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Les partis brûlent-ils ?

Pour mes camarades du PG qui gardent la tête froide.

Suite des réflexions entamées dans le précédent billet.

Petite précision à l’attention de ceux qui ne lisent que ce qui les arrange : je suis fermement favorable à la constitution de listes Front de Gauche aux municipales partout où cela est possible, comme je l’ai voté en mars dernier au congrès du Parti de Gauche. Cela inclut évidemment la ville de Paris.

Cela étant posé, je reviens sur le climat délétère qui gangrène actuellement les relations au sein du Front de Gauche et à l’intérieur du Parti de Gauche. Les responsables sont comme toujours à chercher dans la minorité. La minorité des dirigeants communistes parisiens, d’abord, qui propose à ses militants de se prononcer en faveur d’une liste commune avec la candidate solférienienne Anne Hidalgo dès le premier tour. Un tel choix serait, j’en suis convaincu, une grave erreur d’appréciation de la situation politique actuelle. Mais je l’ai déjà dit : c’est mépriser nos camarades parisiens que de partir du principe que ceux-ci feront le même choix que leurs dirigeants. Personnellement, j’espère qu’ils les contrediront, mais je n’ai pas d’information sur ce point, alors j’évite les plans sur la comète (contrairement à cette rumeur qui a circulé sur les réseaux sociaux, je n’ai jamais parié un restaurant avec Nathanaël que le PCF parisien s’allierait au PS dès le premier tour).

Plus grave que le mépris à l’égard de nos camarades communistes parisiens, le mépris que certains, notamment au PG, affichent à l’égard des autres camarades communistes. Ils semblent ne pas remarquer qu’à Marseille (qui est une petite bourgade sans importance, comme chacun sait), Aix, Montreuil et tant d’autres, le PCF a opté pour des listes autonomes sous l’étiquette Front de Gauche. Ce mépris là touche aussi les militants PG hors de Paris, qui se préparent à des situations bien délicates, quand ils devront travailler avec le PCF local tout en gérant la haine déversée par leur direction parisienne.

N'oublions pas ce qui nous rassemble.

N’oublions pas ce qui nous rassemble.

Une alliance PS-PCF à Paris serait à coup sûr un sale coup pour le Front de Gauche, je n’en disconviens pas, mais ce qui se joue ces jours-ci m’inquiète bien davantage pour l’avenir de celui-ci. Avec tout le respect que je dois à mon camarade Alexis Corbière, d’où lui vient cette certitude qu’un tel événement mettrait KO le Front de Gauche pour six mois au moins ? La vie politique française, ça n’est pas Paris, et ce genre de prophéties relève davantage de Paco Rabanne que de Karl Marx. Avec tout le respect que je dois à Jean-Luc Mélenchon, depuis quand ce discours qui consiste à mettre un partenaire au pied du mur à coup de déclarations du type « Personne n’est obligé d’être membre du Front de Gauche » ? Tout cela me rappelle tristement le slogan de Reagan « Love it or leave it ! »

Notre incapacité à bâtir une alternative à gauche depuis l’élection de François Hollande est décourageante, mais ce n’est certainement pas en cessant de faire de la politique qu’on avancera. Et ces derniers jours, la ligne du PG n’a rien de politique, et n’a aucun lien avec le « parti creuset » qu’il prétendait être quand j’y ai adhéré en septembre 2012. Elle se résume aujourd’hui en deux axes : premièrement, celui qui ne déverse pas sa haine sur Pierre Laurent et les communistes parisiens est un traître à la solde du gouvernement, deuxièmement, qui s’exprime contre le premier axe n’a pas sa place au PG et doit le quitter. Cela n’a rien de politique, c’est du chantage, et on en voit les effets. Ma décision de ne pas renouveler mon adhésion au PG serait anecdotique, si seulement je n’apprenais pas chaque jour le départ de tel ou tel camarade.

Quand j’ai rejoint le PG, le maître mot était « l’éducation populaire », ce travail qui avait conduit Mélenchon à un score historique à la présidentielle. Contrairement à ce que croient certains idolâtres, ce résultat n’est pas le fruit du seul charisme de tribun du candidat, mais bien le travail acharné des militants de l’ensemble des organisations du Front de Gauche, appliquées alors à défendre le projet de « L’humain d’abord » qui nous rassemblait alors, et, j’ose l’espérer, nous rassemble toujours. Seule cette stratégie pourra convaincre que le Front de Gauche est la véritable alternative aux angoisses de la classe ouvrière, pas le Front National. C’est en luttant aux côtés des travailleurs au quotidien, en expliquant à tous et sans relâche notre projet politique que nous gagnerons. Certainement pas avec ces querelles de riches, ces querelles d’apparatchiks qui ne donnent de nous que l’image de petits tyrans staliniens en puissance.

Bonus musical : Eiffel – Libre

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L’arbre qui cachait une forêt (brune)

Au départ, donc, il y a un scandale politico-financier devenu trop banal. Comme son prédécesseur du précédent quinquennat, Monsieur Éric Woerth, Jérôme Cahuzac est démasqué. Les deux sont réputés pour leur expertise en termes de finances, une expertise telle qu’on finit par les prendre la main dans le sac. Pour le petit prolétaire que je suis, les sommes sont vertigineuses, pas pour nos protagonistes. Eux qui tutoient la bourgeoisie, la vraie, celle qui prend bien soin de ne pas faire parler d’elle, ça devait ressembler à des pourboires. Plus sérieusement, il y a de quoi s’interroger. Il me semble avoir retenu de la théorie monétaire de Marx la notion de « fétichisme de l’argent ». Être ministre « en charge des sous » dans un tel système, n’est-ce pas nécessairement installer un loup dans une bergerie ? Autrement dit, peut-on être un ministre de l’économie compétent sans être vénal, avec les conséquences que l’on voit quand cette logique est éprouvée jusque dans ses derniers retranchements. Je pose des questions, chacun proposera ses réponses.

Au moment de l’affaire Woerth, le président Sarkozy, jamais avare de voler au secours des escrocs et des dictateurs, avait décrit Mediapart en ces termes : « une officine au service de la gauche ». Aujourd’hui, Sarkozy aussi est mis en examen. Dont acte. Mais si Mediapart a ouvert le feu en premier, avec un dossier manifestement solide, n’en déplaise à certains, ce n’est pas une officine au service de la gauche qui sort le dossier explosif du jour. C’est un célèbre quotidien vespéral – dont on sait qu’il ne peut être soupçonné de sympathies pour le Front de Gauche – qui braque les projecteurs sur l’extrême droite.

