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Margaret Thatcher, François Villon ou Pablo Picasso

Un de mes hobbies de glandeur internet, c’est de consulter la page Wikipedia du jour, et d’y regarder quels illustres personnages sont nés où morts ce jour là. Le 8 avril 1994, c’est le jour où on a trouvé le corps sans vie de Kurt Cobain, le chanteur de Nirvana. Mais d’après l’autopsie, il serait mort le 3 ou le 4. Ça ne compte pas.

Margaret Thatcher est donc morte un 8 avril. Je me suis toujours promis de rincer les copains à coup de champagne le jour de sa mort. Thatcher, c’est à mes yeux un des plus forts symboles de la guerre de classe. Il y a quelque chose de fascinant chez la « dame de fer ». Chaque fois que j’ai entendu ce cliché selon lequel les femmes apporteraient de la douceur en politique, je pense à elle, et je ris un peu jaune. Thatcher, ce n’est pas seulement cette figure de l’idéologie « TINA » (There Is No Alternative) avec d’autres figures bien sexy comme Ronald Reagan. Thatcher, c’est aussi l’image d’une bourgeoisie sauvage, revancharde, celle qui refuse à la classe ouvrière jusqu’au droit de se plaindre de sa condition.

Pablo Picasso - La Célestine (1903)

Pablo Picasso – La Célestine (1903)

Derrière l’illusion de la démocratie et de l’humour anglais, Thatcher, c’est le retour de l’esprit impérialiste, qu’il s’agisse de faire la guerre à l’Argentine ou de laisser crever Bobby Sands comme un chien. C’est l’exécution économique à tous les étages et sans négociations. Pour moi qui suis originaire d’une région minière, Thatcher représente ce qu’il y a de plus infâme. Parce que de manière toute irrationnelle, moi qui ne connais les mines que par les livres et les récits des vieux, je me sens solidaire des mineurs, qu’ils soient de Courrières, des Asturies ou d’Angleterre. Peut-être plus encore pour ces derniers, dont la lutte contre l’immonde Thatcher correspond à mon année de naissance. Thatcher, l’amie des dictateurs, est désormais froide. Comme son complice Pinochet, elle est morte sans jugement, sans jamais avoir été déclarée coupable de ses crimes contre la classe ouvrière.

Qu’on naisse ou qu’on meure, la date est toujours un hasard. Le 8 avril, on commémore la naissance de François Villon, de Jacques Brel, la mort de Pablo Picasso. Pas besoin de chercher longtemps pour trouver des hommes et des femmes de plus grande valeur que cette abjection qui porta le nom de Margaret Thatcher. Malheureusement, à voir l’austérité gangréner l’Europe, à voir en France le PS abandonner ce qui lui restait de gauche en votant l’ANI du MEDEF, on est en droit de craindre que Miss Maggie est bien vivante.

Bonus Nécrologie : Le 10 avril, nous célébrions le 94ème anniversaire de la mort du révolutionnaire Mexicain Emiliano Zapata. Aujourd’hui, nous célébrons le 36ème anniversaire du décès du poète Français Jacques Prévert.

Bonus Musical : Serge Reggiani (d’après un poème de François Villon) : La ballade des pendus.

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Ennemi si tu tombes, un ennemi sort de l’ombre à ta place.

« Le roi est mort, vive le roi » disait-on autrefois. On peut rire du camouflet infligé à Laurence Parisot par ses pairs, ça donne un air de carnaval à ce printemps qui ne se décide pas à venir. Le MEDEF reste malgré tout bien là, confortablement installé au 55 de l’avenue Bosquet dans le 7ème arrondissement de Paris. Précision pour ceux qui ne sont pas familiers de Paris, le 7ème, disons que ce n’est pas la goutte d’or. Ça n’a peut-être l’air de rien, mais entre un « syndicat » installé dans la partie ouest de la rive gauche et un syndicat installé rue de Paris, à Montreuil, il y a un symbole qui ne trompe pas.

