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L’oligarchie : Better dead than red ?

« Ce n’est pas le locataire du sixième qui est antifasciste, c’est le fascisme qui est anti-locataire du sixième. » Gabriele dans Une journée particulière (Ettore Scola, 1977)

Si j’évoque la célèbre réplique de Marcello Mastroianni à Sophia Loren, ce n’est pas pour évoquer la tradition homophobe des mouvements fascistes. Pourtant, c’est une tradition qui fait froid dans le dos. Himmler, par exemple, déplorait qu’on débusque chaque année dans la Waffen SS une poignée de ces « dégénérés », et avait à cœur de l’en débarasser :

« Aujourd’hui encore, il se présente tous les mois un cas d’homosexualité dans la SS. Nous avons de huit à dix cas par an. J’ai donc décidé la chose suivante : dans tous les cas, ces individus seront officiellement dégradés, exclus de la SS et traduits devant un tribunal. Après avoir purgé la peine infligée par le tribunal, ils seront internés sur mon ordre dans un camp de concentration et abattus pendant une « tentative d’évasion ». Dans chaque cas, le corps d’origine de cet individu en sera informé sur mon ordre. J’espère ainsi extirper ces gens de la SS – jusqu’au dernier. Je veux préserver le sang noble que nous recevons dans notre organisation et I’oeuvre d’assainissement racial que nous poursuivons pour l’Allemagne. » Discours d’Heinrich Himmler prononcé le 18 février 1937.

L’homophobie, quoi qu’on puisse dire, est comme toute autre forme de discrimination un des oripeaux funestes du fascisme. Être homophobe, c’est en assumer l’héritage idéologique. Nul ne peut aujourd’hui nier sans malhonnêteté que la « manif pour tous », cette manif de la honte, est une démonstration fasciste. J’emploie le terme à dessein. On ne peut plus y voir un simple rassemblement de droite conservatrice, ni même d’extrême-droite. Ce qui se joue sous nos yeux, c’est l’agglomération de courants réactionnaires qui ne se parlent pas « en temps normal ». En temps normal, c’est à dire dans les conditions « normales » de l’exploitation capitaliste, les « cols Claudine » et les nostalgiques du IIIème Reich ne se fréquentent pas, pas du même monde. La seule chose à même de les réunir, c’est l’émergence d’intérêts convergents issus d’une crise du système.

« Plutôt Hitler que le Front Populaire », « Better dead than red », ces mots d’ordre éternels de la bourgeoisie réactionnaire résument ce qu’est le socle de la pensée fasciste : l’anticommunisme et plus généralement l’opposition à toute pensée progressiste. La bourgeoisie au pouvoir se fiche pas mal de la corruption de l’État : elle en est la bénéficiaire. Ce qui l’inquiète, c’est la fragilisation du système par les contestations populaires que cette corruption engendre. Il y a donc convergence d’intérêts dans l’objectif d’étouffer la contestation. C’est le sens de la phrase de Mastroianni. Affirmer nos prétentions d’émancipation, c’est ce qui réveille les loups. On a rarement vu quiconque abandonner un pouvoir sans y avoir été préalablement forcé, et les organisations fascistes ne sont rien de plus que le rempart idéologique (voire armé) d’une bourgeoisie qui, préoccupée par l’urgence de sa propre conservation, a tombé les masques.

Le drapeau rouge sur le Reichstag, voilà leur crainte.

Le drapeau rouge sur le Reichstag, voilà leur crainte.

Quand les éditocrates nous reprochent, par notre appel à une VIème République, de « faire le jeu du Front National », il s’agit là d’une théorie qui dépasse de loin les simples comptes d’apothicaires électoraux. Ce qu’on nous reproche, en fait, c’est d’éveiller la conscience de classes. Le raisonnement est d’une perversité rare. En effet, en l’absence de conscience de classe chez les opprimés, la domination de classe est aisément organisée par les partis « classiques » de l’oligarchie. C’est l’éveil à cette conscience des classes qui provoque la guerre de classes, et dans cette lutte, la bourgeoisie se tourne vers les organisations en mesure de « verrouiller » le système, c’est à dire les organisations fascistes.