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Alors que l’instruction du dossier Cahuzac démarre à peine sur le plan judiciaire, la pièce qui se joue sous nos yeux – ébahis, il faut bien le reconnaître – voit naître des personnages ô combien chatoyants. Ainsi, on apprend que le compte UBS de l’ex-ministre a été ouvert par un tiers, le dénommé Philippe Péninque. Dans le langage médiatique policé, l’attribut consacré est « sulfureux ». Dans le mien, on peut choisir entre crapule, ordure, résidu de tourista ou encore le très à la mode salopard. Son CV parle pour lui, voyez plutôt :

« Philippe Péninque, 60 ans, n’est pas un inconnu pour ceux qui suivent les affaires de l’extrême droite. Cet ex-membre du GUD, un syndicat étudiant d’extrême droite radicale, connu pour sa violence, est aussi ancien membre fondateur d’Egalité et réconciliation. Il fait aujourd’hui partie des conseillers officieux de Marine Le Pen. En 2007, il avait réalisé l’audit du Front national. »

Ce bien triste sire est par ailleurs associé à un autre personnage peu ragoutant, Jean-Pierre Eymié, dont on apprend que ses petits camarades gudards l’ont affublé du doux surnom de « Johnny le boxeur ». Tout un programme, d’autant plus alléchant que ces deux là forment avec l’homme qui n’a jamais cru à la lutte des classes une bande suffisamment intime pour pratiquer ensemble le golf et les week-ends à la mer. Je sais bien qu’on n’est pas responsable des méfaits de nos amis, mais tout de même, dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. Là on est quand même sur de la crevure de première classe. Il y a de quoi s’interroger.

À ce stade, deux points me paraissent importants à prendre en compte. Je veux bien accorder à chacun le bénéfice du doute sur sa connaissance des activités frauduleuses d’un membre du gouvernement, encore que cela soulève bien des interrogations. L’évasion fiscale est un passe-temps qui gagne à être pratiqué avec discrétion. Néanmoins, on ne devient pas ministre du jour au lendemain, Monsieur Cahuzac n’a pas été désigné à un poste aussi important que le sien à l’issue d’un tirage au sort, parmi d’autres inconnus. S’il a été choisi, c’est parce que messieurs Hollande et Ayrault connaissaient sa position idéologique. Ils ont donc sciemment donné leur confiance à un homme qui, bien qu’issu de leurs rangs, n’est manifestement pas un homme de gauche. Pouvaient-ils ignorer que ses sympathies allaient si volontiers à l’extrême-droite française la plus nauséabonde ? Une fois de plus, je pose la question, et je ne la pose pas qu’au gouvernement, mais à l’ensemble du Parti soi-disant socialiste. Il y a quelques semaines, Harlem Désir, qui s’est empressé d’aboyer avec les loups lorsque Jean-Luc Mélenchon a été flétri par des accusations infâmes, condamnait « fortement les attaques et les calomnies sans fondement à l’encontre de Cahuzac. » En voilà encore un qui n’en rate pas une.

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L’autre élément fort intéressant, c’est le glas du positionnement « anti-système » du Front National. Toute la crédibilité du parti qui sent bon l’OAS et les Croix de Feu repose sur l’idée qu’il représenterait une alternative sérieuse aux ploutocrates, au technocrates, etc. La communication du « tous pourris » est une stratégie efficace, tant l’État capitaliste lui donne régulièrement du grain à moudre. Pour paraître honnête, rien de tel que de dénoncer les travers des autres. On paraît toujours moins sale une fois qu’on a couvert de boue ses adversaires. Bien souvent, ceux-ci n’ont même pas besoin qu’on les aide.

Sauf que cette fois-ci, patatras, cette idéologie rance dévoile sa structure de château de cartes. Et la carte de trop, celle qui fait s’effondrer l’édifice, a été posée par Jérôme Cahuzac. Dans cette affaire, l’extrême droite française montre son vrai visage. Ses membres s’accommodent très bien du système capitaliste dont ils sont les bénéficiaires patentés. Ses leaders pourront bien s’offusquer et démentir, leur opposition est bel et bien une posture, un épouvantail idéologique. Parlez leur de leur porte-monnaie, et les barrières de papier qu’ils ont bâties eux-même se déchireront bien vite. Nous en avons désormais une nouvelle preuve, le fascisme est bien une forme aboutie et nauséabonde du capitalisme. Et cette fois, je ne me pose plus la question, j’affirme.

Bonus musical : Midnight Oil – Beds are burning

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Les écosocialistes mangent-ils les enfants ?

C’est amusant comme depuis l’époque où un « spectre » hantait l’Europe, le pouvoir et ses relais médiatiques n’ont de cesse de disqualifier notre camp en nous flétrissant des pires maux. Être communiste, ou quoi que ce soit qui s’en rapproche, c’est nécessairement être un fou violent et sanguinaire, ou aspirer à le devenir. Quand nous ne sommes pas en train de dévorer des enfants, nous pratiquons l’antisémitisme, et le reste du temps nous nous baignons dans le sang de nos ennemis. Depuis le bolchevik au couteau entre les dents jusqu’à François Delapierre et son expression de « 17 salopards », nos adversaires font feu de tout bois pour nous discréditer. Comment pourrait-il en être autrement ? Je l’ai souvent répété : leur avantage principal réside dans une conscience de classes qui nous fait défaut. Ils savent qu’il s’agit d’une lutte à mort et que nos rêves doivent être anéantis.