Ceci n'est - vraiment - pas un syndicat.

Ceci n’est – vraiment – pas un syndicat.

Le MEDEF continue donc à avoir pignon sur rue, et les travailleurs de PSA en grève depuis 11 semaines le savent très bien. Après avoir investi mercredi une annexe du ministère du travail, ils sont bien décidés à ne pas en rester là, comme en témoigne leur action éclair au siège de cette officine du Capital située à deux pas des Invalides. Cette action démarrée dans le 7ème en début d’après-midi et qui s’est terminée dans la soirée en plein 18ème arrondissement, c’est un nouveau témoignage de la haine de classe que subit quotidiennement les nôtres.

Tout commence par un message sur Facebook du camarade Antoine Foti, militant PG dans le 18ème : les PSA mènent une action au siège du MEDEF, les CRS sont de la partie. J’ai à peine le temps de le relayer que mon compère de la veille et moi-même avons un échange de textos comme seuls les banlieusards peuvent les connaître, dès qu’il s’agit de se rendre en urgence à Paris :

On a opté pour le scooter.

On a opté pour le scooter.

Le temps d’enfiler les casques que les mises à jour s’enchaînent. C’est finalement au commissariat de la rue de Clignancourt qu’on retrouve nos camarades déjà sur place. De là, on rejoint un dépôt de la rue des évangiles. Les PSA sont retenus en nombre à l’intérieur. Nous sommes une centaine à l’extérieur, décidés à affronter le froid jusqu’à la libération du dernier d’entre eux.

Des ouvriers relâchés au compte-goutte.

Des ouvriers relâchés au compte-goutte.

Je croise Jean-Pierre Mercier, délégué CGT de l’usine d’Aulnay, qui m’explique brièvement qu’ils se sont baladés environ une heure dans les bureaux du lobby patronal pour manifester leur colère et leur solidarité à l’égard de leurs collègues menacés de licenciement suite à des actions menées récemment. La police de classes de Manuel Valls connaît son travail. Les « gueux » sont évacués du « palais » : quand un gouvernement soi-disant socialiste tolère un lock-out pourtant illégal de la direction de PSA, on sait qu’il ne fait pas bon pour les travailleurs être revendicatifs, encore moins vindicatifs.

Le bruit court que le MEDEF a l’intention de porter plainte. Pourtant, les casseurs, ce ne sont pas les ouvriers, mais bien les patrons, casseurs d’emplois, casseurs avec le pouvoir complice du code du travail, casseurs du seul bien des prolétaires que nous sommes : notre force de travail. François Hollande, à la télévision au même instant, peut bien enchaîner les phrases creuses, un gouvernement véritablement de gauche n’aurait pas laissé faire PSA, un gouvernement véritablement de gauche serait dans cette lutte du côté des travailleurs, et certainement pas complice de la criminalisation de leur action.

Lorsque les derniers « suspects » sont enfin libérés, les délégués syndicaux prennent la parole devant une assemblée très remontée. D’autres actions sont promises, les PSA n’en resteront pas là, d’autant que la solidarité à leur égard a été un succès : les caisses de soutien leur permettront de se payer pour la deuxième fois ! Mais pour l’heure, c’est le moment de prendre un repos bien mérité. L’occasion d’improviser une manifestation jusqu’au métro Marx Dormoy, avant de s’engouffrer dans les transports en commun. Demain sera un autre jour… de luttes.

Tribune improvisée des délégués syndicaux.

Tribune improvisée des délégués syndicaux.

Bonus France 3 : Pour une fois que c’est pas Télé-Vatican !

Bonus musical : Les Fatals Picards – Le combat ordinaire

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A Bourg-Egalité, la lutte continue !