Le rôle de ces organisations est de disqualifier notre discours, et nous connaissons leurs méthodes. J’en retiens principalement deux. La première consiste à organiser un climat délétère fait de violences, soit pour nous intimider (les méthodes classiques du GUD), soit carrément pour nous en accuser (l’incendie du Reichstag). Pour cela, rien de plus simple. Il suffit de jouer sur la peur de l’autre et la transformer en haine. Les fascistes organiseront donc la stigmatisation des juifs, des roms, des homosexuels etc. afin d’ouvrir le champ à la violence.

GUD, tu es mon ennemi.

GUD, tu es mon ennemi.

La seconde méthode, plus sournoise, relève de la bataille culturelle. Quand Christine Boutin reprend le slogan du Front de Gauche : « On lâche rien ! », je ne peux m’empêcher de penser au Maréchal Pétain qualifiant la République d’Ancien Régime. Retournement sémantique utilisé aussi dans l’expression « Révolution Nationale », quand le régime de Vichy était en réalité synonyme de contre-révolution. De même, quand Frigide Barjot parle de déni de démocratie, c’est en réalité son camp qui refuse le processus démocratique. La récupération terminologique n’est pas innocente. Il s’agit de créer un amalgame, de masquer les profondes différences idéologiques entre le camp du progrès et celui de la réaction. En nous disputant jusqu’à nos propres mots, nos adversaires empêchent le développement et la diffusion de nos idées.

Voilà donc ce que nous promettent ceux qui prétendent que nous faisons le jeu de l’extrême-droite. Comme dit le proverbe, « quand on veut noyer son chien, on l’accuse de la rage », et ce discours est bel et bien celui de ceux qui sont conscients de la honte de leur compromission. Ils veulent nous faire croire que nous les poussons au fascisme par notre refus de l’aliénation de classes, mais nous savons qu’ils se jettent dans les bras de cette idéologie funeste par haine de la classe ouvrière et de sa volonté d’émancipation.

Bonus musical : Les Béruriers Noirs – Porcherie

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Pour la VIème République : Et que vive la Sociale !

Ce week-end, j’ai eu l’occasion de discuter, de manière directe ou indirecte, avec des personnes d’horizons assez différents, de notre marche du 5 mai prochain pour la VIème République. Il en ressort que des clarifications sont nécessaires.

D’abord, un constat, celui de l’échec de la Vème République. Jérôme Cahuzac n’a ici qu’un rôle quasi-métaphorique. Loin de moi l’idée de minimiser la gravité du scandale le concernant, mais il serait idiot d’en faire un bouc-émissaire. Pour autant, pas question de sacrifier celui qui n’est qu’un homme désormais seul (sic) afin de se laver les mains du reste. Pas question non plus de reprendre le slogan poujadiste du « tous pourris ». Comme l’écrivait mon compère du Cri du Peuple vendredi : « Ce n’est pas tous pourris mais tout qui est pourri. » Dans le cadre politique de la Vème république, les hommes honnêtes sont appelés à se corrompre où à se trouver pieds et poings liés.

Source : Commune Communication

Source : Commune Communication

La frontière est parfois ténue entre concession et compromission, entre peser un rapport de forces et avaler une couleuvre. Fixer des limites à son action n’est pas toujours chose aisée, et en un rien de temps, ce système a transformé un militant sincèrement de gauche en serviteur du Capital. Le régime présidentiel se charge de museler les autres. L’épouvante bien orchestrée de la perspective de cohabitation a achevé de garantir un parlement aux ordres de l’exécutif, et en dernier recours, le bicamérisme hérité du Directoire permet une dilution du pouvoir législatif. Résultat, malgré le score de Jean-Luc Mélenchon en avril dernier, le résultat des législatives qui ont suivi n’est pas représentatif de l’influence grandissante de notre projet politique. Et avec la majorité absolue des sièges pour le parti dont le président est issu, notre influence institutionnelle au niveau national est quasi-nulle.