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Parmi les journalistes aux ordres, il y a les vicieux, comme Monsieur Quatremer, qui élabore des raisonnements inquiétants pour déclarer que Jean-Luc Mélenchon est antisémite. Il y a le troupeau d’ânes fainéants qui répètent ce genre d’accusations en boucle, à l’image de Monsieur Aphatie, et puis il y en a un peu plus retors que d’autres. C’est le cas de Madame Sophie de Ravinel, qui écrit dans le Figaro

« Mais lui et d’autres dirigeants communistes présents au congrès, dont Pierre Laurent, ont été gênés, sans le dire publiquement, par la volonté exprimée par le PG de créer des «listes» de personnalités à faire tomber, que ce soit des chefs d’entreprise ou des maires… «Dresser des listes, c’est du populisme. Et les dérapages sont plus fréquents lorsque l’on prétend, comme le PG, vouloir concurrencer le FN sur son propre terrain, ce dont nous nous gardons», commentait dimanche un membre de la direction du PCF. »

En voilà, un propos bien sournois, autant qu’original. En effet, ce paragraphe est un prototype de malhonnêteté calculée. Ici, l’objectif est clair : remuer l’idée selon laquelle le Front de Gauche serait divisé avec d’un côté un PCF avec les gentils modérés, et de l’autre un PG avec les extrémistes violents. Tant mieux, ces attaques auront court tant que le Front de Gauche sera une formation politique qui effraie le pouvoir. Quant à mes camarades communistes, ainsi que ceux des autres formations du Front de Gauche, nous sommes conscients de la tâche que nous avons à mener. Nos désaccords sont plus rares que nos convergences, et l’unité est notre maître-mot.

Mais la malhonnêteté du propos vient ici surtout de la manière biaisée dont sont rapportés nos débats. De listes, il a été effectivement question, puisque c’était l’objet d’un débat concernant l’élaboration de notre texte d’orientation. L’amendement évoqué ici et soumis au vote des congressistes (Amendement n°2, soyons précis) se présentait sous la forme suivante :

« Aujourd’hui, la domination oligarchique n’a pas de limites, ceux qui construisent et renforcent ce système inique l’assument sans vergogne. Nous, la gauche qui se bat aux côtés des citoyens, nous la gauche par l’exemple, nous l’autre gauche, les désignons nommément comme responsables des dégâts et malheurs qu’accompagnent la confiscation des biens et des pouvoirs au peuple. Nous appelons au renversement du système oligarchique et à la révolution citoyenne. Les plus connus s’appellent Bouygues, Dassault, Proglio, Gohsn, Jouyet, Pujadas, Gallois, Migaud, Joffrin, Hees, Pépy, Giesbert, Minc ou encore Lauvergeon et Pflimlin. Sans oublier le discret Noyer, inébranlable depuis 9 ans à la tête de la Banque de France. »

Dans son introduction à la tribune du samedi matin, demi-journée où ce point a été débattu, François Delapierre prenait la défense de cet amendement. Son propos, en substance était le suivant. Lutter contre cette construction idéologique d’un capitalisme désincarné et contre lequel, par conséquent, on ne pourrait rien faire. Donner des noms, c’est en somme contredire la vieille théorie de la « main invisible » chère à Adam Smith. En aucun cas il ne s’agit de « personnalités à faire tomber », comme le prétend le Figaro. De plus, la liste présentée a pour but de souligner la connivence entre pouvoir économique, pouvoir politique et pouvoir médiatique, ce n’est pas en soit une liste noire, et certainement pas une liste exhaustive.

L’amendement cité ci-dessus a été rejeté par les congressistes. Certains trouvaient peu judicieux l’idée de « faire des listes ». D’autres, comme moi, y étaient favorables, mais trouvaient le paragraphe mal rédigé ou la liste pas assez pertinente. Sophie de Ravinel peut être rassurée, son patron, présent dans la liste, dormira quelques temps encore sur ses deux oreilles.

Bonus nécessaire : Pierre Desproges – La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède : Apprenons à reconnaître un communiste.

Bonus musical : Ghinzu – Cold Love

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Nous sommes complètement fous.

Je ne l’ai pas dit il y a six mois, et je ne l’ai pas dit dans l’obscurité éthylique d’un PMU de quartier. Je l’ai dit, ou plus précisément écrit hier, sur ce blog. Et tout le monde a applaudi, parce que j’avais tellement raison, que c’était une telle évidence :

« nous sommes un outil au service des travailleurs, pas l’inverse. »

Et de passer de la théorie à la pratique, de la parole aux actes. On m’en donne l’occasion en début d’après-midi, sur Facebook :

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Moins d’une heure plus tard, le temps de lacer mes chaussures, de remettre un peu d’essence dans la voiture et de subir les bouchons de la porte d’Orléans, je rejoins mon camarade en exil. Les PSA sont une cinquantaine à l’intérieur, ils sont venus négocier la désignation d’un médiateur dédié à leur lutte. Oui, dans la France de François Hollande, les travailleurs doivent négocier pour obtenir un interlocuteur de négociations.

Dans le froid de ce lieu sans âme de Paris, nous sommes deux à attendre à l’extérieur pour témoigner notre soutien à nos frères de l’industrie automobile. On tend l’oreille. Il semble que les débats à l’intérieur sont houleux. Arborant badges du PG, du Front de Gauche et de la CGT, on échange avec légèreté avec les CRS qui semblent se demander ce qu’ils foutent là.

Une mobilisation de grande ampleur...

Une mobilisation de grande ampleur…

Le temps se fait long, et on se sent bien seuls, tous les deux. Les minutes passent, et les rangs des forces de l’ordre grossissent à vue d’œil. Mon binôme et moi sommes un peu jaloux, on ne peut pas en dire autant.

La délégation des PSA est enfin ressortie. Leur détermination ne semble avoir d’égale que la vacuité politique d’une trop grande part des miens. Dans ce monde fait de slogans, certains parmi nous prennent les mots d’ordre pour des logos, des hochets pour instrumentaliser les luttes de ceux pour qui tout cela est une question de survie, pas de vanité égocentrique.

On prête à Mirabeau cette phrase sur Robespierre : « Il est complètement fou : il croit à tout ce qu’il dit. » Peut-être que l’Ibère et moi sommes complètement fous. Aujourd’hui, le front des luttes, c’était lui et moi. Nous vous avons laissé ergoter sur vos stratégies électorales. Deux personnes. Peut-être sommes nous complètement fous.