C’est un exercice curieux auquel j’ai assisté hier soir, alors que se déroulait à Bourg-Égalité – du nom que lui avaient donné ceux de la grande révolution – le meeting de campagne de Pascale Le Néouannic pour la législative partielle de la 13ème circonscription des Hauts de Seine qui inclut aussi les villes de Sceaux, Antony et Châtenay-Malabry. Trop peu le savent, mais l’élection de mai dernier a en effet été invalidée dans cette circonscription historiquement ancrée à droite. La raison ? Monsieur Devedjian a triché. Cette figure notable du sinistre Groupe Union Défense et d’Occident, avocat de métier, avait au printemps dernier choisi pour suppléant Monsieur Siffredi, déjà suppléant de sénateur. On ne peut pas imaginer une seule seconde que l’ami de François Fion ignorait le code électoral, il s’agit donc bien d’une manifestation de cette manière d’être à droite, qui consiste à se croire en permanence au dessus des lois.

À Antony, l’adversaire, j’utiliserai même à titre personnel le terme d’ennemi (de classe) a déjà maintes fois montré son pouvoir de nuisance. Et c’est ce que Pascale rappelle avec talent ce soir, dans une salle de 400 personnes comment le vieil ami de Nicolas Sarkozy organise la spéculation immobilière locale, au profit de ses amis. Patrick Devedjian, c’est le candidat de la bourgeoisie parasite, celle qui stigmatise les plus faibles pour mieux masquer ses propres errances. Et d’ailleurs, ne nous y trompons pas. La politique d’opposition que ce triste sire prétend représenter, c’est le plan « Fion 3 », dont l’application a été interrompue grâce notamment aux 4 millions de voix qui se sont portées sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon le 22 avril dernier.

Salle comble à Bourg-la-Reine, pour le meeting de Pascale Le Néouannic

Mais le combat est d’autant plus rude qu’à Antony comme ailleurs, ceux qui défendent des valeurs de progrès et d’humanisme sont méprisés par les laquais au pouvoir, plus prompts à se rendre à l’université d’été du MEDEF qu’à défendre les salariés du groupe pharmaceutique SANOFI. Et Julien Landfried, le chevènementiste au garde à vous, ne propose pas autre chose. Son programme, c’est celui du soutien sans aucune faille au gouvernement actuel. Son programme, c’est le choix de l’austérité à perpétuité, c’est le choix de la politique Merkozy teintée de pseudo-normalité.

Mais comme l’a rappelé Jean-Luc Mélenchon, qui était, avec la maire de Bagneux Marie-Hélène Amiable, venue soutenir Pascale et son suppléant Pierre Ouzoulias, ce n’est pas parce qu’Antony fait partie de ces circonscriptions supposées « perdues d’avance » que nous devons renoncer à nous battre. Faire de la politique, c’est créer un rapport de force, et c’est notre devoir de n’abandonner aucun territoire de la République aux forces du capitalisme.

De gauche à droite : Marie-Hélène Amiable, Pascale Le Néouannic, Jean-Luc Mélenchon et Pierre Ouzoulias

Je ne suis pas électeur dans la 13ème circonscription des Hauts de Seine, donc je ne participerai pas au vote du 9 décembre, alors si toi, tu votes là bas, sois sympa de voter pour toi, pour moi, pour nous et donc pour Pascale Le Néouannic.

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Le rapport Gallois, un projet classé « X »

Je parlais la dernière fois de système éducatif, et je déplorais son assujettissement progressif au MEDEF. Deux événements sont allés hier abonder naturellement dans mon sens. Sans surprise, le rapport Gallois remis au gouvernement prône, pour faire court, un choc de compétitivité. Quand notre politique industrielle se résume à questionner le bien-fondé du port de la marinière, il ne faut pas s’étonner que le gouvernement soit contraint de faire appel à l’homme du plan « Power 8 » pour masquer son inaptitude à produire un projet politique. Plus grave, c’est un nouveau signe de la lâcheté du pouvoir, qui préfère s’en remettre au rapport d’un énarque issu des écoles de commerce pour donner valeur d’expertise à ses choix antisociaux. Je m’arrêterai sur deux points qui ont naturellement attiré mon attention. Le premier, c’est la recommandation de faire une place aux entreprises dans les conseils d’administration des lycées techniques et professionnels. Outre les questions pratiques que cela pose (Que fera-t-on dans les établissements polyvalents, c’est à dire les lycées associant général et professionnel ? Qui siégera dans les faits dans ces conseils d’administration?), cela acte un aspect implicite de la formation professionnelle dans le cadre institutionnel : il s’agit moins de former des citoyens que de fournir une main d’œuvre prête à l’emploi (s’il existe) en se dédouanant du devoir de formation des entreprises à l’égard de leurs salariés.

