Archives de Catégorie: Musique

Avec Agora Fidelio, face à ses yeux verts…

Dans la vie, on parvient parfois à s’extraire de la monotonie quotidien pour s’offrir quelques secondes d’éternité. Il y en a un, vieux de six ans, qui est encore intact dans ma mémoire. J’étais passager d’une voiture, quelque part sur une route escarpée d’Ariège. La jolie femme aux yeux verts au volant ce jour là étaient de ceux qui apprécient la perfection de la scène finale de Fight Club. L’arrivée de Where is my mind des Pixies au millième de seconde près, un pur moment de génie. Elle connaissait par cœur cette route de son enfance, au point de pouvoir lancer la chanson Altitude Zéro au moment parfait pour que la musique devienne la bande originale de notre escapade, pour que les paysages défilant sous mes yeux se transforme en un clip aux allures bucoliques.

Il y a des histoires musicales où la scène est profondément liée à ce qu’on a de plus intime. Le chanteur d’Agora Fidelio, car c’est de ce groupe toulousain qu’il s’agit, j’en avais déjà entendu parler. Il hurlait depuis un moment déjà dans le micro de Psykup, groupe de métal d’une scène toulousaine jamais avare de créativité musicale. J’avais quelques potes qui en étaient complètement fondus. Le métal, j’ai souvent du mal, et Psykup ne dérogeait pas à la règle. J’ai toujours trouvé épatant la capacité de Matthieu à hurler une violence quasi-bestiale dans Psykup et produire un chant doux et subtil avec Agora Fidelio.

Photo : Mélodie Oxalia

Photo : Mélodie Oxalia

Doux, subtil, mais pas moins violent. Ici, la violence est toute cérébrale, comme de la haine à froid. Non, « haine » n’est pas le bon mot. C’est plutôt le chant d’une mise à nu. On y trouve la douceur, la beauté de l’intimité, mais aussi ses souffrances et ses plaies. Il y a dans les textes d’Agora Fidelio une forme de romantisme sombre qu’on ne trouve guère que chez Noir Désir, Bashung ou Thiéfaine. Et à ce jeu, le groupe toulousain tire son épingle du jeu avec un brio sans cesse renouvelé. Il y a filiation artistique, mais jamais l’ombre d’une imitation.

Cette force littéraire, l’expression crue de la fragilité des hommes, on ne pourrait pas y prêter toute l’attention qu’elle mérite sans la force de composition musicale qui l’accompagne. Quand je les ai découverts, bien des groupes s’essayaient au post-rock avec un syndrome de mégalomanie instrumentale. De la même manière que certains digèrent mal Marx et sombrent dans ce que Lénine appelait La maladie infantile du communisme, bien trop de musiciens voient dans le post-rock l’expression pompeuse de délires narcissiques. Le rock progressif a eu le même problème. Agora Fidelio, c’est au contraire une formation réduite aux fondamentaux du rock : Basse/Batterie/Guitare/Chant pour l’essentiel. Des thèmes le plus souvent mineurs, des arpèges soignés, et on se trouve en quelques mesures dans cette zone démilitarisée du rock, un no man’s land musical où tout est à construire.

Agore Fidelio - Altitude Zéro

Agore Fidelio – Altitude Zéro

Quand je sens venir en moi cette montée de rage impuissante que connaissent si bien ceux qui sont à fleur de peau, je n’ai plus besoin de m’écorcher les phalanges en tapant des les murs, je mets un disque d’Agora Fidelio, et ma chaîne hi-fi s’en charge pour moi.

Bonus Hadopi : Agora Fidelio – Si tu savais comme

Bonus vidéo : Agora Fidelio – Finir à Paris

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Tokyo Jihen, ça n’est pas de la musique, c’est du génie.

Pour Lionel, évidemment

C’est un sujet clivant. S’il s’agissait de politique, les gens n’auraient même pas besoin d’alcool pour s’engueuler sur ce thème. Il s’agit de Musique, avec un grand M. Il s’agit de Tokyo Jihen ( 東京事変 ) et de sa chanteuse Shiina Ringo ( 椎名 林檎 ). Pour certains : une abomination kitsch miaulée plus que chantée, pour les autres du pur génie. Jamais auparavant je n’ai eu le sentiment de m’attaquer à un sujet aussi vaste, mais je vais faire un effort, je vous le dois. Je ne sais par où commencer. J’ai envie de vous parler de Goraku ( 娯楽, aussi connu sous le nom de « Variety »), mon album préféré, le troisième, sorti en 2007, ou retracée l’épopée de la prolifique carrière musicale de la belle japonaise, qui a 34 ans seulement en est à presque 15 ans de carrière, avec un succès au Japon comparable à celui de AC/DC ou U2.

Le mieux est encore de tenter de vous faire découvrir tout cela un peu comme je l’ai découvert. C’est mon prof de guitare qui m’a montré un extrait d’un live, pour une chanson qu’il voulait qu’on bosse. Un extrait, puis un autre, comme j’étais pressé, je ne suis resté que deux heures devant sa télé, sans même penser à m’asseoir. Deux jours plus tard, une seconde session, presque tout un après-midi, à me goinfrer de cette musique inclassable dans ce salon non-fumeur, sans jamais ressentir le besoin d’en griller une. Je me suis alors trouvé face à une discographie à l’étendue vertigineuse. Trois albums en solo, puis cinq avec Tokyo Jihen, et un autre album solo en 2009. Et je ne parle que des formats standards, enregistrés en studio. Voilà un an que j’ai découvert Shiina Ringo, et il faut bien être honnête, je ne me suis pas encore plongé dans la totalité de son œuvre. Il faut dire que je prends mon temps.

tokyojihen

J’ai d’abord eu le coup de foudre pour une chanson, Kabuki-Cho No Jouu ( 歌舞伎町の女王 ), chanson pop’ pourtant pareille à aucune autre, avec ses phrases de fin de couplets interminables. Et puis j’ai beaucoup écouté le deuxième album, où s’affirme la volonté artistique de toujours être là où on n’est pas attendu, avec un talent jamais démenti. Du rock à la pop, de la pop au jazz, du jazz à l’électro et ainsi de suite. Même s’il est difficile d’apprécier sans réserve chaque mesure de chaque morceau, force est de reconnaître que les morceaux ratés se comptent sur les doigts d’une seule main, et je suis sévère.