Bonus militant : ce qui s’est passé à l’intérieur :

Bonus musical : Noir Désir – Si rien ne bouge

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Des luttes, et des séminaires ouvriers pour lutter

Ceux qui pensent que notre parti a en son sein d’autres « stars médiatiques » que son co-président se trompent et montrent par leur aveuglement une coupure avec les réalités quotidiennes de la classe ouvrière. Ce n’est pas seulement inquiétant, c’est inacceptable. Si je me permets de formuler ces remarques de manière aussi peu diplomate, c’est que je sais combien ce piège nous guette tous. Mes récents billets ont souvent traité de cuisine interne au PG ou des thèmes de politique générale. Je pourrais finir par croire que c’est cela, militer, et comme tant d’autres oublier le terrain, l’action concrète. Je ne suis pas meilleur qu’un autre si on ne se charge pas de me rappeler à l’ordre.

Pour autant, on ne se refait pas, et mon militantisme se construit aujourd’hui encore beaucoup par la lecture. Ceux qui aiment lire connaissent cette tendance compulsive à acquérir cinq livres dès qu’ils franchissent la porte d’une librairie. Sur les cinq, un peut-être sera lu, avec de la chance. Alors, à Bordeaux, j’ai décidé de n’acheter qu’un seul livre. Pas au hasard, soigneusement choisi : celui coordonné – davantage que co-écrit – par mes camarades Hélène Le Cacheux et François Longérinas : « Avec les Fralib, de la résistance à l’alternative » et sous-titré « Les luttes s’alimentent des luttes ».

François Longérinas (au micro) et Hélène Le Cacheux au séminaire ouvrier.

François Longérinas (au micro) et Hélène Le Cacheux au séminaire ouvrier « Fralib »

Bien sûr, il y a quelque chose de personnel dans ce choix, car j’ai la joie de compter Hélène parmi mes amis, parce qu’elle m’a présenté aux ouvriers en lutte de Gémenos, parce qu’ils m’ont fait visiter leur usine. Pas de stars disais-je plus haut, car mes « stars » à moi, ce sont eux. Et je n’exagère rien quand j’affirme qu’une accolade sincère d’un des Fralib me donne plus de joie, m’intimide davantage qu’une poignée de main d’un dirigeant de partie, quelle que soit la sympathie que je puisse avoir à son égard.

Les Fralib sont devenus avec le temps la piqûre de rappel qui m’évite l’égarement politique. Quand je pense à ces hommes et ces femmes à l’histoire exemplaire, je me souviens que faire de la politique, c’est un engagement entier. Celui qui ne fait qu’écrire sans agir est un révolutionnaire de salon. Celui qui agit sans jamais réfléchir achète la corde qui le pend. Fralib, c’est le courage de l’action mêlé à la patience de la réflexion qui leur a permis d’aboutir à un projet industriel viable dès qu’ils auront remporté la bataille finale (sur le plan juridique notamment) contre Unilever, cette multinationale qui illustre aujourd’hui si bien ce que l’on entend par l’expression « haine de classe ».

Les fralibs rassemblés devant le tribunal de Nanterre.

Les fralibs rassemblés devant le tribunal de Nanterre.

Ce petit livre d’à peine cent pages n’est pas le récit du combat renouvelé de David face à Goliath, c’est encore moins un concentré de doxa politique à appliquer en toute situation sans jamais déplacer de virgule. Non, ce n’est rien de tout cela, c’est avant tout l’illustration de ce que peut-être un projet concret d’éducation populaire.

Mes camarades du Parti de Gauche n’auraient probablement pas pu organiser ce premier séminaire ouvrier s’ils avaient eu par ce biais l’intention d’expliquer aux ouvriers de Fralib quels étaient les enjeux de leur lutte et comment l’organiser. Après plus de deux ans de conflits, ils n’avaient attendu personne. C’est ce que doit comprendre tout militant politique, et cela ne va pas sans dire, tant ils sont nombreux, les militants sincères sombrant dans une forme de cynisme : nous sommes un outil au service des travailleurs, pas l’inverse. Les Fralib n’appartiennent pas au PG, pas au Front de Gauche ni à aucune autre organisation politique. Nous, au contraire, appartenons aux Fralib dans le sens où notre rôle est de les aider, dans la mesure de nos moyens (pratiques, idéologiques…), dans la lutte à mort qu’ils ont engagé contre le capitalisme mondialisé.

Le séminaire ouvrier qui s’est tenu sur le site même de l’usine de production du thé Éléphant le 8 décembre 2012, c’est enfin, je crois l’ébauche concrète de ce Front des Luttes plus que jamais nécessaire à l’émancipation de tous les travailleurs. Par la diversité de ce qui y ont pris part : ouvriers, syndicalistes, étudiants, militants politiques etc., il a notamment contribué à combattre l’idéologie du « tous pourris » qui colle trop souvent aux militants syndicaux et politiques, idéologie si chère à l’extrême-droite. Par son succès, ce séminaire est enfin le mot d’ordre lancé à toute la classe ouvrière, bien au delà du seul site de Gémenos. C’est un appel fait aux ouvriers à s’organiser de manière solidaire, à prendre en main l’avenir de leur emploi, et donc leur propre avenir.

A la grande manifestation contre le TSCG, le 30 septembre dernier.

A la grande manifestation contre le TSCG, le 30 septembre dernier.

Les Fralib ne s’y sont pas trompés, qui sont toujours là pour témoigner de leur engagement aux côtés des autres travailleurs en lutte, de la Fête de l’Humanité aux rassemblements de soutien aux ouvriers de PSA, des manifestations contre le TSCG au salon de l’agriculture, en passant pas les « Pilpa » de Carcassonne. Tiens, je me suis laissé dire que ces derniers avaient demandé des conseils pour organiser leur propre séminaire ouvrier.

Tremble, Capital ! La classe ouvrière se donne les armes de l’éveil à la conscience de classe, elle devient solidaire et répond petit à petit à l’appel de Karl Marx : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous. » Et gare à toi quand elle aura pris la mesure de sa force !

