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L’oligarchie : Better dead than red ?

« Ce n’est pas le locataire du sixième qui est antifasciste, c’est le fascisme qui est anti-locataire du sixième. » Gabriele dans Une journée particulière (Ettore Scola, 1977)

Si j’évoque la célèbre réplique de Marcello Mastroianni à Sophia Loren, ce n’est pas pour évoquer la tradition homophobe des mouvements fascistes. Pourtant, c’est une tradition qui fait froid dans le dos. Himmler, par exemple, déplorait qu’on débusque chaque année dans la Waffen SS une poignée de ces « dégénérés », et avait à cœur de l’en débarasser :

« Aujourd’hui encore, il se présente tous les mois un cas d’homosexualité dans la SS. Nous avons de huit à dix cas par an. J’ai donc décidé la chose suivante : dans tous les cas, ces individus seront officiellement dégradés, exclus de la SS et traduits devant un tribunal. Après avoir purgé la peine infligée par le tribunal, ils seront internés sur mon ordre dans un camp de concentration et abattus pendant une « tentative d’évasion ». Dans chaque cas, le corps d’origine de cet individu en sera informé sur mon ordre. J’espère ainsi extirper ces gens de la SS – jusqu’au dernier. Je veux préserver le sang noble que nous recevons dans notre organisation et I’oeuvre d’assainissement racial que nous poursuivons pour l’Allemagne. » Discours d’Heinrich Himmler prononcé le 18 février 1937.

L’homophobie, quoi qu’on puisse dire, est comme toute autre forme de discrimination un des oripeaux funestes du fascisme. Être homophobe, c’est en assumer l’héritage idéologique. Nul ne peut aujourd’hui nier sans malhonnêteté que la « manif pour tous », cette manif de la honte, est une démonstration fasciste. J’emploie le terme à dessein. On ne peut plus y voir un simple rassemblement de droite conservatrice, ni même d’extrême-droite. Ce qui se joue sous nos yeux, c’est l’agglomération de courants réactionnaires qui ne se parlent pas « en temps normal ». En temps normal, c’est à dire dans les conditions « normales » de l’exploitation capitaliste, les « cols Claudine » et les nostalgiques du IIIème Reich ne se fréquentent pas, pas du même monde. La seule chose à même de les réunir, c’est l’émergence d’intérêts convergents issus d’une crise du système.

« Plutôt Hitler que le Front Populaire », « Better dead than red », ces mots d’ordre éternels de la bourgeoisie réactionnaire résument ce qu’est le socle de la pensée fasciste : l’anticommunisme et plus généralement l’opposition à toute pensée progressiste. La bourgeoisie au pouvoir se fiche pas mal de la corruption de l’État : elle en est la bénéficiaire. Ce qui l’inquiète, c’est la fragilisation du système par les contestations populaires que cette corruption engendre. Il y a donc convergence d’intérêts dans l’objectif d’étouffer la contestation. C’est le sens de la phrase de Mastroianni. Affirmer nos prétentions d’émancipation, c’est ce qui réveille les loups. On a rarement vu quiconque abandonner un pouvoir sans y avoir été préalablement forcé, et les organisations fascistes ne sont rien de plus que le rempart idéologique (voire armé) d’une bourgeoisie qui, préoccupée par l’urgence de sa propre conservation, a tombé les masques.

Le drapeau rouge sur le Reichstag, voilà leur crainte.

Le drapeau rouge sur le Reichstag, voilà leur crainte.

Quand les éditocrates nous reprochent, par notre appel à une VIème République, de « faire le jeu du Front National », il s’agit là d’une théorie qui dépasse de loin les simples comptes d’apothicaires électoraux. Ce qu’on nous reproche, en fait, c’est d’éveiller la conscience de classes. Le raisonnement est d’une perversité rare. En effet, en l’absence de conscience de classe chez les opprimés, la domination de classe est aisément organisée par les partis « classiques » de l’oligarchie. C’est l’éveil à cette conscience des classes qui provoque la guerre de classes, et dans cette lutte, la bourgeoisie se tourne vers les organisations en mesure de « verrouiller » le système, c’est à dire les organisations fascistes.

