à d’autres que je croyais communistes. Las, ils n’étaient en fait que d’autres gauchistes, plus bêtes encore que moi, car chantant en chœur, des âneries consciencieusement apprises par cœur. Ce jour là, je prenais mes jambes à mon cou et dévalisai le rayon « marteaux, faucilles et piolets » du premier magasin venu.

La suite de l’Histoire, vous la connaissez au moins dans les grandes lignes. On mûrit intellectuellement, on fait sien des combats qui en valent la peine, on rencontre enfin des personnes qui méritent qu’on les écoute, on s’engage.

Alors, témoin de ce remue-ménage autour de la fête de l’Huma, je ne peux m’empêcher de ressentir une certaine fébrilité. Je vois les autres planifier leur programme pour les trois jours, sachant que choisir sera forcément renoncer. Je dois impérativement sortir de ma logique « à l’arrache » car bien trop de choses me font envie et je risque de renoncer à bon nombres d’entre elles si je ne m’organise pas.

Voyons, je suis obligé d’aller voir New Order pour régler de vieux conflits familiaux avec papa. J’hésite à aller voir Shaka Ponk, ça ferait la quatrième fois cette année, mais comme à chaque événement d’importance, on murmure que Bertrand Cantat pourrait faire son apparition. Mon cœur de bordelais ne se consolerait pas d’un tel ratage. Il y a aussi le débat sur le Front National, où je sais que nous serons nombreux, et où mon petit doigt me dit qu’il devrait y avoir de quoi rigoler. La légendaire Patti Smith, quant à elle, n’a pas besoin d’être présentée, et je pense enfin à tous les stands de partis et d’associations où je glanerais mes lectures de l’hiver. En fait, la fête de l’Huma, on devrait faire ça sur un mois, aux frais du patronat de préférence, parce que trois jours ça va être dur.

Allez, c’est décidé, je me pense un emploi du temps pour en rater le moins possible. Au plaisir, ami lecteur de te croiser là bas le week-end prochain.

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Pour qui roule Lutte Ouvrière ?

J’ai failli intituler cette note « Pourquoi tant de haine ? » Moi, je croyais que LO, c’était nos copains. Hors Front de Gauche, certes, mais plutôt du même bord que nous. Les divergences tactiques avec ces camarades ne devant pas masquer les convergences de fond, notamment sur ce que doit être une société débarrassée du capitalisme. Osons les grands mots, une société « sans État et sans classes ». Je me souviens d’une époque, dans mes jeunes années, où je trouvais Arlette vachement plus classe que Robert le barbichu. Au point de donner ma voix aux dits camarades, à l’occasion. Parce que reconnaissons-le, il a fallu le TCE pour réveiller le PCF de sa torpeur, et quelques années encore pour voir émerger le Front de Gauche tel que je m’y reconnais aujourd’hui.

Alors, camarades, pourquoi tant de haine à notre égard, et à l’égard de l’ancien porte-parole de notre programme politique, le camarade Jean-Luc ? Que vous ne parveniez pas à faire la différence entre les propos de celui-ci et ceux d’autres camarades du Front de Gauche, ça ne m’étonne pas. La morale de moines-soldats qui vous caractérise vous honore à bien des égards, mais elle n’est pas la nôtre. Nous, nous questionnons ouvertement la ligne, régulièrement, publiquement même, et je vous raconte même pas les coups de piolets idéologiques quand on est entre nous. On aime ça, ça nous paraît important de dépasser la scolastique de la sainte trinité Marx-Lénine-Trotsky. Nous voyons la politique comme une institution séculaire, pas régulière. Je ne dis pas que nos méthodes n’ont pas de faiblesses, mais je crois qu’elles ont le mérite de la cohérence. Pour qui voudrait faire vivre une démocratie de conseils, il faut prendre la mesure des risques que cela comporte. Notre projet d’éducation populaire vise ainsi à impliquer les classes laborieuses dans le processus politique. Refuser la dialectique, ou ne pas pratiquer cette éducation populaire, c’est ouvrir la voie à un nouveau maoïsme.