Bonus musical : HK et les Saltimbanks – Toute mon vie

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Le jour où je me suis réveillé antisémite (j’ai pas aimé)

Ça s’est passé en début d’année, au travail. Un clash avec un élève, ça arrive de temps à autres, un peu plus souvent dans un bahut de banlieue parisienne – pas spécialement riche – au nord de l’Essonne que dans un établissement tranquille, dans un collège rural – pas spécialement plus riche – quelque part entre Marmande et Mont-de-Marsan. Ça n’a rien de plaisant mais pas question non plus de tomber dans les clichés du prof francilien vivant un enfer. Ce jour là, le ton est monté entre Ahmed (j’ai changé le prénom volontairement pour des raisons évidentes) et moi. Il avait merdé, je me suis fâché trop vite, j’ai pas lâché de lest. Je l’ai poussé dans ses derniers retranchements, ma supériorité intellectuelle (je le dis sans arrogance, j’ai plus du double de son âge) l’a obligé à prendre la posture de la victime, jusqu’à ce que ça tombe : « Vous faites ça parce que vous aimez pas les arabes. »

Mon sang n’a fait qu’un tour, et je le dis en toute franchise, heureusement que la CPE se trouvait à mes côtés pour calmer le jeu. Je l’ai laissé faire, car on était arrivé à ce point où la loi est le dernier rempart contre les réactions violentes. Depuis cet incident, Ahmed continue à me casser les pieds, à intervalles réguliers, mais au fond on s’aime bien lui et moi. À la veille de Noël, il m’a offert des chocolats.

racisme

Comme tout le monde, je n’apprécie pas trop les insultes que je ne mérite pas, même si mon ton provocateur m’y expose plus que de raison. Mais il est un type d’insultes que je ne suis jamais parvenu à tolérer à mon encontre : les accusations de racisme de toutes sortes. J’inscris dans cette catégorie toutes les accusations qui me paraissent corollaires : sexisme, homophobie, antisémitisme etc.

Pas question pour moi de faire une hiérarchie des victimes, mais l’accusation d’antisémitisme, dans la violence de l’insulte, c’est un petit plus d’infamie. Républicain, j’ai toujours été gêné par certaines expressions médiatiques du type « les juifs de France » (que l’on retrouve avec les autres religions, mais surtout avec les juifs, me semble-t-il). On serait donc « juif » avant d’être Français ? Et en tant que Français, les juifs constitueraient donc une catégorie homogène ? Tout cela me paraît hautement improbable. Je ne suis pas expert, mais s’il faut parler des juifs, je dirai que j’en ai rencontré suffisamment pour avoir trouvé parmi eux des types extraordinaires, des crétins, des marrants, des pénibles, des homosexuels et des homophobes, des mecs de droite, des mecs de gauche, des pratiquants, des pro-palestiniens etc. En d’autres termes, j’ai cru y trouver la même proportion de chaque trait de caractère présent chez les non-juifs. Pour cette raison, l’antisémitisme, comme les formes de discrimination évoquées plus haut, est une pensée nauséabonde qui a toujours dépassé mon entendement.

Drôle, mais malheureusement tellement vrai.

Drôle, mais malheureusement tellement vrai.

Au delà de ces considérations générales, il y a cette blessure collective des camps de la mort. Les miens aussi, communistes et autres résistants, y ont péri, bien que dans des proportions moins importantes. Et puis je suis assez vieux pour avoir eu de mes grands-parents le récit aussi vertigineux que sordide des rafles. Ce crime là était contre l’humanité, et quiconque se dit humain en est historiquement victime, par solidarité avec ceux qui n’ont eu à une époque pour unique tort que celui d’être né juif.

Monsieur Quatremer devrait savoir quelle peut être la blessure ressentie lorsque quelqu’un se contente d’insinuer qu’on est antisémite. Quand il flétrit ainsi mon camarade Jean-Luc Mélenchon, je ne sais plus comment interpréter les propos de Claude Askolovitch à son égard et que rapporte mon camarade du Cri du Peuple dans un de ces derniers billets, au prix de bien malsaines menaces de procès en diffamation de la part du gratte-papier de Libération. Quatremer a-t-il été blessé par ce rappel de Nathanaël, ou bien est-ce là un effet de tribune de la part de quelqu’un prêt à disqualifier ses adversaires en les accusant d’infamie ? Dans ce cas, au delà du coup blessant qu’il assène à l’un des nôtres, et donc à nous tous, il exprime son mépris des véritables victimes de l’antisémitisme.

Monsieur Quatremer a présenté des excuses après que Michel Soudais a publié sur Politis l’enregistrement invalidant le tombereau d’ordures qui s’est abattu sur nous ce week-end. Je salue cet acte, qui est propre à grandir celui qui le pratique avec sincérité. La blessure, elle, est intacte, et ma rancune à ce sujet sera tenace.

Cependant, je voudrais, pour conclure, m’adresser à mes « camarades » du parti socialiste. J’appartiens au même parti que Jean-Luc Mélenchon. J’ai conscience que ses prises de parole publiques engagent l’ensemble de notre parti, et m’engagent donc à titre personnel. Si le co-président de mon parti se rendait coupable de quelque infamie, je ne resterais pas les bras ballants. J’attendrais de lui des excuses, faute de quoi j’entrerais dans la logique du « c’est lui ou moi ». Par lucidité, je me dois donc de préciser que ce serait forcément moi qui déchirerait ma carte.

Le Parti Socialiste n’a présenté aucune excuse officielle pour avoir ainsi agrandi la horde des calomniateurs. J’attends les excuses d’Harlem Désir, de Frédérique Espagnac et/ou de David Assouline. D’ici là, sache une chose, camarade du parti socialiste, simple militant ou même « cadre » de bonne foi conscient de la gravité des insultes proférées. Je te tiens pour complice de celles-ci tant que tu n’auras pas présenté des excuses en ton nom. À ta place, je n’hésiterais pas à le faire, ou a minima à soutenir le camarade Mélenchon, comme l’ont fait Julien Dray et Pascal Cherki, adversaires politiques que je combats, mais militants, pour le coup responsables, que je salue.

Bonus historique : Jean-Luc Mélenchon, qui cite si souvent un certain Bronstein (tiens, ça sonne un peu juif comme nom !), est aussi un fervent héritier de Robespierre. À mon tour, l’extrait me paraît venir à point :

« [Les juifs] ne doivent pas être persécutés : ils sont hommes, ils sont nos frères ; et anathème à quiconque parlerait d’intolérance ! Nul ne peut être inquiété pour ses opinions religieuses, vous l’avez reconnu et dès lors vous avez assuré aux Juifs la protection la plus étendue. » (Discours sur le droit de vote des comédiens et des Juifs, 23 décembre 1789 à l’Assemblée Constituante)

Un grand merci à l’ami Stan pour son aide précieuse…

Bonus musical : La Ruda Salska – Unis

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Les raisons de la colère

Ce billet a été écrit ce matin, mais ce sont bien les aléas d’un séjour en province (sic) qui me contraignent à publier seulement ce soir. Soyez rassuré, je rentre à Paris demain.