Le rôle de ces organisations est de disqualifier notre discours, et nous connaissons leurs méthodes. J’en retiens principalement deux. La première consiste à organiser un climat délétère fait de violences, soit pour nous intimider (les méthodes classiques du GUD), soit carrément pour nous en accuser (l’incendie du Reichstag). Pour cela, rien de plus simple. Il suffit de jouer sur la peur de l’autre et la transformer en haine. Les fascistes organiseront donc la stigmatisation des juifs, des roms, des homosexuels etc. afin d’ouvrir le champ à la violence.

GUD, tu es mon ennemi.

GUD, tu es mon ennemi.

La seconde méthode, plus sournoise, relève de la bataille culturelle. Quand Christine Boutin reprend le slogan du Front de Gauche : « On lâche rien ! », je ne peux m’empêcher de penser au Maréchal Pétain qualifiant la République d’Ancien Régime. Retournement sémantique utilisé aussi dans l’expression « Révolution Nationale », quand le régime de Vichy était en réalité synonyme de contre-révolution. De même, quand Frigide Barjot parle de déni de démocratie, c’est en réalité son camp qui refuse le processus démocratique. La récupération terminologique n’est pas innocente. Il s’agit de créer un amalgame, de masquer les profondes différences idéologiques entre le camp du progrès et celui de la réaction. En nous disputant jusqu’à nos propres mots, nos adversaires empêchent le développement et la diffusion de nos idées.

Voilà donc ce que nous promettent ceux qui prétendent que nous faisons le jeu de l’extrême-droite. Comme dit le proverbe, « quand on veut noyer son chien, on l’accuse de la rage », et ce discours est bel et bien celui de ceux qui sont conscients de la honte de leur compromission. Ils veulent nous faire croire que nous les poussons au fascisme par notre refus de l’aliénation de classes, mais nous savons qu’ils se jettent dans les bras de cette idéologie funeste par haine de la classe ouvrière et de sa volonté d’émancipation.

Bonus musical : Les Béruriers Noirs – Porcherie

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Ding Dong The Witch Is Dead…

Ça faisait longtemps que je souhaitais publier un article sérieux et sans mots grossiers. Alors j’en ai confié la tâche à mon copain Pierre. Il s’en tire avec brio même si quelques grossièretés persistent : Thatcher, Reagan, Le Pen… Bref, je lui cède la parole et le remercie sincèrement pour ce super boulot.

À tous les Étienne Lantier,

Il y a de ça une semaine mourait Margaret Thatcher. Un ami me demandait encore aujourd’hui ce qu’on pouvait en penser, tant les avis exprimés lors de son décès ont été divers et bien souvent diamétralement opposés. De cela, nous ne sommes pas étonnés. Nous savons depuis longtemps que la lecture du monde est question d’idéologie. Et parce que nous savons de quel côté nous sommes, nous savons quoi en penser. Et puisqu’il est l’heure des funérailles, nous savons qu’il est également temps de solder l’héritage.

De celle qui fût la première dirigeante des Tories ainsi que la première – et pour l’instant la seule – femme à occuper le poste de Premier Ministre du Royaume-Uni, beaucoup a donc été dit. Certains ont voulu en faire un symbole. Étonnamment, ceux qui mettent en avant le fait que Thatcher était une femme pour la célébrer ne sont pas forcément ceux qui portent le plus le féminisme dans leur cœur. Mais c’est après tout fort logique, de la part des laudateurs de celle qui déclara que « le féminisme est un poison », et qui passa son temps à « essentialiser » les femmes, elles à qui il faudrait confier une tâche si l’on veut être certain qu’elle soit menée à bien. Elle qui interdit également toute « publicité » de l’homosexualité

Que retenir de Margaret Thatcher donc ? Qu’elle fut l’incarnation même, comme Ronald Reagan outre-Atlantique, du virage néo-libéral qui s’est étendu sur les grandes puissances capitalistes au cours des années 80. Probablement personne n’a mieux qu’elle semblé incarner une idéologie au sein de la deuxième moitié du XXème siècle. L’incarner avec force, constance et fierté. Quand elle arrive au pouvoir en 1979, Thatcher est investie d’un mandat précis : en finir avec l’État et tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la protection sociale. Force doit rester à l’entreprise et à l’économisme : la gestion comptable prime sur tout autre aspect. Fini le conservatisme tranquille à la papa. Le Royaume-Uni doit changer, et ce, dusse-t-il se transformer en champ de ruines.