En fait, je n’avais pas ressenti une telle claque musicale depuis ma découverte de Radiohead. Comme chez les rockeurs intellos d’Oxford, on retrouve ce goût de la remise en question artistique permanente, ce soucis de n’écrire un morceau que s’il apporte quelque chose de neuf. Parfois sombre, parfois sucré, toutes les émotions sont expérimentées. Ça va même plus loin : on est ici en présence de véritables génies – et je pèse mes mots – , virtuoses de technique autant que de création, assumant leurs clin d’œils aux anciens (je pense entre autres à l’hommage fait aux Doors dans Tsukigime Hime ( 月極姫 ), pratiquant le kitsch délibéré avec talent et tout cela avec l’humilité qui permet l’auto-dérision.

shiina ringo

Aujourd’hui, c’est Goraku ( 娯楽 ) qui m’accompagne au quotidien. La folie d’OSCA, la puissance sombre de Fukushu ( 復讐 ), la détresse violente de Sake To Geko ( 酒と下戸 ), j’en passe…

Bref, je devrais peut-être le préciser, pour éviter toute déception, il y a quand même un truc bizarre avec Tokyo Jihen : c’est presque toujours en Japonais.

Bonus Hadopi : Shiina Ringo – Kabuki-Cho No Jouu et Tokyo Jihen – Tsukigime Hime

Bonus vidéo : Tokyo Jihen – Toumei Ningen

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Skunk Anansie – Live @ Paris Zénith 11/24/12

Je déteste l’approche de l’hiver, pour tant de raisons que les énumérer serait d’un ennui abyssal. Je me contenterai de dire que je suis « hélio-dépendant », alors Paris fin novembre… Pourtant, au cœur de ce qui est chaque année ma période la plus sombre, il est des soirs où l’expression « joie de vivre » est à prendre au pied de la lettre. La journée de samedi en a fait partie. En début d’après-midi, j’ai retrouvé un vieil ami expatrié à Metz, un ami de la bande des bordelais, un ami de cette époque dorée où la vie s’ouvre à nous, pleine de mille promesses. L’occasion était trop belle, voir pour la première fois en concert Skunk Anansie, ce groupe découvert petit à petit, à l’adolescence, avec des chansons comme « I can dream », « Selling Jesus », « Hedonism » ou encore « Secretly ». Pour ma part, j’avais découvert la chanteuse, Skin, en première partie de Placebo il y a 9 ans, et déjà à l’époque j’avais été sidéré par l’époustouflante prestation scénique capable de conquérir un public venu pour d’autres musiciens.

Alors c’est la fleur au fusil que mon compère et moi-même somme partis à la Villette, au Zénith, cette salle que je fuis comme la peste tant la piètre qualité du son est une injustice faite aux musiciens qui s’y produisent. Ce soir pourtant, rien ne nous découragera. Pas l’absence de vestiaire qui nous contraint à garder avec nous un sac à dos plein à craquer de nos manteaux, pas le son abominable d’une basse trop saturée qui éclipse les arpèges de guitare sur « God loves only you », pas même un public de trentenaires bien trop sages, bien trop soigneux et soignés, bien trop « photo de famille » : les grands derrière, les petits devant.

Tout cela, le quatuor britannique nous le fait oublier. Leur énergie ne frise pas la démesure, elle la franchit, l’outrepasse allègrement. Skin, dans la plus pure tradition glam, tenue moulante aux allures baroques, enchaîne les slams, marche littéralement sur le public, impose sa loi. Les autres musiciens donnent toujours un peu plus, occupant la scène comme s’ils posaient pour un tableau d’Edward Hopper, comme s’ils tournaient pour Kubrick, portent en eux une esthétique de l’éphémère.

L’auteur de ces lignes montre les bracelets de festivals accrochés à son poignet droit dans la vidéo ci-dessus. Sauras-tu le retrouver ?

De mon côté, et avec quelques autres, je bascule dans un autre monde. Le show m’hypnotise, mes années de cigarette s’effacent alors que le bougeomètre passe en zone critique, sans que jamais je ne m’essouffle. « Charlie Big Potatoe » et son violent riff, presque malsain, me laissera même des courbatures à la nuque dont je me plains encore. Skin joue toujours plus avec le public, multipliant entre les chansons les interventions provocatrices, et quand elle annonce que les chansons de Skunk Anansie sont « a little bit political », tout le monde s’attend à entendre « Yes, it’s fucking political ». Ravi de surprendre le public, Cass, le bassiste au chapeau à plume, interprète les premières notes de « Twisted (everyday hurts) ». Les mots me manquent pour décrire ce moment, je sais simplement qu’il est gravé à tout jamais dans ma mémoire.

Par dessus tout, Skin se comporte comme si c’était une simple soirée entre amis. Quand elle remercie le public d’avoir payé pour venir les voir, alors que les salauds qui nous dirigent passent leur temps à nous faire les poches, elle n’hésite pas à ajouter qu’elle n’aurait pas pu nous en vouloir d’économiser notre argent pour des choses plus urgemment vitales. Skunk Anansie est un groupe dont les textes ont toujours été politiques, depuis « Intellectualise my blackness » jusqu’à « This is not a game ». C’est un groupe qui a des valeurs humanistes dans lesquelles je me reconnais, et qui propose une performance scénique cohérente avec ces valeurs. Dès lors, il ne faut pas s’étonner que Skin ne craigne pas de venir chanter l’intégralité de « Little baby swastikkka » (notez les trois K) au beau milieu de la foule, déclenchant d’un signe les pogos de chaque refrain. J’ai beau chercher comment décrire ce que je pense de ce genre d’initiatives, je peux simplement témoigner de l’immense respect d’artistes pour un public qu’ils aiment, je crois, d’une sincérité profonde et authentique. Alors pourvu qu’ils reviennent vite, car sans hésiter moi-même je reviendrai.

Set-list (avec quelques incertitudes sur l’ordre des chansons)

  1. The Skank Head
  2. I Will Break You
  3. I Believed In You
  4. God Loves Only You
  5. I Hope You Get To Meet Your Hero
  6. Twisted (Everyday Hurts)
  7. I’ve Had Enough
  8. My Ugly Boy
  9. Weak
  10. Hedonism (Just Because You Feel Good)
  11. Our Summer Kills The Sun
  12. This Is Not A Game
  13. Over The Love
  14. I Can Dream
  15. Spit You Out
  16. Because Of You
  17. Sad, Sad, Sad
  18. Charlie Big Potatoe

First Encore

  1. Tear The Place Up
  2. Secretly
  3. Little Baby Swastikka

Second Encore

  1. You’ll Follow Me Down
  2. Satisfied ?

Bonus : Skunk Anansie – Twisted (everyday hurts) @ Paris Zénith

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Radiohead @Bercy – 10/12/12

Pour ceux que j’aurais croisés s’ils m’avaient prévenu de leur présence !