Ça se termine, ce congrès. À l’heure où je démarre ce billet, Martine Billard, à la tribune pour clore ce long week-end, vient de dénoncer les attaques infâmes de quelques cloportes qui se proclament indûment journalistes à l’encontre de mon camarade Jean-Luc Mélenchon. Je ne m’étendrai pas davantage sur les propos diffamatoires de quelques uns, tant il semble que les antisémites ne sont pas forcément ceux que l’on croît. Nous, au Parti de Gauche, nous ne le sommes pas, et si nous avions des gages à fournir, ce ne serait certainement pas à ces messieurs qui se nourrissent de la haine de classe.

5,000 personnes présentes, difficile de rester sagement assis.

5,000 personnes présentes, difficile de rester sagement assis. (Photo : François Longérinas)

Beaucoup de fatigue ce matin, et malgré le soleil enfin décidé à se montrer franchement, l’envie de rentrer pour simplement dormir ou bouquiner au calme. Nous voilà au termes de deux jours de débats nourris, et il faut bien le dire, pas toujours détendus. De bien mauvaises langues pourraient dire de nous qu’on passe notre temps à se foutre sur la gueule. Qu’ils ne s’en privent pas. Nous avons l’incroyable volonté de ne pas être des donneurs de leçon, comme monsieur Carvounas. Nous avons l’incroyable volonté de ne pas nous comporter comme des parasites gouvernementaux avec comptes à numéros, imposant aux autres ce qu’on se garde bien d’appliquer à soi-même. Oui, au Parti de Gauche, on s’engueule, parce que l’exercice de la démocratie est bien une expérience difficile au quotidien. Nous appelons à la convocation d’une constituante qui posera les jalons d’une VIème République, et cette VIème République ne sera pas le jouet d’oligarques pourris. Oui, on s’engueule davantage dans un congrès démocratique que dans les think tank, ces cercles qui pensent qu’une bonne idée ne peut pas germer dans l’esprit d’un peuple.

Le "camarade et néanmoins ami" Nathanaël Uhl, en pleine intervention "punk".

Le « camarade et néanmoins ami » Nathanaël Uhl, en pleine intervention « punk ».

Au Parti de Gauche, nous appliquons à nous-mêmes ce que nous voulons étendre à l’ensemble de la société. Alors on s’engueule. On s’engueule mais on ne se fâche pas. On s’engueule comme les camarades, comme les frères que nous sommes. On s’engueule, enfin, mais si notre colère est intacte, elle est toujours dirigée dans le bon sens. Nous pouvons être fiers du travail accompli depuis la création du Parti de Gauche en 2008, fiers des campagnes menées avec nos partenaires dans le cadre du Front de Gauche, fiers du résultat produit par ces mois de préparation de Congrès, fiers du résultat auquel il a abouti en ce week-end aquitain. Nous ne sommes pas devenus une association de baronnies ni un cartel de courants politiques, comme ce parti soi-disant socialiste qui serait comique s’il ne détenait pas tous les leviers du pouvoir dans notre pays. Nous n’avons pas dilué notre discours à des fins électorales, nous ne l’avons pas faussement durci dans un gauchisme de parade, nous sommes restés fidèles à ce que nous sommes, ni plus ni moins que les défenseurs de la révolution citoyenne.

Martine Billard à la tribune.

Martine Billard à la tribune. (Photo : Rémy Blang)

Notre colère, je le maintiens, est une colère saine, parce qu’elle se dirige contre Laurence Parisot, contre Pierre Moscovisci, contre la famille Peugeot et tous ceux qui sont de l’autre côté de la barrière de classe et qui sont donc nos ennemis. Nous l’avons à nouveau affirmé ces jours-ci : il est grand temps que la peur change de camp. Pour ma part, et comme ce camarade à la tribune hier, je rappellerai en conclusion les propos de Félix Dzerjinski : « Pour nos adversaires, quatre murs, c’est trois de trop. »

Bonus Delapierre :

Bonus musical : The Ramones – Blitzkrieg Bop

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Des débats et des hommes.

Bon. Cette fois ça a commencé. Il faisait moche à Bordeaux, hier. Les camarades qui étaient en voiture avec moi, et tous ceux qui savent mon attachement à cette ville se sont bien chargés de me le rappeler. En même temps, on n’est pas venus pour enfiler des perles. On est là pour bosser.

Des congressistes studieux.

Des congressistes studieux.

Hier, il y en avait du travail. J’ai le plaisir de voir mes camarades montreuillois Claudio Calfuquir et Franck Boissier sur l’estrade, en tant que membre du bureau du congrès. C’est donc un ami qui donne le coup d’envoi de notre séquence de travail du jour, longue et dense. Il ne s’agit pas des questions les plus sexy, tant elles sont internes à notre parti. Il s’agit de finances, je n’en parlerai pas. On a beau vivre une époque où on invite les curés à parler de sexualité, et Roselyne Bachelot d’éthique politique, je me refuse à évoquer ici des sujets sur lesquels je suis si peu compétent.

Mon camarade Franck (et d'autres) à la tribune.

Mon camarade Franck (et d’autres) à la tribune.

Il s’agit aussi de statuts, avec des enjeux qui peuvent paraître souvent abscons, même pour les plus aguerris des militants présents. À l’instar de nos camarades du PCF, nous nous organisons alors en ruches de travail, par petits groupes, pour débattre à nouveau des enjeux politiques qui se cachent derrière les choix que nous avons à faire sur l’évolution structurelle de notre parti. Sans entrer dans les détails, je me contenterai de réaffirmer ce que j’écrivais ici il y a quelques semaines : ce n’est jamais une erreur de parier sur l’intelligence collective. Nous ne rentrerons pas de Bordeaux avec un parti parfait, mais nous avons su éviter les écueils les plus dangereux. On va pouvoir faire sérieusement de la politique.

Les camarades de Seine Saint-Denis.

Les camarades de Seine Saint-Denis.