Son programme libéral, Margaret Thatcher va l’appliquer sans en démordre. Privatisations massives, coupes dans les budgets sociaux, réforme de la City accompagnant la libéralisation de l’industrie financière… Thatcher n’a cure des protestations et des syndicats. C’est même pire que cela : elle sait qu’il faut, pour accompagner la désindustrialisation massive du Royaume-Uni, détruire les organisations ouvrières héritées de dizaines d’années de luttes. Comme Ronald Reagan en 1981 avec les contrôleurs aériens, elle va donc engager une lutte à mort avec l’un des plus grands symboles de l’histoire ouvrière : les syndicats de mineurs.

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Manifestation de soutien aux mineurs

Elle va donc annoncer la fermeture prochaine de vingt mines déficitaires, coïncidant avec la suppression de 20 000 postes. Et faire durer la grève. Le syndicat des mineurs, la National Union of Mineworkers (NUM), est rejoint par d’autres syndicats, notamment de dockers. Les ports se retrouvent totalement paralysés. Elle va alors menacer d’employer l’armée contre les dockers, rendre illégale les grèves de soutien aux mineurs, les piquets de grève devant les entrées d’usines… La police est employée pour empêcher les grévistes d’aller convaincre leurs collègues des autres mines de les rejoindre. La NUM se retrouve ainsi coupé de ses soutiens potentiels. En criminalisant l’action des mineurs, en la faisant durer le plus possible, elle joue la carte de la division au sein des mouvements ouvriers. Le parti travailliste s’éloigne des syndicats, la NUM se retrouve isolé, puis voit ses avoirs gelés, et, le temps passant, les travailleurs des puits non directement menacés de fermeture reprennent le travail.

Thatcher va également jouer la carte du pourrissement au sein même des collectivités de mineurs des puits. En laissant durer, en criminalisant la grève (il y aura plus de 11 300 arrestations), en faisant intervenir très régulièrement les forces de police, notamment pour escorter les non-grévistes jusqu’aux puits, elle sait qu’elle va durablement diviser les mineurs. Quand les derniers puits reprennent le travail, un an après le début de la grève, les mineurs n’ont rien obtenu. Leur syndicat est en lambeaux, le Labour a pris ses distances d’avec les syndicats, qui ne sont plus soutenus par l’opinion publique. Et plus que tout, c’en est fini des communautés de mineurs et de tout ce qu’elles représentaient. Ces hommes et ces femmes, qui avaient été parmi les premiers outre-Manche à mettre en place des mutuelles en prélevant sur leurs salaires, des lieux communs, qui avaient pris conscience de leurs intérêts de classe communs et de la nécessité de l’organisation pour leur défense, vont peu à peu disparaître du paysage économique et historique britannique.

Résultat de la politique thatcherienne ? Une production manufacturière qui ne retrouvera son niveau de 1979 qu’en 1990… année de son départ. Des régions entières minées par le chômage et tous les problèmes qui peuvent en découler (toxicomanie quasi épidémique, etc.). Une génération de jeunes chômeurs qui se dirigera en partie vers des groupuscules d’extrême-droite, notamment autour de la mouvance skinhead, qu’elle récupère à cette époque. Des inégalités qui augmentent massivement. Des services publics privatisés et dont la qualité du service s’est énormément dégradée.