En filigrane, c’est la question de l’État qui se pose à nouveau. Si les partis politiques ne sont que l’outil de conquête de l’État, l’État n’est que l’outil de préservation d’un système politique, économique et social. Par conséquent, l’appel à une Constituante ne doit pas se résumer à un aspect purement institutionnel. Il ne s’agit pas de dire que nous voulons changer de république, il convient d’affirmer quelle république nous voulons. C’est la clé de voûte idéologique nécessaire pour sortir du raccourci « tous pourris ! » C’est aussi ce qui nous protégera des tentatives de récupération de notre mouvement par l’extrême-droite. Sans le volet social de notre discours, il est tentant de rapprocher les « Fronts », et certains ne s’en gênent pas ! Il s’agit donc d’affirmer que nous portons un projet politique à l’opposé des orientations en cours (ANI, Troisième acte de décentralisation, TSCG etc.) : nous ne dénonçons pas ceux qui ont le pouvoir pour devenir califes à la places des califes, nous combattons un outil d’exploitation de l’homme par l’homme.

Vive la Sociale !

Vive la Sociale !

Notre action politique n’est pas faite de « coups » médiatiques, même si nous acceptons parfois de porter le fer avec les mêmes armes que l’ennemi. On ne peut pas dissocier notre appel à une VIème République du reste de nos engagements de terrain. Cet appel se fait dans la continuité de notre travail pour bâtir un Front des luttes, c’est à dire l’incarnation de la convergence des luttes de tous les travailleurs à l’aide de tous les outils à leur disposition : syndicats et partis politiques notamment. C’est pourquoi, je maintiens que cette république n’aura de sens que si elle affirme son caractère anticapitaliste.

Est-ce pour autant une finalité ? Je ne le crois pas, pas plus que la signature de conventions collectives par les syndicats. Ce projet doit être pris pour ce qu’il est : une avancée et surtout un outil dont nous nous dotons pour aller plus loin dans l’émancipation de la classe ouvrière. En ce qui me concerne, je ne serai comblé qu’une fois érigée un système démocratique fondé sur les « conseils ». En russe, ça se dit soviet.

Bonus musical : Patti Smith – People have the power

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Des luttes, et des séminaires ouvriers pour lutter

Ceux qui pensent que notre parti a en son sein d’autres « stars médiatiques » que son co-président se trompent et montrent par leur aveuglement une coupure avec les réalités quotidiennes de la classe ouvrière. Ce n’est pas seulement inquiétant, c’est inacceptable. Si je me permets de formuler ces remarques de manière aussi peu diplomate, c’est que je sais combien ce piège nous guette tous. Mes récents billets ont souvent traité de cuisine interne au PG ou des thèmes de politique générale. Je pourrais finir par croire que c’est cela, militer, et comme tant d’autres oublier le terrain, l’action concrète. Je ne suis pas meilleur qu’un autre si on ne se charge pas de me rappeler à l’ordre.

Pour autant, on ne se refait pas, et mon militantisme se construit aujourd’hui encore beaucoup par la lecture. Ceux qui aiment lire connaissent cette tendance compulsive à acquérir cinq livres dès qu’ils franchissent la porte d’une librairie. Sur les cinq, un peut-être sera lu, avec de la chance. Alors, à Bordeaux, j’ai décidé de n’acheter qu’un seul livre. Pas au hasard, soigneusement choisi : celui coordonné – davantage que co-écrit – par mes camarades Hélène Le Cacheux et François Longérinas : « Avec les Fralib, de la résistance à l’alternative » et sous-titré « Les luttes s’alimentent des luttes ».