Aujourd’hui, le soleil est (partiellement) revenu, mais nous en profiterons assez peu. C’est à la tâche immense de discuter le texte d’orientation politique. Je me réjouis à nouveau, à l’heure où j’écris, de la qualité des débats. Nous ne sommes pas là pour nous bercer d’illusions sur l’état de nos forces, nous ne sommes pas là pour nous jeter des fleurs, nous ne sommes par là pour une réunion de bureaucrates auto-satisfaits. Nous, congressistes, sommes décidés à ne pas être des avatars de nos « camarades » soi-disant socialistes. Nous ne sommes pas la chambre d’enregistrement de décisions prises en haut, nous sommes la voix de nos camarades de comités. Et bien que les débats soient en cours pour encore longtemps aujourd’hui, j’ai toute confiance en l’affirmation répétée d’une volonté, celle d’un parti qui se construit par la base, qui s’applique à lui-même ce qu’il revendique pour tous : la démocratie, et la souveraineté populaire. Et tant pis si c’est dur, pourvu que nous avancions, pourvu que nous améliorions sans relâche ce qui ne sera jamais autre chose qu’un outil d’émancipation de la classe ouvrière.

Bonus musical (en hommage à mon camarade Sydné) : Gorillaz – Clint Eastwood

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J’ai de la chance

Soyons honnêtes, j’ai de la chance. J’ai de la chance d’être né en France. « Être né quelque part », dit la chanson, et naître en France, c’est avoir la perspective de meilleurs conditions de vie qu’un bébé qui naîtrait, lui aussi par hasard, sur l’île de Madagascar.

J’ai de la chance parce que parmi mes compatriotes, je ne suis pas des plus mal lotis. Certes, je suis né du mauvais côté de la barrière des classes, mes parents sont des prolétaires : ils ont vécu et vivent encore de leur travail. Mais je suis né dans une famille de prolétaires « haut de gamme », ou pour employer des termes moins ironiques, des prolétaires instruits. Ceux-là que la propagande capitaliste désigne comme classe moyenne pour mieux la faire s’approprier les chimères de l’ascension sociale, pour en faire des spectateurs du combat de la classe ouvrière. Bref, j’ai eu la chance immense de naître au sein d’une minorité, dans un tout petit pays privilégié. J’ai eu la chance de ne manquer de rien pendant mon enfance, la chance d’avoir accès à l’instruction autant par l’école que par mon arbre généalogique. Quand les copains venaient à la maison, ils étaient impressionnés par la quantité incroyable de livres. Quand j’allais chez eux, j’étais sidéré par l’absence de livres.

Bibliothèque

J’ai fait des études longues, j’ai une licence de mathématiques. Même si je n’ai pas la prétention d’être un mathématicien, même si je complexe bien souvent sur mes connaissances dans cette discipline dont j’ai fait un métier, j’appartiens à une minorité. Quelle proportion sommes-nous, à l’échelle de l’humanité, à comprendre les notions de topologie ou d’algèbre enseignées dans nos universités ? Tant pis si mon propos semble prétentieux, j’appartiens à une minorité intellectuelle. Plus encore, j’ai la chance d’être souvent au contact de personnes qui, de mon point de vue, sont bien plus brillantes que je ne le suis.

Ce que j’ai appris de plus important lors de ce long chemin qui a fait de moi un adulte, c’est une capacité à apprendre par moi-même. Qu’on s’entende bien, je suis incapable d’apprendre seul, sans des maîtres, mais je connais les méthodes efficaces d’apprentissage, pour les avoir éprouvées pendant de nombreuses années. Je n’hésite pas à me plonger dans des lectures arides au premier abord, je sais à qui m’adresser pour apprendre telle ou telle notion idéologique, telle ou telle façon de mener une action politique etc. Plus que tout cela, j’ai acquis la capacité à identifier mes propres besoins ! J’ai de la chance.

Ecole

Si je raconte cela, c’est parce que je constate qu’après seulement 6 mois de militantisme au sein d’un parti politique, j’ai déjà énormément appris sur ce que c’est que militer. J’ai cet avantage, conséquence directe de ce que j’expliquais plus haut, d’arriver avec un bagage idéologique conséquent. J’ai cet avantage de savoir qu’il sera toujours incomplet, que je devrai toujours « apprendre », car qui cesse d’apprendre commence à régresser.

Le problème, c’est qu’on ne construit pas un parti politique avec des hommes et des femmes ayant mes origines et mon parcours. Je ne suis pas représentatif de la classe ouvrière dans son ensemble, seulement d’une portion bien faible de celle-ci. Or, mon parti ne sera pas le parti des ouvriers tant que ses membres ne seront pas issus de leurs rangs, dans toute la diversité de ce qu’est la classe ouvrière. Pour remplir cet objectif de représentativité, voire même de légitimité, nous devons impérativement veiller à former chaque militant, quel que soit son parcours. On peut avoir arrêté l’école à 15 ans, on n’en est pas moins capable d’apprendre, d’acquérir une véritable cohérence idéologique. Ce n’est pas de l’endoctrinement, c’est simplement reconnaître que les plus aguerris d’entre nous n’ont pas le droit de ne pas transmettre leurs connaissances.

Nous ne pourrons pas affirmer que nous avons remporté ce défi tant que les militants issus des couches les plus pauvres de la société ne seront pas un moteur de notre parti. Nous ne pourrons pas non plus le faire tant que nous aurons besoin de statuts imposant la parité en genre. Nous devons arriver à un niveau d’excellence idéologique tel que les femmes prennent sans recours à la « loi » toute la place qui leur revient dans une organisation qui se veut émancipatrice.

manifeste

Nous ne pourrons pas revendiquer légitimement la théorie de l’éducation populaire, qui nous tient tant à cœur, tant que nous ne nous la appliquerons pas efficacement à nous-mêmes. Ce week-end, à Bordeaux, notre parti va changer. C’est à nous, militants, par le mandat que nous avons donné à nos délégués, de faire les choix idéologiques, stratégiques et statutaires à même de réunir les conditions de réalisation de cette exigence de formation.

La formation de chaque militant est un enjeu local autant que national. J’espère que ce congrès sera l’opportunité d’un élan nouveau en ce sens. Ça ne pourra pas être une perte de temps, car apprendre n’est jamais quelque chose d’inutile.

Bonus musical : Roger Waters – Another brick in the wall

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Papa, Bordeaux, L’Histoire, le PG…

À Jean-Claude, à ma famille.

