Dans une semaine, à La Courneuve

Pour Jérémie et Sophia

Le week-end prochain aura lieu la fête de l’Huma. Si vous n’étiez pas au courant (!), c’est chose faite. Rendez-vous annuel pour la plupart d’entre nous, on sent monter depuis le mois d’août cette forme d’impatience à se retrouver, dans des conditions des plus joyeuses. D’abord parce que s’il y a toujours un enjeu, il n’est pas de la même nature que les manifestations contre des plans de licenciements ou des expulsions de sans-papiers. L’enjeu prend un peu de distance, on cesse d’être sur ce fil qui nous rend combatifs tout en nous épuisant. La forme de cette fête n’est pas sans rappeler les festivals qui font notre joie l’été, avec ses différentes manifestations culturelles au premier rang desquelles les concerts dont les têtes d’affiche n’ont rien à envier aux événements organisés à Belfort, à la Rochelle ou au domaine de Saint-Cloud. Enfin, c’est l’occasion pour bon nombres de camarades éloignés géographiquement de se retrouver pour l’occasion, de trinquer, de discuter, de rêver un peu ensemble.

Autour de moi, combien me disent que c’est leur dixième, leur vingt-troisième, leur trente-deuxième fête de l’Huma ? Mon impatience est supérieure à la leur, car contre toute attente, ce sera ma première fois. Bien des raisons l’expliquent, j’en retiens deux. La première, c’est que n’étant parisien que depuis peu, septembre a longtemps été un mois peu propice à ce genre d’activités. On subit la rentrée, on prend ses marques dans un quotidien qui a changé, on a vidé le compte en banque pour aller draguer dans les bodegas en Espagne, c’est loin, la programmation musicale est franchement pas terrible cette année… bref, pas motivé. L’autre, c’est que mon engagement politique est presque aussi neuf que ma présence dans la capitale. Entendons-nous bien, ma conscience de classe et ce qu’elle implique de nécessité révolutionnaire est ancienne, mais l’acte concret d’engagement est récent. J’ai longtemps été gauchiste, cette maladie infantile (sic) qui consiste à assimiler la prise en compte des rapports de force dans la société capitaliste, et les décisions qu’elle impose, à un comportement pro-bourgeois/contre-révolutionnaire (pas de mention inutile). Je ne vise personne. Étudiant, voulant sortir de ce gauchisme qui faisait de moi – de fait – le leader d’un groupuscule d’extrême-gauche composé de moi-même et dont la ligne idéologique était mon nombril, je décidai de me joindre à d’autres que je croyais communistes. Las, ils n’étaient en fait que d’autres gauchistes, plus bêtes encore que moi, car chantant en chœur, des âneries consciencieusement apprises par cœur. Ce jour là, je prenais mes jambes à mon cou et dévalisai le rayon « marteaux, faucilles et piolets » du premier magasin venu.

La suite de l’Histoire, vous la connaissez au moins dans les grandes lignes. On mûrit intellectuellement, on fait sien des combats qui en valent la peine, on rencontre enfin des personnes qui méritent qu’on les écoute, on s’engage.

Alors, témoin de ce remue-ménage autour de la fête de l’Huma, je ne peux m’empêcher de ressentir une certaine fébrilité. Je vois les autres planifier leur programme pour les trois jours, sachant que choisir sera forcément renoncer. Je dois impérativement sortir de ma logique « à l’arrache » car bien trop de choses me font envie et je risque de renoncer à bon nombres d’entre elles si je ne m’organise pas.

Voyons, je suis obligé d’aller voir New Order pour régler de vieux conflits familiaux avec papa. J’hésite à aller voir Shaka Ponk, ça ferait la quatrième fois cette année, mais comme à chaque événement d’importance, on murmure que Bertrand Cantat pourrait faire son apparition. Mon cœur de bordelais ne se consolerait pas d’un tel ratage. Il y a aussi le débat sur le Front National, où je sais que nous serons nombreux, et où mon petit doigt me dit qu’il devrait y avoir de quoi rigoler. La légendaire Patti Smith, quant à elle, n’a pas besoin d’être présentée, et je pense enfin à tous les stands de partis et d’associations où je glanerais mes lectures de l’hiver. En fait, la fête de l’Huma, on devrait faire ça sur un mois, aux frais du patronat de préférence, parce que trois jours ça va être dur.

Allez, c’est décidé, je me pense un emploi du temps pour en rater le moins possible. Au plaisir, ami lecteur de te croiser là bas le week-end prochain.

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5 réflexions sur “Dans une semaine, à La Courneuve

  1. Rhoooooo c’est trop chouuuuu

  2. babelouest dit :

    J’irai peut-être l’an prochain. Depuis des mois j’ai programmé un périple me faisant rencontrer pas mal de potes… dans le sud de la France, donc loin de Paris, la semaine prochaine. Raté. Mais ce n’est que partie remise !

  3. lecridupeuple dit :

    Arthur en Bordelais… Ca me fait toujours un pincemmennt au coeur…
    @ Bab : lacheur 🙂

  4. […] soir, j’ignorais de quelle manière je vous raconterais ce qui était, je le rappelle, ma première fête de l’Huma. Les émotions qui m’ont submergées ces trois derniers […]

  5. […] au Zénith, Shaka Ponk à l’Olympia, Green Day à Rock en Seine ou encore Thiéfaine à la Fête de l’Huma. Mais au bout du compte, je n’ai pas encore vécu de ces spectacles qui restent gravés dans […]

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