Et cette politique jusqu’au-boutiste, Thatcher va la montrer également sur l’international, renouant avec un impérialisme décomplexé. La guerre coloniale des Malouines fera pratiquement 300 morts dans les rangs britanniques. Elle fera partie de ceux qui pousseront George Bush à la plus grande fermeté à l’égard de l’Irak après l’invasion du Koweit. Et surtout, elle se montrera sans pitié à l’égard des prisonniers nord-irlandais en grève de la faim pour exiger le statut de prisonnier politique. Dix d’entre eux mourront à Long Kesh dans l’indifférence la plus totale de la « Dame de Fer ».

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Bobby Sands, un des dix irlandais morts à Long Kesh

Finalement, Margaret Thatcher sera contrainte par son propre parti de quitter le pouvoir. L’instauration de la poll tax, un impôt immobilier particulièrement injuste puisque sa valeur est la même pour tous, quels que soient le revenu et le capital, sera la goutte de trop. Face au mécontentement populaire, le parti conservateur la contraint à démissionner au profit de John Major.

La période Thatcher laissera cependant une profonde trace au Royaume-Uni. Non seulement, comme on l’a vu, sur le plan économique, mais également sur le plan politique. Le mouvement social organisé autour des syndicats ne s’en relèvera pas. C’est à peine s’il commence à renaître de ses cendres, notamment autour d’associations plus ou moins « apolitiques » et décentralisées. Le parti travailliste s’en est quant à lui durablement éloigné. Confronté au profond glissement à droite de la politique britannique, il finira par s’en accommoder dans l’espoir de retrouver le pouvoir. Tony Blair incarnera ce New Labour de l’aggiornamento, qui théorise une troisième voie entre le capitalisme et le socialisme, désormais considéré comme une volonté de lutter contre des « injustices sociales », et non plus un horizon à atteindre.

On raconte d’ailleurs que, lorsqu’on lui a posé la question de savoir ce dont elle était la plus fière, Thatcher aurait répondu « Anthony Blair ». Que l’anecdote soit apocryphe ou pas, peu importe. Reste cette constatation : la transformation radicale de la société a disparu du champ idéologique du principal parti de « gauche » britannique. Qui n’a fait que poursuivre le travail de libéralisation économique de la société entamé par Thatcher.

L’erreur fondamentale serait cependant de ne considérer l’héritage de Thatcher que sous un angle britannique. Si elle fut peut-être la meilleure représentante du néo-libéralisme et de l’impérialisme, elle incarne justement toute une vague qui s’abattit sur le monde occidental de dirigeants européens prêts à tout pour venir à bout des acquis ouvriers et pour accompagner le mouvement de désindustrialisation. Il faut se rappeler qu’à l’époque, Jacques Chirac comme Jean-Marie Le Pen revendiquaient leur proximité avec Ronald Reagan, pendant viril du tandem anglo-américain. Nous ne serons donc pas étonnés du communiqué du FN à propos du décès de Thatcher, louant sa politique libérale et son « anti-européisme ».

Il faudrait en effet n’avoir que peu de mémoire pour voir dans le FN un opposant à la politique thatchérienne. Il faudrait oublier qu’elle fût une amie proche de Pinochet, qui mit en place au Chili sous la dictature les mêmes politiques théorisées par Milton Friedman. Oublier qu’elle a soutenu le régime d’apartheid face à l’ANC et à Nelson Mandela qu’elle qualifia de terroriste. Ce serait oublier que le capitalisme s’accommode très bien de la dictature quand cela lui est nécessaire. Et que l’extrême-droite, elle, est une composante assumée des forces capitalistes. Il serait également étonnant de ne pas voir que Thatcher et sa politique restent un modèle pour certains. On s’en réclame d’ailleurs en Corée du Sud… Il faudrait ne pas voir le parallèle entre la grande grève des mineurs britanniques et la grève des mineurs espagnols : des hommes et des femmes qui se battent pour défendre leur emploi, leurs mines et toute l’économie de leur région. Des hommes et des femmes criminalisés, auxquels on oppose les forces de l’ordre, et parmi lesquels on attend tranquillement que des dissensions se fassent sentir. Comment ne pas voir que quand on réprimait les manifestations de mineurs avec la police montée au Royaume-Uni, on envoyait en France les voltigeurs lors des manifs étudiantes. Que les mêmes privatisations, la même libéralisation économique et financière ont eu lieu des deux côtés de la Manche. Que, partout en Europe, les partis sociaux-démocrates ont renoncé à la lutte des classes et à la transformation profonde  de la société.