Que de concerts depuis un peu plus d’un an que je vis à Paris. En cette soirée de vendredi, après deux semaines fatigantes qui m’ont pas mal éloigné de l’écriture, un début de crève qui n’a rien arrangé, je me complais à en faire un petit bilan. Quelques très bons moments, avec Kasabian au Zénith, Shaka Ponk à l’Olympia, Green Day à Rock en Seine ou encore Thiéfaine à la Fête de l’Huma. Mais au bout du compte, je n’ai pas encore vécu de ces spectacles qui restent gravés dans les mémoires. Rien de comparable au concert de Placebo à Lille le 12 avril 2001, ni à celui de Muse à Bercy le 18 novembre 2003. Bercy, justement, c’est là que je me rends ce soir, pour y voir un groupe découvert alors que j’étais en Seconde 4 au lycée Picasso. OK Computer, grâce à toi, j’en ai dragué des lycéennes, puis des étudiantes. Mais pas que. Grâce à toi, j’ai appris à jouer de la guitare sans overdrive ni distorsion. C’est bien de Radiohead dont je parle, un des derniers groupes qui soit parvenu à connaître un succès planétaire tout en conservant son intégrité artistique, en s’autorisant toutes les prises de risque, presque toujours avec talent. Je me souviens de la première fois que j’ai entendu Everything in its right place, un matin sur France Inter, en sortant de la douche. Je me souviens de la veille de mon oral de latin au bac, où j’avais dit à ma sœur : « C’est trop tard pour réviser, en revanche Radiohead vient de sortir Amnesiac, si tu me conduis au magasin aujourd’hui, ils auront peut-être encore l’édition collector ».

Amnesiac, l’édition collector

L’enjeu est donc de taille, surtout après la soirée cauchemardesque de Muse à l’Olympia. Cette fois, le lieu est moins accueillant, et avec l’amie qui m’accompagne, nous déplorons l’absence de vestiaire et pire, nous nous demandons où est ce putain d’accès à la fosse. Un concert de Radiohead assis, c’est hors de question ! Bercy, je n’y ai pas mis les pieds depuis 2003, et pour des raisons évidentes, ça ne me manque pas tellement. Quiconque aime la musique live sait que la qualité du son y est telle que c’est probablement le pire endroit où aller voir un concert à Paris. Qu’importe, quand c’est le seul choix proposé, on fait contre mauvaise fortune bon cœur.

Bref, nous y voilà, avec cette vieille amie à qui je pardonne plus facilement de militer à l’UNSA depuis que je sais que j’ai un copain cédétiste. Le public est plus âgé qu’aux derniers concerts auxquels j’ai assisté, cette fois je fais partie des plus jeunes. Autour de moi, la foule entre 25 et 40 ans est moins agitée que pour un concert de Shaka Ponk, du genre à pratiquer la douce rébellion. Malgré les interdictions, l’espace est vite enfumé par nos cigarettes. Il faut dire qu’il n’y a pas de quoi sanctuariser Bercy. On papote, assis, on attend fébrilement.

Bercy, cette salle qu’on évite autant que possible.

Les lumières s’éteignent une première fois pour offrir la scène à Caribou, groupe d’électro-bruit dont la présence m’insupporte rapidement. C’est toujours pareil avec les premières parties. Soit c’est chouette et on regrette que ce soit si court, soit c’est pénible et on attend en trépignant d’entendre « This is our last song. » Je resterais les bras croisés si ce vomi musical ne me contraignait pas à me boucher les oreilles. Je ne m’en formalise pas, je sais d’expérience qu’une première partie n’engage en rien la prestation à venir.

Les lumières se rallument enfin, le temps des derniers réglages de balance et de mise en place d’artifices visuels. Quand les lumières s’éteignent pour la deuxième fois, sous la clameur de 18,000 personnes, c’est justement cette mise en scène visuelle qui me frappe en premier. J’apprécie la performance musicale, bien sûr, mais sans surprise, Radiohead entame son set par des chansons récentes, que je n’ai pas ou peu écoutées, leurs deux dernières productions m’ayant laissé, il faut bien l’avouer, de marbre. Je ne suis pas encore tout à fait « entré » dans le concert, un géant me bloque la vue de la scène, alors je regarde un peu au dessus, et suis immédiatement conquis par ce qui se joue. Une dizaine d’écrans, comme des petites toiles, sont suspendus au dessus des musiciens, les prises de vue sont parfaites, les mains de Phil Selway tenant fermement ses baguettes, la tête de la basse de Colin Greenwood, l’éternelle mèche de son frère Johnny, l’œil à moitié fermé de Thom Yorke. On se croirait au Louvre, à ceci près que les couloirs de la renaissance italienne sont surchargés par trop de toiles. Ici, la proportion est parfaite.

L’image, à la hauteur du son…

Très vite, avec l’aide du batteur de Portishead, présent en tant que musicien additionnel sur la tournée, Phil Selway déclenche ces percussions caractéristiques de There, there. Ed O’Brien a lui aussi troqué son médiator contre des baguettes, Thom Yorke le remplaçant à la guitare. La puissance de la chanson me frappe comme elle m’avait frappée dès sa première écoute. Je revois ce vieil ami, il y a près de dix ans, m’apprenant les bases de cette chanson, et j’entre dans une espèce de transe, solitude heureuse au milieu d’une foule conquise. « We’re all accidents, waiting to happen… » Je bondis comme un cabri, j’ai les larmes aux yeux.

Dès lors, je réclame que ne soient jouées que des chansons antérieures à l’album Hail to the thief. À la fin de chaque chanson, je me tourne vers ma complice du jour : « Et maintenant, Paranoid Android ! » Je ne suis pas exaucé, mais je redécouvre avec la joie du live certains morceaux qui me paraissaient fades dans leur version studio. Et puis, malgré tout, les musiciens d’Oxford ne sont pas avares de titres plus anciens. J’entends alors cette ligne de basse lancinante, un peu haletante, comme hachée par les interférences d’une mauvaise radio. Je deviens incontrôlable : « Oh putain ! The gloaming ! » À ce stade, je passerais inaperçu à une réunion d’autistes. Cette chanson a sur moi l’effet d’un bon vieux buvard à l’ancienne. À voir Johnny Greenwood s’amuser avec son Mac, j’ai peine à affirmer que c’est du 100% naturel, mais presque.