L’autre point, c’est celui de la présence de représentants des salariés dans les conseils d’administration des entreprises. On a quand même envie de dire que c’est le minimum. En effet, Arnaud Montebourg a beau jeu de rappeler les syndicats de PSA à l’ordre, en intimant à chacun d’être raisonnable. Qui est responsable des difficultés de l’industrie automobile en général, et de celles du groupe Peugeot en particulier ? Le Capital, par le biais des actionnaires et des dirigeants. Qui s’apprête à payer le prix de cette situation ? Les ouvriers. Ceux-là mêmes qui ne sont responsables de rien !

 

C’est dans ce cadre que Monsieur Varin, l’actuel PDG de PSA, se rendait hier à son École Polytechnique, un lieu qui symbolise presque à lui seul le projet éducatif français. Il est ironique de voir quels modèles se choisit cette institution plus ancienne que le baccalauréat. En donnant une tribune au fossoyeur de l’emploi en Seine Saint-Denis, celle que l’on appelle X fait le choix de la consanguinité et des réseaux. En donnant un tribune à cet homme, ceux qui prétendent former une élite choisissent de préférer des administrateurs incompétents et surpayés plutôt que des travailleurs, ouvriers, techniciens et ingénieurs qui sont les véritables détenteurs du savoir-faire industriel. On est loin des aspirations à l’émancipation par le savoir que sont les décrets de la Convention qui donnèrent lieu à la création Polytechnique et l’École Normale Supérieure.

Avec Philippe Juraver, co-secrétaire du comité PG de Palaiseau et animateur du Front des Luttes

Alors hier, de bon matin, nous sommes allés dire bonjour aux polytechniciens, avec quelques camarades du Front de Gauche. Nous n’avons pas eu l’occasion de dire de vive voix à monsieur Varin ce que nous pensions de lui, il n’est pas venu nous dire bonjour, et nous n’avons pas été convié à le faire. Alors nous avons distribué un millier de tracts à ceux qui auraient l’opportunité de s’en charger. C’est, je crois, une question de convergence des luttes contre ce capitalisme qui tue les nôtres. Comment peut-on prétendre mettre en œuvre le « redressement productif » quand les syndicalistes sont vus comme des freins à la « compétitivité » et quand les modèles proposés pour améliorer la situation du pays sont tantôt un énarque issu d’HEC, tantôt un polytechnicien incompétent ?

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Carte postale de vacances.

L‘auteur de ce blog se lève, s’étire et constate que ses bras touchent le plafond , se rassoit puis jette un œil un peu torve sur les copies des 5°6. Il se demande s’il est véritablement en vacances, allume sa première cigarette de la journée. C’est un prof.

Introduction alternative :

Cette élève de 4°3 : Monsieur, ça sert à quoi, ce qu’on fait ?

Lui : À rien.

Cette élève de 4°3 : Mais en vrai ? Ça sert à quoi ?

Lui : À passer le temps en attendant de mourir.

Cette élève de 4°3 : …

Mon métier est une vocation paraît-il. C’est bien, les vocations, ça évite d’évoquer les sujets qui fâchent. Quand ton métier n’est pas vraiment un métier, ça évite d’être vindicatif sur les conditions de son exercice ou sur la qualité de la rémunération.