François Longérinas (au micro) et Hélène Le Cacheux au séminaire ouvrier.

François Longérinas (au micro) et Hélène Le Cacheux au séminaire ouvrier « Fralib »

Bien sûr, il y a quelque chose de personnel dans ce choix, car j’ai la joie de compter Hélène parmi mes amis, parce qu’elle m’a présenté aux ouvriers en lutte de Gémenos, parce qu’ils m’ont fait visiter leur usine. Pas de stars disais-je plus haut, car mes « stars » à moi, ce sont eux. Et je n’exagère rien quand j’affirme qu’une accolade sincère d’un des Fralib me donne plus de joie, m’intimide davantage qu’une poignée de main d’un dirigeant de partie, quelle que soit la sympathie que je puisse avoir à son égard.

Les Fralib sont devenus avec le temps la piqûre de rappel qui m’évite l’égarement politique. Quand je pense à ces hommes et ces femmes à l’histoire exemplaire, je me souviens que faire de la politique, c’est un engagement entier. Celui qui ne fait qu’écrire sans agir est un révolutionnaire de salon. Celui qui agit sans jamais réfléchir achète la corde qui le pend. Fralib, c’est le courage de l’action mêlé à la patience de la réflexion qui leur a permis d’aboutir à un projet industriel viable dès qu’ils auront remporté la bataille finale (sur le plan juridique notamment) contre Unilever, cette multinationale qui illustre aujourd’hui si bien ce que l’on entend par l’expression « haine de classe ».

Les fralibs rassemblés devant le tribunal de Nanterre.

Les fralibs rassemblés devant le tribunal de Nanterre.

Ce petit livre d’à peine cent pages n’est pas le récit du combat renouvelé de David face à Goliath, c’est encore moins un concentré de doxa politique à appliquer en toute situation sans jamais déplacer de virgule. Non, ce n’est rien de tout cela, c’est avant tout l’illustration de ce que peut-être un projet concret d’éducation populaire.

Mes camarades du Parti de Gauche n’auraient probablement pas pu organiser ce premier séminaire ouvrier s’ils avaient eu par ce biais l’intention d’expliquer aux ouvriers de Fralib quels étaient les enjeux de leur lutte et comment l’organiser. Après plus de deux ans de conflits, ils n’avaient attendu personne. C’est ce que doit comprendre tout militant politique, et cela ne va pas sans dire, tant ils sont nombreux, les militants sincères sombrant dans une forme de cynisme : nous sommes un outil au service des travailleurs, pas l’inverse. Les Fralib n’appartiennent pas au PG, pas au Front de Gauche ni à aucune autre organisation politique. Nous, au contraire, appartenons aux Fralib dans le sens où notre rôle est de les aider, dans la mesure de nos moyens (pratiques, idéologiques…), dans la lutte à mort qu’ils ont engagé contre le capitalisme mondialisé.

Le séminaire ouvrier qui s’est tenu sur le site même de l’usine de production du thé Éléphant le 8 décembre 2012, c’est enfin, je crois l’ébauche concrète de ce Front des Luttes plus que jamais nécessaire à l’émancipation de tous les travailleurs. Par la diversité de ce qui y ont pris part : ouvriers, syndicalistes, étudiants, militants politiques etc., il a notamment contribué à combattre l’idéologie du « tous pourris » qui colle trop souvent aux militants syndicaux et politiques, idéologie si chère à l’extrême-droite. Par son succès, ce séminaire est enfin le mot d’ordre lancé à toute la classe ouvrière, bien au delà du seul site de Gémenos. C’est un appel fait aux ouvriers à s’organiser de manière solidaire, à prendre en main l’avenir de leur emploi, et donc leur propre avenir.

A la grande manifestation contre le TSCG, le 30 septembre dernier.

A la grande manifestation contre le TSCG, le 30 septembre dernier.