Et puis très vite, on fait un nouveau saut dans le temps, avec  I might be wrong, suivie de près par You and whose army. Cette fausse musique douce. On rentre à mes yeux dans ce que Radiohead a produit de meilleur, la parfaite synergie des instruments classiques avec le potentiel électronique. Ce jour où Radiohead a contribué a inventer le post-rock, invention stylistique qui serait heureuse si seulement ils n’étais pas seuls à la maîtriser ! Mais le plus inattendu est à venir. Les premières mesures suscitent mon étonnement, pour ne pas dire circonspection, mais le doute est vite dissipé. Ce n’est pas un vieux tube racorni, mais bien une chanson écoutée mille fois qui vient de démarrer : Planet Telex, le morceau d’ouverture de leur deuxième album, The Bends, sorti en 1995. Passé ce moment unique, je fais à ma voisine la réflexion que la voix de Thom Yorke n’a rien perdu de sa qualité. Elle me rétorque à juste titre qu’elle s’est au contraire améliorée.

The Bends – 1995

On n’a pas le temps de souffler qu’on retrouve l’album Kid A, avec le très célèbre National Anthem, moment de pure musique électronique. Cette ligne de basse brutale, violente s’associe à une voix fragile qui sonne comme un appel au secours. On en prend plein les oreilles et plein les yeux, le souffle est coupé, et on peine à le retrouver, tant les artistes sur scène, eux, n’en manquent pas. Je réclame à nouveau Paranoid Android, puis j’assiste à un énième changement d’instruments. C’est alors que je vois Thom saisir une guitare acoustique. « Ah ». Johnny récupère sa fameuse Telecaster. « Ah ». Thom regarde le public. « Ah ! Ah ! Ah ! » Ça y est. La foule désormais en délire est prête à reprendre en chœur la plus belle chanson écrite dans les années 90. Six minutes d’une dissertation musicale en trois parties. Et 18,000 personnes à l’unisson. Et les créateurs de cette bombe le savent bien, décidant alors de quitter la scène. J’ai presque envie de dire Coïtus Interruptus, et ils ont bien raison.

Quand ils reviennent, on se dit que seul un morceau de OK Computer peut décemment succéder à Paranoid Android, et eux-mêmes semblent l’avoir compris. Alors les larmes à nouveau nous coulent des yeux, pour la montée en puissance d’Exit Music. « And now, we are one, in everlasting peace… » Encore quelques morceaux, on les croit repartis pour deux heures de concert, ils quittent à nouveau la scène, la réinvestissent, la quittent après avoir interprété Everything in its right place, puis se décident à nous dire une dernière fois au revoir au son joyeusement pop de Idioteque.

Voilà, j’ai vu Radiohead. C’était la première fois. 2H30, c’était trop court. J’en ai plein les yeux, plein les oreilles surtout. Dès que j’en ai l’occasion, je remets ça.

Bonus : La set-list du concert.

  1. Lotus Flower
  2. Bloom
  3. There, there
  4. The daily mail
  5. Myxomatosis
  6. Bodysnatchers
  7. The gloaming
  8. Separator
  9. I might be wrong
  10. Videotape
  11. You and whose army
  12. Nude
  13. Planet telex
  14. The national anthem
  15. Feral
  16. Paranoid Android

1st Encore :

  1. Exit Music (for a film)
  2. Staircase
  3. Morning Mr Magpie
  4. Weird fishes/Arpeggi
  5. Reckoner

2nd Encore :

  1. Give up the ghost
  2. Everything in its right place

3rd Encore :

  1. Idioteque
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Muse : L’être (en retard) et (surtout) le néant.

J’aurais pu vous parler du dernier album de Muse, mais ami lecteur, je t’aime. Même toi, le trotskiste. Non, pas toi le ségoléniste : je te connais, tu ne sais même pas lire.

Donc, plutôt que de subir « The second law », ce qui vous rappellera immanquablement ces heures passées à potasser les fluides incompressibles et l’expérience de Torricelli avec pour seule consolation le moment où Le Mouv’ diffusait une chanson intitulée Bliss, j’ai décidé de vous parler musique.

Aujourd’hui, moment détente, où je ne peux que vous suggérer d’écouter à nouveau ces petits bijoux déjà appréciés cent fois. Ceux qui veulent de la douceur, je les invite à choisir Grace, de Jeff Buckley, ou bien OK Computer de Radiohead. Ceux qui veulent quelque chose d’un peu plus rock, je leur recommande l’album Mutter de Rammstein, ou le très épicé Evil Empire de Rage against the machine. Pour ceux qui veulent quelque chose de plus old-school, pourquoi ne pas se replonger dans le troisième album de Led Zeppelin ou le chef d’œuvre d’AC/DC, Back in Black. Si vous êtes dans un délire punk, London Calling des Clash fera l’affaire, mais on peut choisir Crossing the Red sea with the Adverts, du groupe éponyme. Enfin, les amateurs de le francophonie pourront se décider entre Tostaky de Noir Désir, Répression de Trust ou encore 15ème round de Bernard Lavilliers. Cette liste n’a bien entendu aucune prétention d’exhaustivité, et toute suggestion est la bienvenue.

J’ai aussi failli vous parler de la prestation de Muse à l’Olympia, ce mardi 2 octobre, mais je préfère évoquer les joies de la musique live. On n’hésitera pas à écouter à nouveau Made in Japan de Deep Purple, Killer Queen, par la formation de Freddy Mercury, mais on pourra aussi lire la supberbe chronique de Benoît sur les Pogues, ou plus simplement acheter un billet pour Skunk Anansie, le 24 novembre prochain au Zénith.

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Skunk Anansie – Black Traffic : De la musique qui s’écoute mieux en bougeant la tête

Il y a des artistes qui vieillissent mal, d’autres se séparent et se reforment, le temps d’un concert aux allures de visite de musée. Skunk Anansie n’est pas de ceux-là. Que ceux qui trouvaient que Wonderlustre était un cran en dessous de leurs précédentes créations se rassurent, le nouvel opus, Black Traffic, est une tuerie.