Queen

Allégorie

Le testament de Thatcher, le voici, et il est écrit du sang des ouvriers. Margaret est dans la tombe, et nous regarde en riant.

Un merci tout particulier à Nicolas, Jérémie et Élise,

Bonus multiples :

  • Dans Là-bas si j’y suis, reportage au Pays de Galles chez des mineurs qui ont racheté leur mine à sa fermeture et sur l’importance des communautés de mineurs au sein du mouvement ouvrier.
  • Toujours dans Là-bas… une série sur les années 80. Pour se rappeler que Thatcher n’était pas seule.

Bonus Football : Les Reds de Liverpool rendent un bien bel hommage à Maggie.

Bonus Musical : From « Wizard of Oz » musical – Ding Dong the Witch is dead

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La république n’est pas compatible avec le capitalisme

Y a-t-il vraiment une « affaire Cahuzac », comme il y a eu une « affaire Woerth » ? Ce simple mot, « affaire », enferme tout ce qu’il y a de moisi dans le fonctionnement de la Vème République. Dans le langage convenu des médias et des professionnels de la politique, on n’entend plus guère l’expression « être au pouvoir », le mot « pouvoir » est sale, connoté, le pouvoir c’est nécessairement le pouvoir sur l’autre, une illégitimité quasi-ontologique. Toujours donner l’illusion de ce qui est lisse, l’égalité proclamée par la novlangue. Non, la pensée dominante préfère l’expression « être aux affaires ».

Les affaires de l’État ? Rien n’est moins sûr. Du temps de Chirac, les « affaires » désignent un ensemble de magouilles dans lesquels tant de personnages publics ont trempé. Rien de grave, on pratique l’amnésie à grande échelle, le public oublie. C’est ainsi qu’on peut être mêlé jusqu’au cou dans une affaire sordide de sang contaminé par le virus du sida au milieu des années 80, il suffit d’être patient, on se relève de tout et on finit ministre des affaires étrangères.

Les affaires, c’est les affaires. Les affaires tout court. En Vème République, tout est dans tout, et réciproquement (sic). On dirige un cabinet ministériel, le temps de faire quelques relations, d’épaissir un carnet d’adresses bien utile une fois de retour dans le privé. C’est le système qui le veut, il s’est construit dans une logique de vases communicantes. On naît du bon côté de la barrière de classe, on fait des études de droit, de sciences politiques, on passe par l’ENA, par HEC, Polytechnique… On finit par proclamer élite ce qui n’est que consanguinité toute capétienne. L’un deviendra une figure importante d’un cartel de patrons, son tout petit frère sera président de la république. Pas de complot, juste des logiques cohérentes de préservation de classe.

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Woerth, Cahuzac, d’accord. Voilà les petits derniers d’une liste déjà longue de ceux qui se servent du système pour camoufler leurs magouilles. Avant eux il y a eu Dumas, Tapie, Tibéri, j’en passe et de bien meilleurs. Ces gens-là ne manipulent pas le système, ils sont le système. La liste est longue et s’allongera encore, car elle exprime l’essence de ce qu’est le capitalisme : la recherche du profit maximal par tous les moyens. On peut décider de « moraliser la vie politique », créer pour cela une commission, mettre à sa tête un ancien premier ministre et sans la moindre once de second degré y inclure une ex-ministre VRP en pharmacie. Cela conduira à un changement des règles du jeu, peut-être, mais le jeu continue.

Après Cahuzac, qui viendra ? Peu importe au fond, qu’il soit issu du PS. UMP et FN ont fait leurs preuves dans l’escroquerie. Soyons honnête jusqu’au bout. Remplacez Cahuzac par mon voisin du dessus ou mon boucher, rien ne changera, personne n’est pur. Il n’est pas tellement question de personnes physiques, le véritable problème est que la corruption, la fraude et autres travers vénaux sont consubstantiels au capitalisme.