Mais je m’égare, cher lecteur et camarade, pardonne-moi. Lutte Obscure, donc, concentre actuellement ses feux sur nous, parce qu’il est probablement vérifiable que nous faisons plus de tort au prolétariat que le capitalisme lui-même dont nous sommes, cela va sans dire, les complices. Camarade Laurence (Parisot), toi qui lis régulièrement ce que j’écris (tu me l’as dit lors de notre dernière soirée Front de Gauche et Spéculation sur le blé, ce soir-là, au bar du Crillon, tu portais cette belle robe rouge de madone révolutionnaire), toi qui sais reconnaître les tiens, tu sais bien que nos intérêts sont ceux du Capital. Dernière cible en date, notre positionnement en faveur d’un référendum sur le TSCG. Ton argument, ce combat détournerait nos forces des vrais problèmes, puisque ce traité ne changerait rien à la casse de toutes façons programmée du monde du travail en Europe. Ce qui est très con, c’est que cet argument, je l’ai déjà présenté dans une note où je flinguais moi-même le dit traité. Il t’a sans doute échappé que pour moi comme pour mes camarades, l’analyse purement économique de la question était largement partagée.

Camarade, tu prétends que ce traité ne changera rien à la donne, qu’il soit signé ou pas. Dans le fond, je suis d’accord. En pratique, cependant, il n’est pas de combat secondaire. Ce que tu ne sembles pas comprendre, c’est que réclamer un référendum, c’est d’abord réclamer une tribune, une occasion de se faire entendre. Camarade, tu subis comme moi les médias bourgeois à longueur d’année, tu sais aussi que si le choix du référendum était adopté, ceux-ci ne nous feraient pas plus de cadeaux qu’en 2005. Tu sais enfin que même en cas de victoire du non, il n’y aurait pas de changement de trajectoire à espérer du gouvernement, pas de fameux plan B. Mais tu sembles négliger une chose essentielle. En 2005, c’est le Non qui l’avait emporté. Nos idées, nos valeurs avaient progressé. C’était balbutiant, mais porteur des germes de l’espoir, parce que ce prolétariat, que tu prétends vainement représenter depuis si longtemps, s’était lui-même saisi de la question, et avait refusé le choix des éditocrates. Le référendum de 2005 est à mon sens l’acte historique fondateur du renouveau de la gauche. Conjugué à la décrépitude ségoléniste du parti soi-disant socialiste, le champ était mûr pour l’émergence du Front de Gauche en 2008. Alors, fort de cette analyse, je me pose la question. Pourquoi tant d’acharnement contre notre volonté de référendum. Te rends-tu compte, camarade, qu’à nous tirer dans les pattes, tu fais la joie du gouvernement ? Au bout d’un moment, j’en viens à craindre qu’effectivement, tu en sois parfaitement conscient, et que cette propagande que tu mènes a pour but d’empêcher que nous prenions de l’ampleur. Mais sur ce point je te rassure, piquer des électeurs à LO ne nous permettra jamais de prendre une quelconque ampleur.

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Le professeur, cette créature mystérieuse

J’aurais bien aimé l’écrire, celui-là !

Le blog d'un odieux connard

Nous voici au premier jour de septembre.

Alors que certains adolescents paressent tristement dans leurs chambres, incapables de savourer les joies de l’été à la simple idée de la rentrée prochaine, d’autres se précipitent en masse dans divers lieux pour tenter d’organiser le dernier barbecue des vacances, la dernière beuverie à grand coup de mélange alcool- Red Bull (pour pouvoir dire que l’on boit de l’alcool comme un grand, mais avec un goût de bonbon sinon c’est pas bon), ou l’ultime baignade alors que déjà, un vent frais a commencé à souffler rappelant à chacun que bientôt, celui-ci viendra balayer les cours de récréations repeuplées.

Même les médias annoncent avec force l’approche de la funeste date : reportages sur la famille Dubranchu faisant ses courses de rentrée, et expliquant que tout cela coûte horriblement cher une fois les livres et le cartable Spiderman achetés (avec pleurs concernant l’inflation touchant aussi…

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Et si la Gauche prenait le pouvoir ?

Vous vous souvenez, quand François Hollande, alors auréolé de sa récente victoire face à l’homme qui gesticulait plus fort que ses talonnettes, était allé se pavaner à la télé grecque pour « défendre l’Euro ».