Mon métier est le plus beau métier du monde, paraît-il. Et cette simple affirmation prouve de manière logique que les profs sont une sacrée bande de branleurs, pour être si souvent en grève sans mesurer leur chance. En plus, ils ne travaillent que 18h par semaine… en vertu d’un décret de 1950 selon lequel à une heure de cours correspond 1h30 de travail en amont ( préparation de cours, formation …) et en aval (correction de copies …). Tu comprends pourquoi on a plus de vacances que toi ? Je dis ça, je dis rien.

Mon métier se donne pour mission de former des citoyens, paraît-il. Mais dans une société de chômage de masse, on le rend responsable de l’échec de toute une société. Combien de fois ai-je entendu que si trop de jeunes ne connaissent pas l’accès à l’emploi, c’est parce qu’ils n’ont pas été correctement formés par l’école. Ce n’est pas l’école de la République qui nous emploie aujourd’hui, c’est l’école du Medef, qui réclame que nous sous-traitions une formation dont le patronat refuse aujourd’hui de s’acquitter, en dépit du code du travail, supposé garantir ce droit à la formation continue.

Mon métier est de faire réussir tous les élèves, sans tenir compte des conditions sociales de l’enseignement ou de l’apprentissage. Il faut que chaque enfant obtienne le brevet, le bac, et tant qu’à faire un diplôme universitaire. Et pour ça, on est prêt à tout, assouplir les consignes de corrections des examens ou mépriser les savoirs classiques. Un cours d’espagnol, aujourd’hui, doit apprendre à l’élève à draguer dans les bodegas de Benidorm. La civilisation latino-américaine : on verra si on a le temps. Le latin : plus personne ne le parle. Les mathématiques : du moment que les élèves comprennent à peu près la proportionnalité, tout va bien. Les arts : certains élèves de mon collège n’ont pas de prof depuis la rentrée, personne ne réagit.

Calvin & Hobbes

Mon métier échoue jusque dans cette mission simple : bousculer les certitudes et créer les conditions de l’émancipation. Armée de fonctionnaires, nous faisons effectivement fonctionner un État qui n’a de cesse d’opprimer la classe ouvrière. Faute de moyens, faute de projet sérieux, nous ne créons que l’illusion de l’émancipation et la reproduction sociale des inégalités.

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Le compromis « gagnant-gagnant », dernier gag du gouvernement

Qu’est-ce au juste que l’État bourgeois ? C’est, je crois, une photo instantanée des rapports de force inhérents aux antagonismes de classe. Gardien de l’outil capitaliste au service de la classe dominante, l’État n’est pas un objet fixe et immuable, il est le reflet des progrès de la classe ouvrière vers l’abolition du capitalisme, ou celui de sa régression. Il est la laisse qu’utilise la classe dominante pour asseoir sa domination envers la classe opprimée, et comme toute laisse, sa longueur peut être modulée. Poussons plus loin l’analogie, en se demandant comment se joue cette modulation ? Concrètement, au sein de l’État bourgeois, c’est d’abord le législateur qui choisit la taille de la laisse, selon deux critères : le rapport de forces impulsé par les travailleurs, par l’action syndicale notamment, et le choix idéologique de départ du législateur lui-même.

Aujourd’hui, l’assemblée godillot a confié le pouvoir législatif à l’exécutif gouvernemental, montrant ainsi ô combien illusoire est la séparation des pouvoirs théorisée par Montesquieu. Le pouvoir est un pouvoir de classes et en tant que tel, ne se partage pas. Pour ceux qui en doutaient encore, le premier bilan de l’équipe en place est sans équivoque. Élu sur un programme simple : ne pas être l’exécutif sortant, il en poursuit la politique à tous les niveaux. Traitement inhumain de l’étranger et de l’immigré, en particulier s’il est Rom, criminalisation des responsables syndicaux, austérité programmée, mise au garde à vous devant le patronat, Nicolas Sarkozy est bel et bien toujours au pouvoir. Jean-Luc Mélenchon n’a pas été élu en mai dernier, ce n’est en aucun cas une surprise, l’État bourgeois a pour mission première la survie du système capitaliste, et donc son auto-conservation, il est donc logique que tout soit fait pour empêcher quiconque ose le contester de prendre le pouvoir : une idéologie dominante au service de la classe dominante.