Vite, la révolution !

Vite, la révolution !

Depuis que la monarchie a cessé d’être sérieusement envisagée en France comme alternative politique, la République s’est peu à peu éloignée de ses buts premiers. Alors qu’elle devrait être perçue comme le choix d’un système politique, elle est reléguée au rôle de fonctionnement institutionnel du capitalisme. Sous la Vème république, les élus du Front de Gauche ne pourront jamais guère faire mieux que contribuer à limiter la casse sociale, notamment au plan local. Mais même quand nous serons majoritaires au niveau national, cette fausse république au service de l’oligarchie nous enchaînera. On ne pourra pas mener une véritable politique de gauche dans son cadre.

L’appel que nous avions lancé lors de la dernière campagne présidentielle n’était pas un hochet, un produit marketing de campagne. C’est une nécessité, la condition sine qua non de notre réussite. La Vème République, c’est la confiscation de la souveraineté populaire au profit de l’oligarchie, c’est une république en trompe l’œil.

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Cet appel, nous le renouvelons aujourd’hui. Nous voulons la VIème République car nous voulons rendre le pouvoir à son seul propriétaire légitime : le peuple. Nous voulons la VIème République car nous voulons la République.

EDIT : Pour aller plus loin sur le sujet : Pour la VIème République : Et que vive la Sociale

Images : Naz Oke

Bonus musical : Midnight Oil (encore) – Redneck Wonderland

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L’arbre qui cachait une forêt (brune)

Au départ, donc, il y a un scandale politico-financier devenu trop banal. Comme son prédécesseur du précédent quinquennat, Monsieur Éric Woerth, Jérôme Cahuzac est démasqué. Les deux sont réputés pour leur expertise en termes de finances, une expertise telle qu’on finit par les prendre la main dans le sac. Pour le petit prolétaire que je suis, les sommes sont vertigineuses, pas pour nos protagonistes. Eux qui tutoient la bourgeoisie, la vraie, celle qui prend bien soin de ne pas faire parler d’elle, ça devait ressembler à des pourboires. Plus sérieusement, il y a de quoi s’interroger. Il me semble avoir retenu de la théorie monétaire de Marx la notion de « fétichisme de l’argent ». Être ministre « en charge des sous » dans un tel système, n’est-ce pas nécessairement installer un loup dans une bergerie ? Autrement dit, peut-on être un ministre de l’économie compétent sans être vénal, avec les conséquences que l’on voit quand cette logique est éprouvée jusque dans ses derniers retranchements. Je pose des questions, chacun proposera ses réponses.

Au moment de l’affaire Woerth, le président Sarkozy, jamais avare de voler au secours des escrocs et des dictateurs, avait décrit Mediapart en ces termes : « une officine au service de la gauche ». Aujourd’hui, Sarkozy aussi est mis en examen. Dont acte. Mais si Mediapart a ouvert le feu en premier, avec un dossier manifestement solide, n’en déplaise à certains, ce n’est pas une officine au service de la gauche qui sort le dossier explosif du jour. C’est un célèbre quotidien vespéral – dont on sait qu’il ne peut être soupçonné de sympathies pour le Front de Gauche – qui braque les projecteurs sur l’extrême droite.

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Alors que l’instruction du dossier Cahuzac démarre à peine sur le plan judiciaire, la pièce qui se joue sous nos yeux – ébahis, il faut bien le reconnaître – voit naître des personnages ô combien chatoyants. Ainsi, on apprend que le compte UBS de l’ex-ministre a été ouvert par un tiers, le dénommé Philippe Péninque. Dans le langage médiatique policé, l’attribut consacré est « sulfureux ». Dans le mien, on peut choisir entre crapule, ordure, résidu de tourista ou encore le très à la mode salopard. Son CV parle pour lui, voyez plutôt :

« Philippe Péninque, 60 ans, n’est pas un inconnu pour ceux qui suivent les affaires de l’extrême droite. Cet ex-membre du GUD, un syndicat étudiant d’extrême droite radicale, connu pour sa violence, est aussi ancien membre fondateur d’Egalité et réconciliation. Il fait aujourd’hui partie des conseillers officieux de Marine Le Pen. En 2007, il avait réalisé l’audit du Front national. »