Autrement dit, quand il avait publiquement soutenu la droite de Nouvelle Démocratie face à nos camarades de Syriza qui devenaient trop menaçants. Sitôt la défaite de la gauche grecque consommée, les nouveaux nervis gouvernementaux s’en félicitaient sur France Inter.

Cette situation me revient en mémoire alors que je m’interroge chaque jour un peu plus sur notre positionnement à l’égard du parti de la gauche qui ne gesticule pas mais n’agit pas non plus. En substance, l’idée est de considérer que ce parti, aujourd’hui au gouvernement, est un partenaire nécessaire dans la mesure où quels que soient ses choix idéologiques, son électorat au moins se positionne comme étant de gauche. Ensuite, notre ambition est de dépasser le parti des nouveaux apparatchiks et de prendre le leadership au sein de la gauche. En somme, inverser les rôles, les amener à nous suivre, par réciprocité de toutes ces fois où nous leur avons apporté les voix qui leur manquaient au second tour.

Si je n’avais pas l’optimisme de penser que nous parviendrons à dépasser le parti soi-disant socialiste, je ne me préoccuperais pas de cette problématique, ni même plus généralement de politique. Imaginons donc que face aux difficultés de son gouvernement, l’homme du consensus mou soit contraint de dissoudre l’assemblée nationale. Imaginons, tant qu’à faire, qu’à cette occasion le Front de Gauche devance le parti de l’actuelle majorité à muselières.

1er cas : victoire de l’UMP-FN

Jean-François Copé est nommé premier ministre, Nadine Morano revient au gouvernement, et le journal L’Equipe fait sa une sur les 24 heures du Mans. L’horreur. De notre côté, nous rentrons à nouveau dans une logique d’opposition, sans garantie de pérenniser notre soudain avantage.

2ème cas : victoire du Front de Gauche avec majorité absolue

Le schéma idyllique au point qu’en l’état actuel de nos forces, il me semble vain d’y croire. Mais puisque nous rêvons un peu, rêvons même franchement. Le bicamérisme aux relents de bonapartisme de notre Vème république offrirait au président de l’austérité à vie un sacré levier dans ce qui donnerait lieu à une cohabitation d’un genre nouveau. De là à penser que la mise en œuvre du programme « L’humain d’abord » serait une gageure, il n’y a qu’un pas. Mais je ne m’y attarde pas davantage : nous ne devons pas craindre d’avoir à gouverner.

3ème cas : victoire du Front de Gauche, avec une majorité relative

La balle serait alors dans le camp du PS. On a tendance à croire que les tontons de la rue de Solférino se joindraient à nous pour constituer une majorité de gauche. Sauf qu’on néglige que la situation ne s’est pas présentée sous la Vème République. La Pasok, équivalent grec des caciques de la rive gauche, n’a pas hésité à faire alliance avec Nouvelle Démocratie pour faire les poches de nos camarades hellènes, alors même qu’il aurait pu constituer une majorité derrière Syriza. Que préféreraient alors les maîtres de la duplicité que sont le parrain de la Seine Saint-Denis ou L’homme qui ne s’aimait pas ? Nous le constatons depuis maintenant plusieurs mois, ceux-là nous aiment tant que nous ne sommes dans les faits qu’un réservoir de voix, mais n’hésitent pas à mener la politique que nous a servie Sarkozy pendant cinq ans, en s’apprêtant à ratifier le traité Merkozy, ou en reproduisant sans vergogne la politique calamiteuse de non-immigration de la sainte trinité Sarkozy-Hortefeux-Guéant.

Le parti socialiste n’est pas un parti anticapitaliste. Il est un parti de la bourgeoisie, et en tant que tel un ennemi de classe. Nous ne pouvons pas espérer les inféoder au Front de Gauche comme il ne cesse de vouloir nous inféoder à lui. C’est pourquoi notre ambition ne doit pas uniquement être de « dépasser » le parti social-autiste, mais plus encore de le combattre et d’anéantir la gangrène idéologique dont il est le vecteur. Alors, peut-être, la gauche pourra défendre et conduire une politique de gauche.

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