C’est dans ce contexte, où la soi-disant gauche est devenue une autre droite, au point de faire descendre dans la rue des milliers de citoyens à l’appel d’organisations précisément de gauche, que s’ouvrent aujourd’hui la énième renégociation du droit du travail. C’est un enjeu majeur pour la bourgeoisie, au même titre que le TSCG. Il s’agit ici de deux perspectives d’une même question. Remettre en cause le fruit de deux luttes historiques menées par la classe ouvrière en France : celle du Front Populaire et des grèves qui ont accompagné son accession au pouvoir dans les années 30, et celle de la résistance française, qui vit les communistes majoritaires à l’assemblée, après que la bourgeoisie française se fut enrichie par sa complicité avec l’occupant nazi. Le TSCG, c’est en premier lieu l’attaque envers les services publics, garants d’une solidarité nationale, et privant le Capital d’un marché extrêmement juteux, quant au droit du travail, on touche à la nature même des rapports de classe. Le projet du CNR n’est pas à proprement parler anti-capitaliste, mais il permet « d’allonger la laisse ». La liberté engage l’Homme à plus de libertés, et ouvre le champ à une émancipation des ouvriers, débarrassée de l’État bourgeois. C’est ici que ma métaphore de la laisse montre ses limites. Une bête se contentera d’une laisse assez longue, alors que chez l’Homme, allonger la laisse lui laisse entrevoir ce que serait un monde sans celle-ci. À l’inverse, raccourcir la laisse de l’Homme, c’est le priver d’espoir, et donc favoriser le fascisme : il n’y a donc à gauche pas pire politique que la politique du pire.

Revenons-en à nos moutons. Des « négociations » tripartites s’ouvrent aujourd’hui entre le gouvernement, les syndicats et les organisations patronales afin d’opérer une refonte du code du travail. Pour Hollande, il s’agit d’obtenir un compromis « gagnant-gagnant ». Si je pensais naïf le président de la république, je m’exclamerais « Belle chimère que voilà ! », que de vouloir réconcilier le loup et l’agneau. En réalité, l’action gouvernementale depuis cinq mois nous montre qu’il ne s’agit là que d’un élément de langage de plus dans la terminologie dominante : faire avaler aux travailleurs qu’il n’y a pas de luttes des classes. Ce qui est bon pour les patrons, qui tentent sans cesse d’être assimilés à l’entreprise, est forcément mauvais pour le travailleur, et réciproquement. Mais une analyse superficielle de la situation suffit, outre cette expression qui fait rire (jaune), à être convaincu qu’il s’agit d’une table ronde à deux contre un : le patronat et le gouvernement bourgeois d’un côté, les travailleurs de l’autre. Comment en effet, pourra-t-on concilier la réduction de la dette imposée par le TSCG, tout en concédant de nouveaux cadeaux aux patrons, via une baisse des soi-disant « charges » patronales ? La réponse est simple : en diminuant les dépenses de services publics, celles qui profitent à tous, et en rasant encore un peu plus court les travailleurs par des prélèvements iniques.

En votant Mélenchon en mai, Front de Gauche aux législatives puis en adhérant au PG, ce n’est pas pour déléguer mes convictions à d’autre, mais pour mettre en place les conditions d’une alternative à gauche. Je suis Front de Gauche avant d’être Parti de Gauche, car il est grand temps de recréer un grand parti des travailleurs, outil nécessaire de notre émancipation. On ne décrète pas l’existence, encore moins l’influence d’un nouveau parti bolchevique, on le construit petit à petit. D’abord en construisant l’unité autour de ce qui nous rassemble, ensuite en étant présent, au quotidien, dans les luttes concrètes des travailleurs.

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