Ce bien triste sire est par ailleurs associé à un autre personnage peu ragoutant, Jean-Pierre Eymié, dont on apprend que ses petits camarades gudards l’ont affublé du doux surnom de « Johnny le boxeur ». Tout un programme, d’autant plus alléchant que ces deux là forment avec l’homme qui n’a jamais cru à la lutte des classes une bande suffisamment intime pour pratiquer ensemble le golf et les week-ends à la mer. Je sais bien qu’on n’est pas responsable des méfaits de nos amis, mais tout de même, dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. Là on est quand même sur de la crevure de première classe. Il y a de quoi s’interroger.

À ce stade, deux points me paraissent importants à prendre en compte. Je veux bien accorder à chacun le bénéfice du doute sur sa connaissance des activités frauduleuses d’un membre du gouvernement, encore que cela soulève bien des interrogations. L’évasion fiscale est un passe-temps qui gagne à être pratiqué avec discrétion. Néanmoins, on ne devient pas ministre du jour au lendemain, Monsieur Cahuzac n’a pas été désigné à un poste aussi important que le sien à l’issue d’un tirage au sort, parmi d’autres inconnus. S’il a été choisi, c’est parce que messieurs Hollande et Ayrault connaissaient sa position idéologique. Ils ont donc sciemment donné leur confiance à un homme qui, bien qu’issu de leurs rangs, n’est manifestement pas un homme de gauche. Pouvaient-ils ignorer que ses sympathies allaient si volontiers à l’extrême-droite française la plus nauséabonde ? Une fois de plus, je pose la question, et je ne la pose pas qu’au gouvernement, mais à l’ensemble du Parti soi-disant socialiste. Il y a quelques semaines, Harlem Désir, qui s’est empressé d’aboyer avec les loups lorsque Jean-Luc Mélenchon a été flétri par des accusations infâmes, condamnait « fortement les attaques et les calomnies sans fondement à l’encontre de Cahuzac. » En voilà encore un qui n’en rate pas une.

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L’autre élément fort intéressant, c’est le glas du positionnement « anti-système » du Front National. Toute la crédibilité du parti qui sent bon l’OAS et les Croix de Feu repose sur l’idée qu’il représenterait une alternative sérieuse aux ploutocrates, au technocrates, etc. La communication du « tous pourris » est une stratégie efficace, tant l’État capitaliste lui donne régulièrement du grain à moudre. Pour paraître honnête, rien de tel que de dénoncer les travers des autres. On paraît toujours moins sale une fois qu’on a couvert de boue ses adversaires. Bien souvent, ceux-ci n’ont même pas besoin qu’on les aide.

Sauf que cette fois-ci, patatras, cette idéologie rance dévoile sa structure de château de cartes. Et la carte de trop, celle qui fait s’effondrer l’édifice, a été posée par Jérôme Cahuzac. Dans cette affaire, l’extrême droite française montre son vrai visage. Ses membres s’accommodent très bien du système capitaliste dont ils sont les bénéficiaires patentés. Ses leaders pourront bien s’offusquer et démentir, leur opposition est bel et bien une posture, un épouvantail idéologique. Parlez leur de leur porte-monnaie, et les barrières de papier qu’ils ont bâties eux-même se déchireront bien vite. Nous en avons désormais une nouvelle preuve, le fascisme est bien une forme aboutie et nauséabonde du capitalisme. Et cette fois, je ne me pose plus la question, j’affirme.