Ce billet est divisé en deux parties indépendantes. Et parce que je maîtrise le suspense comme personne, on comprend à la fin pourquoi l’ensemble est regroupé dans une seule note.

1ère partie : Papa

C’est à celui dont le prénom est pour toujours « papa » que je dois presque tout. Sa pédagogie à mon égard était curieuse. Certains y verront « l’embrigadement de la jeunesse » caractéristique des « idéologies totalitaires ». Ils peuvent aller se faire voir, réfuter leurs arguments reviendrait à leur accorder une importance qu’ils n’ont pas. Bref, « papa » n’a jamais beaucoup vulgarisé son propos. Des notions comme la lutte des classes ou le capitalisme libéral, il les évoquait avec moi quasiment de la même manière qu’avec un adulte. J’imprimais les mots, les expressions, sans forcément les comprendre immédiatement, comme des éléments de réflexion à approfondir plus tard. La force de la méthode résidait dans les exemples. C’est fou ce qu’on peut expliquer comme notions théoriques en s’appuyant sur des applications de notre quotidien ou sur des métaphores amusantes.

Je ne compte pas les heures passées à discuter, quelques années plus tard, sur ce qui s’est imposé comme notre sujet de discussion fétiche : la révolution française. Chaque prise de position, chaque acte politique, chaque date de la période a été longuement décortiquée par nos soins. C’est ce qui a vu émerger nos premières divergences. C’est là que j’ai découvert cette force du débat contradictoire qui permet d’avancer. Ces divergences, en dépit de mon handicap intellectuel dans nos affrontements ( soyons humbles : je ne suis pas prof d’histoire, lui oui!) nous ont tous les deux nourris, nous ont permis d’affiner nos analyses. Et donc de grandir politiquement, car l’intérêt philosophique de l’Histoire est précisément de nous aider à faire l’analyse de notre présent.

Mes convictions n’ont depuis eu de cesse de se transformer, se modifier, se nuancer, au gré des lectures, des rencontres et de la réalité du quotidien. Mais aujourd’hui encore, nos convictions sont le plus souvent convergentes. Il est le premier de ceux qui font ma fierté d’être ce qui, dans la bouche des benêts et des ordures, est une insulte. Ma fierté d’être un communiste.

2ème partie : Le « Parti »

Qu’est-ce que c’est, mon parti ? Il y a ce que j’en dis en interne : beaucoup de mal. Il y a ce que j’en dis publiquement : quasi-exclusivement du bien. Pas question de donner à nos adversaires des armes supplémentaires pour nous attaquer. C’est ce qui fait que les partis ont si souvent une image dogmatique, à la manière d’églises. On tient la ligne, tout simplement, même quand on la conteste personnellement. Alors vu de l’extérieur, on a vite l’impression d’avoir affaire à une bande de moines-soldats sans esprit critique. Sachez que vous ne verrez jamais le meilleur d’un militant politique sur internet. Ce qui fait notre valeur, vous le rencontrerez plus facilement dans les manifs, dans les rassemblements de soutiens aux salariés en lutte, dans les discussions que vous aurez avec nous autour d’un café, dans la chaleur d’un bistrot, ou dans le froid d’une diffusion de tracts en hiver, si vous prenez le temps.

L'affiche rouge

Surtout, on ne peut pas intervertir deux militants d’un claquement de doigts. Quand nous avons choisi de prendre notre carte, nous sommes arrivés dans cette maison commune avec un passé propre, des expériences uniques, etc. Il y a les nouveaux, dont je fais partie, il y a ceux qui militent depuis des années. Il y a les fonctionnaires, les ouvriers d’usine, les étudiants, les « cadres », les chômeurs etc. Il y a ceux qui ont l’expérience de l’action de terrain, ceux qui ont la vision politique « théorique », il y a ceux qui allient les deux. Il y a ceux qui maîtrisent parfaitement les enjeux, il y a ceux qui se forment, ceux qui militent en passant, ceux qui y laissent leur santé… Il y a ceux, enfin, qui ont les dents longues et peu importe le fond. Ces derniers m’amuseraient si combattre leurs ambitions néfastes n’était pas un gâchis de temps et d’énergie.

Souvent, les uns agacent les autres. Les plus rompus aux discussions théoriques déplorent le manque de « culture » des autres, les plus actifs regrettent de se sentir si souvent abandonnés des leurs, on se déchire sur les stratégies, on y ajoute à l’occasion des rancœurs personnelles. Une addition de contrariétés qui font que, si on tient compte de la situation désastreuse dans lequel se trouvent les travailleurs d’aujourd’hui, il est rarement plaisant de militer.

La place de la Bourse, à Bordeaux

La place de la Bourse, à Bordeaux

Heureusement, ces écueils sont notre principale force si on fait le pari de l’intelligence collective. J’en veux pour preuve cette réunion fleuve, la semaine dernière, dont l’ordre du jour était de travailler les amendements au texte d’orientation que mon comité proposerait dans le cadre des débats qui auront lieu le mois prochain, lors de notre congrès à Bordeaux. Beau mélange à observer ce soir là. Certains manient avec aisance les théories marxistes, d’autres ont simplement en eux cette haine de l’injustice sociale dont nous sommes tous les témoins. Si les premiers étaient condescendants, la discussion tournerait court. Mais presque six heures de réunion démontrent que cela ne s’est pas produit. Il ne suffit pas de réciter son Lénine comme un curé rouge. Les moins familiers de ces lectures nous apportent un regard neuf, usent de leur bon sens pour pointer des questions de fond. On débat, on fatigue, on n’est pas d’accord, mais on avance. Tous les amendements ne sont pas adoptés à l’unanimité, mais la majorité est à chaque fois forte, car nous avons pris le temps de discuter pour convaincre. Détrompe-toi, ami qui nous voit de loin. Nous ne campons pas sur nos positions, nous cherchons toujours à faire preuve d’ouverture d’esprit.

Je suis heureux du travail accompli ce soir-là avec mes camarades. Je le suis d’autant plus que ceux-ci m’ont fait l’honneur de me choisir comme délégué pour les représenter à Bordeaux. Comme un symbole, papa n’habite pas très loin de cette ville où j’ai moi-même vécu 5 ans. Ce sera l’occasion de le saluer.

Noir désir : La chaleur

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