Je regarde mon compteur iTunes. L’album est sorti aujourd’hui, j’en suis à ma neuvième écoute. La première mesure annonce la couleur, des coups sourds de batterie annoncent l’arrivée d’une guitare plus saturée que jamais et d’une Skin visiblement plus enragée que jamais. Difficile de croire qu’elle flirte désormais avec la cinquantaine. Il ne faudra pas s’attendre à un chef d’œuvre d’innovation, certes, mais Skunk Anansie mûrit sans vieillir, et compte sur une association qui a fait ses preuves : l’énergie incroyable de sa chanteuse et la noirceur très rock de sa rythmique. En somme, rien n’est inventé, mais chaque mesure est d’une perfection jouissive.

Avec ça, je n’ai toujours pas su déterminer si le quatuor britannique était une formation de pop empreinte de violence rock, fleurant bon les années 80 ( je pense notamment à un morceau comme Drowning), ou une formation rock apaisée de douceur pop ( là je pense au titre Our summer kills the sun, ou, pour remonter un peu le temps, We don’t need who you are, extrait de l’album si bien nommé Post-Orgasmic Chill)

L’ironie, c’est que Skunk Anansie, produit d’un lieu (l’Angleterre) et d’une époque (les années 90) qui a offert de nombreuses vedettes internationales ( Muse, Radiohead, Placebo, Blur, …) est un groupe finalement peu connu en France, malgré des contributions aux BO de blockbusters. Sur ce point, peut-être que la contribution savamment discrète de Shaka Ponk sur le chanson Spit you out fera bouger les lignes.

Je n’en dis pas plus, Black Traffic, plus encore que ses prédécesseurs, est une machine à tubes en puissance. Pas une seconde à jeter sur ces quarante minutes de bonheur. En ce qui me concerne, je retourne écouter I believed in you, mon coup de cœur perso, en attendant le Zénith le 24 novembre.

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Dans une semaine, à La Courneuve

Pour Jérémie et Sophia

Le week-end prochain aura lieu la fête de l’Huma. Si vous n’étiez pas au courant (!), c’est chose faite. Rendez-vous annuel pour la plupart d’entre nous, on sent monter depuis le mois d’août cette forme d’impatience à se retrouver, dans des conditions des plus joyeuses. D’abord parce que s’il y a toujours un enjeu, il n’est pas de la même nature que les manifestations contre des plans de licenciements ou des expulsions de sans-papiers. L’enjeu prend un peu de distance, on cesse d’être sur ce fil qui nous rend combatifs tout en nous épuisant. La forme de cette fête n’est pas sans rappeler les festivals qui font notre joie l’été, avec ses différentes manifestations culturelles au premier rang desquelles les concerts dont les têtes d’affiche n’ont rien à envier aux événements organisés à Belfort, à la Rochelle ou au domaine de Saint-Cloud. Enfin, c’est l’occasion pour bon nombres de camarades éloignés géographiquement de se retrouver pour l’occasion, de trinquer, de discuter, de rêver un peu ensemble.

Autour de moi, combien me disent que c’est leur dixième, leur vingt-troisième, leur trente-deuxième fête de l’Huma ? Mon impatience est supérieure à la leur, car contre toute attente, ce sera ma première fois. Bien des raisons l’expliquent, j’en retiens deux. La première, c’est que n’étant parisien que depuis peu, septembre a longtemps été un mois peu propice à ce genre d’activités. On subit la rentrée, on prend ses marques dans un quotidien qui a changé, on a vidé le compte en banque pour aller draguer dans les bodegas en Espagne, c’est loin, la programmation musicale est franchement pas terrible cette année… bref, pas motivé. L’autre, c’est que mon engagement politique est presque aussi neuf que ma présence dans la capitale. Entendons-nous bien, ma conscience de classe et ce qu’elle implique de nécessité révolutionnaire est ancienne, mais l’acte concret d’engagement est récent. J’ai longtemps été gauchiste, cette maladie infantile (sic) qui consiste à assimiler la prise en compte des rapports de force dans la société capitaliste, et les décisions qu’elle impose, à un comportement pro-bourgeois/contre-révolutionnaire (pas de mention inutile). Je ne vise personne. Étudiant, voulant sortir de ce gauchisme qui faisait de moi – de fait – le leader d’un groupuscule d’extrême-gauche composé de moi-même et dont la ligne idéologique était mon nombril, je décidai de me joindre à d’autres que je croyais communistes. Las, ils n’étaient en fait que d’autres gauchistes, plus bêtes encore que moi, car chantant en chœur, des âneries consciencieusement apprises par cœur. Ce jour là, je prenais mes jambes à mon cou et dévalisai le rayon « marteaux, faucilles et piolets » du premier magasin venu.

La suite de l’Histoire, vous la connaissez au moins dans les grandes lignes. On mûrit intellectuellement, on fait sien des combats qui en valent la peine, on rencontre enfin des personnes qui méritent qu’on les écoute, on s’engage.

Alors, témoin de ce remue-ménage autour de la fête de l’Huma, je ne peux m’empêcher de ressentir une certaine fébrilité. Je vois les autres planifier leur programme pour les trois jours, sachant que choisir sera forcément renoncer. Je dois impérativement sortir de ma logique « à l’arrache » car bien trop de choses me font envie et je risque de renoncer à bon nombres d’entre elles si je ne m’organise pas.

Voyons, je suis obligé d’aller voir New Order pour régler de vieux conflits familiaux avec papa. J’hésite à aller voir Shaka Ponk, ça ferait la quatrième fois cette année, mais comme à chaque événement d’importance, on murmure que Bertrand Cantat pourrait faire son apparition. Mon cœur de bordelais ne se consolerait pas d’un tel ratage. Il y a aussi le débat sur le Front National, où je sais que nous serons nombreux, et où mon petit doigt me dit qu’il devrait y avoir de quoi rigoler. La légendaire Patti Smith, quant à elle, n’a pas besoin d’être présentée, et je pense enfin à tous les stands de partis et d’associations où je glanerais mes lectures de l’hiver. En fait, la fête de l’Huma, on devrait faire ça sur un mois, aux frais du patronat de préférence, parce que trois jours ça va être dur.

Allez, c’est décidé, je me pense un emploi du temps pour en rater le moins possible. Au plaisir, ami lecteur de te croiser là bas le week-end prochain.