Bonus musical : Midnight Oil – Beds are burning

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Dans une semaine, à La Courneuve

Pour Jérémie et Sophia

Le week-end prochain aura lieu la fête de l’Huma. Si vous n’étiez pas au courant (!), c’est chose faite. Rendez-vous annuel pour la plupart d’entre nous, on sent monter depuis le mois d’août cette forme d’impatience à se retrouver, dans des conditions des plus joyeuses. D’abord parce que s’il y a toujours un enjeu, il n’est pas de la même nature que les manifestations contre des plans de licenciements ou des expulsions de sans-papiers. L’enjeu prend un peu de distance, on cesse d’être sur ce fil qui nous rend combatifs tout en nous épuisant. La forme de cette fête n’est pas sans rappeler les festivals qui font notre joie l’été, avec ses différentes manifestations culturelles au premier rang desquelles les concerts dont les têtes d’affiche n’ont rien à envier aux événements organisés à Belfort, à la Rochelle ou au domaine de Saint-Cloud. Enfin, c’est l’occasion pour bon nombres de camarades éloignés géographiquement de se retrouver pour l’occasion, de trinquer, de discuter, de rêver un peu ensemble.

Autour de moi, combien me disent que c’est leur dixième, leur vingt-troisième, leur trente-deuxième fête de l’Huma ? Mon impatience est supérieure à la leur, car contre toute attente, ce sera ma première fois. Bien des raisons l’expliquent, j’en retiens deux. La première, c’est que n’étant parisien que depuis peu, septembre a longtemps été un mois peu propice à ce genre d’activités. On subit la rentrée, on prend ses marques dans un quotidien qui a changé, on a vidé le compte en banque pour aller draguer dans les bodegas en Espagne, c’est loin, la programmation musicale est franchement pas terrible cette année… bref, pas motivé. L’autre, c’est que mon engagement politique est presque aussi neuf que ma présence dans la capitale. Entendons-nous bien, ma conscience de classe et ce qu’elle implique de nécessité révolutionnaire est ancienne, mais l’acte concret d’engagement est récent. J’ai longtemps été gauchiste, cette maladie infantile (sic) qui consiste à assimiler la prise en compte des rapports de force dans la société capitaliste, et les décisions qu’elle impose, à un comportement pro-bourgeois/contre-révolutionnaire (pas de mention inutile). Je ne vise personne. Étudiant, voulant sortir de ce gauchisme qui faisait de moi – de fait – le leader d’un groupuscule d’extrême-gauche composé de moi-même et dont la ligne idéologique était mon nombril, je décidai de me joindre à d’autres que je croyais communistes. Las, ils n’étaient en fait que d’autres gauchistes, plus bêtes encore que moi, car chantant en chœur, des âneries consciencieusement apprises par cœur. Ce jour là, je prenais mes jambes à mon cou et dévalisai le rayon « marteaux, faucilles et piolets » du premier magasin venu.

La suite de l’Histoire, vous la connaissez au moins dans les grandes lignes. On mûrit intellectuellement, on fait sien des combats qui en valent la peine, on rencontre enfin des personnes qui méritent qu’on les écoute, on s’engage.

Alors, témoin de ce remue-ménage autour de la fête de l’Huma, je ne peux m’empêcher de ressentir une certaine fébrilité. Je vois les autres planifier leur programme pour les trois jours, sachant que choisir sera forcément renoncer. Je dois impérativement sortir de ma logique « à l’arrache » car bien trop de choses me font envie et je risque de renoncer à bon nombres d’entre elles si je ne m’organise pas.

Voyons, je suis obligé d’aller voir New Order pour régler de vieux conflits familiaux avec papa. J’hésite à aller voir Shaka Ponk, ça ferait la quatrième fois cette année, mais comme à chaque événement d’importance, on murmure que Bertrand Cantat pourrait faire son apparition. Mon cœur de bordelais ne se consolerait pas d’un tel ratage. Il y a aussi le débat sur le Front National, où je sais que nous serons nombreux, et où mon petit doigt me dit qu’il devrait y avoir de quoi rigoler. La légendaire Patti Smith, quant à elle, n’a pas besoin d’être présentée, et je pense enfin à tous les stands de partis et d’associations où je glanerais mes lectures de l’hiver. En fait, la fête de l’Huma, on devrait faire ça sur un mois, aux frais du patronat de préférence, parce que trois jours ça va être dur.

Allez, c’est décidé, je me pense un emploi du temps pour en rater le moins possible. Au plaisir, ami lecteur de te croiser là bas le week-end prochain.

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