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15 ans pendant trois jours

Je crois qu’il est naturel de penser que la meilleure musique du monde a été composée quand on était ado. Sans sombrer dans la psychologie de troquet, il me paraît logique d’avoir une affection particulière pour les artistes qui ont fait la bande son de nos premières amours, de nos premiers potes, de nos premières conneries. Rock en Seine fêtait ses 10 ans d’existence ce week-end. L’occasion pour moi de me replonger dans cet âge d’or faits d’appareils dentaires, de boutons d’acné et de dilemmes cruciaux du type « Est-ce que j’achète OK Computer de Radiohead ou Without you I’m nothing de Placebo ? On fait un billard ou deux parties de baby-foot ? »

Pour bien faire, Rock en Seine avait mis les petits plats dans les grands souvenirs, avec une programmation très oldie. Il était l’heure pour moi de chausser mes Converse rouges, mon t-shirt spécial sueur & festival, et de m’engouffrer dans le métro 10 direction Boulogne – Pont de Saint-Cloud.

24/08/12 : Premier jour

Vendredi, j’arrive sur le site aux alentours de 17h. J’ai raté Billy Talent, je m’en remettrai. Je les ai déjà vus à Sziget, en 2010, c’est supportable en concert, mais avouons-le, ça ne casse pas des briques. Repérage des lieux et des postes stratégiques (les buvettes). J’ai rendez-vous avec un ami un peu plus tard dans la soirée, je prends le temps de repérer un point de rendez-vous facile à trouver. J’avance vers la scène principale et prend en cours de route le concert d’Asteroïds Galaxy Tour. Je ne connais pas. Cette pop vitaminée teintée d’électro n’est pas pour me déplaire, le groupe emmené par une jolie chanteuse blonde n’est pas sans me rappeler un autre, comprenne qui pourra !

Fin du concert, et opération kébab ! Vite, car il est temps de prendre place dans les premiers rangs pour un groupe avec lequel j’ai un gros paquet de souvenirs : Dionysos. Je ne les ai jamais vus en concert, mais après tout le bien qu’on m’en a dit, l’impatience est à son comble. Et le petit groupe emmené par Mathias Malzieu est au rendez-vous. Entrée sur scène au son de la marche impériale, les fans de Star Wars dont je fais partie apprécient. Très vite, la pluie s’arrête et le set se transforme en une espèce de grand n’importe quoi. Autour de moi, les slams s’enchaînent, le groupe se déchaîne pour atteindre un paroxysme aux premières notes de « Song for a Jedi ». Toute une époque, je vous ai prévenus d’emblée ! Ovationné, le groupe salue longuement un public conquis, avant que la régie coupe les micros, manifestement pour les obliger à quitter la scène. La rigueur d’un festival impose des horaires à respecter, mais j’en garde l’impression que Dionysos aurait volontiers joué quelques chansons supplémentaires.

Il est temps de retrouver un vieux compère, avec qui j’avais déjà eu le bonheur de participer à l’édition 2004, alors enflammée par Melissa auf der Maur et Muse. On en reparle avec passion. Les bons concerts ne s’oublient pas. C’est l’heure pour Bloc Party de monter à la tribune. Autour de nous, le public est motivé, les morceaux s’enchaînent, c’est frais, mais avouons-le, assez répétitif. La discussion commence à tourner autour de la qualité des batteurs sur la scène actuelle. Je ne suis pas batteur, ce n’est pas le cas de l’ami qui m’accompagne, avec qui j’ai eu la chance de pas mal jouer il y a dix ans. Le constat est partagé, le batteur de Bloc Party tourne toujours plus ou moins sur les mêmes breaks. C’est propre, cela ne fait aucun doute, mais c’est lassant. Même si je dois rendre honneur au chanteur pour avoir dédicacé une chanson aux Pussy Riot, le constat est sans appel et bien résumé par la belle @shirvika : « Un concert de Bloc Party, ça ressemble à un gros medley d’une heure et demi. »

Nous partons donc un peu avant la fin du concert, direction la scène de la Cascade, pour Sigur Ros. Je ne m’étalerai pas sur ce moment pénible. Je ne souhaite pas en dire du mal, je me contenterai donc de dire que c’était pas notre truc. Et puis j’ai soif et en plus je veux être bien placé pour le concert de Placebo.

Il faut quand même que je vous explique. Dire que j’ai beaucoup écouté ce groupe est un euphémisme. À la longue, c’est devenu le groupe que j’adore détester. Il y a pour moi trois périodes Placebo. La première période, faite des deux premiers albums (Placebo et Without you I’m nothing), c’est l’époque de la créativité, de l’authenticité, oserais-je le mot ? Du génie. La deuxième période, faite des deux albums suivants (Black Market Music et Sleeping with ghosts), est celle de la consécration. En tout cas c’est ce que j’écrirais si j’étais un gratte-papier à deux euros des Inrocks, ce magazine bien coiffé des jeunes qui disent oui au Traité Constitutionnel Européen. Un son plus « mainstream », mais tout de même de bonne qualité. La troisième période, enfin, faite des albums Meds et Battle for the Sun, étant proprement inaudible. Le succès corrompt les plus purs, paraît-il, et les voix de la chanteuse des Kills ou du chanteur de REM sont comme un bandeau publicitaire qui dit : « On est des stars, regardez qui chante avec nous. » Heureusement, Placebo et moi avons ce point commun qui est la conviction qu’ils ont arrêté la musique il y a une dizaine d’année. Résultat, le set est fait de pas mal de vieilles chansons, notamment « Teenage Angst » et « I know », extraites de leur premier album. Seule « Every you every me » est choisie parmi les chansons de l’excellent second album, et c’est le gros point noir de la prestation. Pour le reste, le groupe ne vieillit pas : le visuel est toujours très soigné, et le leader Brian Molko toujours aussi con. J’en veux pour preuve cette intervention qui m’a laissé bouche bée : « Merci d’avoir bravé toute cette pluie et tout ce mauvais son pour venir nous voir. » Asshole ! C’est parce que tu es frustré de ne pas être en tête d’affiche du premier jour que tu dis ça ?

Mais nous sommesà la fin du premier jour, et il est temps d’aller au lit pour recharger les batteries.

25/08/12 : Deuxième jour

Un Mac Do, un dodo, et me voilà en route pour la place Saint-Michel afin de retrouver mes deux acolytes, @LazarusReed et @shirvika, avec qui je passe ce deuxième jour. Il s’agit d’économiser ses forces, donc ses mouvements. Aujourd’hui, nous restons exclusivement sur la scène principale, ne la quittant que pour des raisons vitales : Hot-Dog, frites, bières, pipi. Une bière à la main, nous assistons au concert des belges de dEUS. C’est agréable, entraînant, et ça me rappelle Kasabian. On me fait remarquer que j’ai raté une occasion de fermer ma gueule, puisque dEUS tourne depuis plus de 20 ans, ce qui n’est manifestement pas le cas de Kasabian. Je m’en fiche, le concert est plaisant, c’est tout ce qui compte.

Sur la scène principale, l’avant-dernier concert est un sacré événement. Noël Gallagher’s high flying birds. Autrement dit, Oasis sans les engueulades avec Liam. Objectivement, on ne fait vraiment pas la différence entre les deux formations. C’est toujours plus ou moins la même chanson, mais comme la chanson est bien, pourquoi s’en priver. Bien entendu, quelques chansons d’Oasis sont jouées pour l’occasion, joyeusement reprises par le public qui réclame en vain « Wonderwall ». Quand je vous disais que j’ai eu 15 ans pendant trois jours. On se quitte sur le très célèbre « Don’t look back in anger ». Puissant.

La nuit tombe enfin, ainsi que quelques gouttes d’une pluie qui ne dure pas. Les américains de Black Keys s’apprêtent à apporter leur contribution à cette journée. Le groupe parle peu, joue beaucoup, joue bien. Rien de révolutionnaire dans la musique du duo, mais ça sonne à contre-courant de ce qui se fait actuellement. L’ensemble est maîtrisé, énergique, enthousiaste. Grosse déception cependant, les artistes quittent la scène après un set bien court, et ne reviennent pas. En tant que tête d’affiche de cette journée, ils auraient pu faire mieux sur ce point. Nous rentrons à Paris, mais cette fois je ne raconterai pas notre épopée du retour à Paris tant elle est faite de détails que la morale réprouve.

26/08/12 : Troisième jour

Troisième jour, et l’occasion de voir enfin sur scène des groupes que j’écoute depuis le collège. Il est 18h, quand les Dandy Warhols arrivent sur la scène principale au son de « Be-In ». Le moment est perturbant, partagé entre la joie d’entendre des titres mille fois chantés à tue-tête comme « Not if you were the last junkie on Earth » et la déception d’un show finalement mollasson, poussivement emmené par chanteur qui semble aussi camé que Kurt Cobain à ses dernières heures. Sans être franchement désagréable, on finit par trouver le temps long.

Accompagné d’une amie, j’ai le temps de retrouver @Citizen_Sam afin de boire une bière en médisant sur le dernier single de Muse. Il me confie qu’il attend comme moi ce qui ressemble à un plaisir coupable, le punk très mainstream de Green Day, le groupe qu’on a tous un peu honte d’apprécier. Nous devons déjà nous séparer, car je dois retrouver à l’autre bout du site des amis que je n’ai d’ailleurs jamais trouvés. On s’assoit, on boit une bière et on fume quelques clopes en écoutant les « Avant-Scène All-Stars ». Moment joyeux et reposant, il le faut, car déjà je m’apprête à rejoindre la scène principale pour le groupe que tout le monde attend, les californiens de Green Day.

En arrivant, je constate qu’une foule déjà nombreuse s’est agglutinée pour être le plus près possible de la scène. Je me fixe un peu sur la gauche, où je sympathise avec un petit groupe de grenoblois venus spécialement pour l’occasion. La bonne ambiance autour de moi est à la mesure de l’impatience qui nous habite. Je serais bien incapable de dire par quelle chanson le trio enrichi pour l’occasion de musiciens additionnels a démarré son concert. Ce que je sais, en revanche, c’est que mon pogo-mètre est à son niveau maximal, autour de moi ça crie, ça chante, ça bouge, ça saute, la sensation est enivrante. Le chanteur Billy Joe Armstrong est en grande forme, transforme des morceaux de 3 minutes en morceaux de 10 minutes, occupé qu’il est à s’interrompre pour jouer avec le public. Ses complices ne sont pas en reste, affichant ostensiblement la joie d’être sur scène. C’est déjà l’heure pour eux de jouer « Holiday ». Je salue alors mes grenoblois avant de leur demander de me hisser au dessus de la foule pour un slam bien mérité. J’atterris un peu plus avant au moment du pont basse-batterie. Le public est au bord de la fusion nucléaire, et l’enchaînement avec « Burnout » n’arrange rien, tant mieux. Green Day, dans une forme impériale, sait aussi rendre hommage à ses aïeux du rock, avec une reprise hallucinante de justesse du « Highway to hell » d’AC/DC. À côté de moi, la jeune fille qui ferait passer Ellen Page pour une camionneuse ne semble pas impressionnée par les armoires normandes qui se dressent devant nous. Elle connaît par cœur l’ensemble de la discographie du groupe, qu’elle chante à pleins poumons, tout en sautant partout comme un enfant cocaïné. Je me dis qu’il faudrait au moins que j’arrête de fumer pour en être capable. Le spectacle dure ainsi deux heures, sans que jamais la tête d’affiche ne se prenne au sérieux. On est là pour faire la fête, rire, et foutre le bordel. C’est la consigne donnée au public et les artistes sont les premiers à montrer l’exemple. Une pause, un rappel entamé avec « American idiot », et déjà c’est fini. Le public en veut encore, et continue à chanter jusque dans les métros bondés qui reprennent le chemin de la capitale. Rock en Seine, c’est fini pour cette année, on a pris un coup de jeune, juste ce qu’il fallait pour pouvoir accepter la dure réalité de la rentrée qui nous attend.

Bonus Cocaïne et mauvais esprit :

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En attendant la fin des vacances.

Toujours du bon côté du manche. L’histoire faite par les vainqueurs, tout ça. Regardez l’équipe de handball championne olympique. Elle perd un match en poule et elle est traitée de vieillissante, sur le déclin, par ce temple de la presse sportive historiquement de droite, j’ai nommé L’Equipe. Reprenez cette même équipe, quelques jours plus tard, après une médaille d’or, et on salue fébrilement les exploit de ces « experts » aux blagues de caserne. Et Vae Victis.

Le Front de Gauche, c’est pareil, on cajole et on brosse dans le sens du poil tant qu’on a besoin de suffrages, et puis sitôt élu, on crache, on méprise, on reprend la même morgue terminologique et politique que les prédécesseurs. L’expression « social-traître » a souvent été utilisée par les gauchistes pour se plaindre des retournements de veste du parti soi-disant socialiste. En ce qui me concerne, le président Hollande a comblé en prenant le pouvoir la seule exigence que j’avais pour ce quinquennat : virer le nain. Pour le reste, je rejette l’expression évoquée, car « traître » suggère qu’il y a quelque chose à attendre de cette organisation là, inscrite aux premiers rangs de nos ennemis de classe.

Alors voilà, quel bilan pour cet été ? Quelques médailles d’or, l’impression surtout que les journalistes sportifs sont au sport ce que les journalistes sont à la presse : un nuage creux avec des fautes de syntaxe. Un peu de chaleur en août, il était temps après le début d’été pourri. Il paraît que c’est une alerte canicule, un truc capable d’avancer ta date d’héritage. Malheureusement Giscard et Thatcher vont toujours très bien, une autre preuve de la véracité du dicton selon lequel ce sont les meilleurs qui partent les premiers. Chez PSA, chez Doux, ça pue la merde. Fralib, guère mieux.

Note positive, des voix se font entendre même au sein du parti de la gauche de droite, contre le TSCG. Les beaux discours du Front de Gauche sur la Banque Centrale Européenne sont même parfois repris. Prêter l’argent directement aux États nous dit-on ! Prêter quel argent ? Celui que le Capital vole perpétuellement aux travailleurs ? Avec intérêt en plus ? Concrètement ça veut dire quoi ? Actuellement, chaque mois, on (le Capital) vous vole une chaîne hi-fi, la refile à un receleur (les banques publiques), le receleur refile ça à un fourgue (les banques privées), qui vous revend votre matos à un prix exorbitant. Ce que propose le Front de Gauche aujourd’hui, c’est de racheter le matos directement au receleur. C’est sûr que c’est un progrès, mais ça ne change rien sur le fond. Bref, l’extrême-gauche du parti de la gauche de droite est favorable à la plus docile des revendications du Front de Gauche. L’interdiction des licenciements boursiers (et je ne parle même pas des autres), la planification écologique, etc, faut quand même pas déconner. Dois-je m’attarder sur les gauchistes qui nous tapent dessus ? Leur marxisme mal digéré vire au fantasme et ne vaut guère la peine d’être développé (une contrepèterie suffit). C’est dommage, contrairement aux autres, je les crois sincères et soucieux de changer la société.

Voilà, c’est la rentrée. On a quand même passé de bons moments cet été, quelques apéros, quelques bons films (à ce sujet, je trouve que Ken Loach a vachement le moral en ce moment), quelques bons concerts, et puis il y en a encore, des bons moments à venir, avec Rock en Seine pour rendre la rentrée moins douloureuse, et La fête de l’Huma, pour voir les copains, les camarades, rentrer à nouveau de plain-pied dans la politique et en profiter pour voir quelques grands noms du rock au premier rang desquels je ne peux faire autrement que de placer Patti Smith. En attendant, je vous laisse avec une chanson de circonstance, d’un groupe que vous viendrez peut-être voir avec moi dimanche à Rock en Seine. Lire la suite

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Une minute bordelaise avec Leitmotiv

Elles sont multiples, personnelles et universelles les raisons qui me poussent aujourd’hui à vous parler de Leitmotiv. Je pourrais vous parler de Pierre, le chanteur aimant l’amour et haïssant la haine, ami au mot toujours juste. Je pourrais vous parler de ces moments partagés dans mon petit cercle de trentenaires bordelais, avant, pendant et après leurs concerts. J’essaierai de me contenter de parler de leur musique.

En bons bordelais, Leitmotiv est fils du rock de Noir Désir, et en a hérité ses riffs efficaces et sa prose remplie d’onirisme. En bons musiciens nés dans les années 80, Leitmotiv est aussi fils de Radiohead, dont il a hérité la douceur et le soucis de créativité, de toujours perfectionner, d’aller plus loin dans ces subtilités d’arrangements qui sont étrangères au profane.

Après un premier maxi, intitulé « Des airs », et un 2 titres incluant « Need somebody » et « L’échappée belle », Leitmotiv sort fin 2009 un premier album, « Les temps dansent ». C’est assez pour mesurer le goût du calembour dans les textes, mais ce n’est que le prétexte à un propos jamais innocent. On aboutit alors à un joli pot pourri de chansons traitant d’amour, d’amitiés, de la solitude de celui qui affronte le monde en s’interrogeant, de politique … Les mots sont justes, les maux sont les nôtres, l’émoi qu’ils procurent la conséquence logique.

Leitmotiv – Hasta la victoria siempre

L’album est maintenant disponible sur iTunes et sur Deezer, donc vous n’avez pas d’excuse pour ne pas écouter. Et pour ceux qui ont besoin du live, et de la vidéo, le concert complet dont un extrait est publié un peu plus haut est aussi disponible ici :

Je ne résiste pas à l’envie de reproduire ci-dessous les paroles de la chanson éponyme de l’album, je trouve qu’elle résume bien mon propos.

Les temps dansent

Tango du désespoir, valse de l’oubli
Qu’importe le pas, l’abnégation,
Cette foi en nous, bénis oui-oui
Que l’on ne nie pas non, non, non !
Le ciel est beau, et toi laid
La vie est belle, le reste est mieux.
Parti d’une baise de donnée,
Un clavier AZERTY en vaut 2.
On mettra au normes nos hormones
Et l’ADN en harmonie
Unanime hymne à l’uniforme
Que tous soient légos et barbies
Le tout en haute définition
Fin du diktat du dictionnaire
Néologisme, esprit du pion
Abréviations, LOL, MDR

Être en avance, et ne plus prendre de recul
Quelle formule a du sens ?
Quel est le sens de la formule ?
Les temps dansent …

La science désarmée se délite
Et donner son corps à l’absence
Rattraper les cerveaux en fuite
Et les planqués de la finance
Délocalisations en Chine
Commerce azimuté en éveil
De l’enfance jusqu’à l’usine
Alice au PIB des merveilles
Les petits ruisseaux d’aujourd’hui
Asséchés par les grandes dérives d’hier
Cet étang dense de réseaux qui
Te fait respirer le sale air
De le peur viciée, cela nous sied
A bien en étouffer la Terre
Ça a hyper, super marché
L’Europe a la jouvence monétaire,
Souffle délétère.

Inspire, expire rapidement
Désert de notre ère
Importe-exporte ce qui est dans le vent
Les temps dansent …

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