Les Fralib ne s’y sont pas trompés, qui sont toujours là pour témoigner de leur engagement aux côtés des autres travailleurs en lutte, de la Fête de l’Humanité aux rassemblements de soutien aux ouvriers de PSA, des manifestations contre le TSCG au salon de l’agriculture, en passant pas les « Pilpa » de Carcassonne. Tiens, je me suis laissé dire que ces derniers avaient demandé des conseils pour organiser leur propre séminaire ouvrier.

Tremble, Capital ! La classe ouvrière se donne les armes de l’éveil à la conscience de classe, elle devient solidaire et répond petit à petit à l’appel de Karl Marx : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous. » Et gare à toi quand elle aura pris la mesure de sa force !

Bonus musical : HK et les Saltimbanks – Toute mon vie

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Du rock et du rouge (de Bordeaux)

Il est rigolo le taulier du Cri du peuple, à me demander d’écrire un billet sur mes attentes concernant le congrès du Parti de Gauche, dans dix jours, à Bordeaux. Il est rigolo parce qu’écrire après lui sur le même thème, il sait combien ça me fait complexer. Il l’est encore plus de me demander ça au moment même où il écrit qu’il n’est pas l’avenir de ce parti. Ironie vicieuse de sa part, lui qui sait que la seule pression que j’aime, je la pose devant moi sur un comptoir. Il est rigolo enfin parce qu’il m’oblige ainsi à lui répondre.

Nous sommes un parti politique, pas un club de bridge, même si certains parmi nous semblent ne pas comprendre la différence. Nous sommes encore moins un club de tennis avec ses « poussins », ses « cadets », ses « seniors » et ses « vétérans ». Je l’ai écrit récemment, ce projet que nous portons nous dépasse, et dépasse nos âges et nos parcours personnels. Nathanaël peut bien faire une liste (non exhaustive, je l’espère) de gens qu’il estime politiquement en notre sein, ça ne me fait ni chaud, ni froid. Pour ma part, je sais quelle estime je porte à chacun de mes camarades, quelle défiance m’habite vis-à-vis d’autres, et combien j’ai à cœur de me limiter sur ce point au champ politique. Peu m’importe les personnes, tant qu’elles font vivre notre parti en lui permettant de porter une cohérence politique. Pas question, en ce qui me concerne, de me prêter au jeu des revanchards dont les objectifs politiques se mesurent à l’aune de leurs ambitions de pouvoir personnel ou de leurs histoires de fesses.

Les noms ne m’intéressent pas, et je tentais l’autre jour de l’expliquer à un camarade un peu benêt d’une autre organisation. Communiste je suis, mais peu m’importent les marteaux et les faucilles, peu m’importent le nom des personnes, et le nom des partis. Je l’ai affirmé ailleurs : je pourrais adhérer à un parti portant le nom d’Union pour un Mouvement Populaire, si celui-ci avait pour objectif une société sans État et sans classes.

Le message est clair et n'a pas une ride.

Le message est clair et n’a pas une ride.

Il se trouve que l’organisation qui se rapproche aujourd’hui le plus de ce projet a pour nom Front de Gauche. Mon adhésion au Parti de Gauche n’a de sens que dans la perspective de la construction et de la pérennisation du Front de Gauche. Autrement dit, je suis au Front de Gauche bien avant d’être au Parti de Gauche, et si je crois être loyal, que l’on sache bien que ma seule loyauté indéfectible est idéologique, et que la source en est synthétisée dans Le manifeste du Parti Communiste de Marx et Engels. Tant pis si ça en choque certains, tant pis si on me voit en gauchiste, je fais mienne cette phrase de Lénine : « Seule la vérité est révolutionnaire. »

À titre personnel, mon apport sera clair : il sera celui pour lequel j’ai été mandaté. Notre comité a proposé un certain nombre d’amendements à la plate-forme d’orientation proposée, certains ont été rejetés, d’autres intégrés au texte. Ma tâche consistera à défendre ceux soumis au débat. J’aurai d’autant moins de mal à accomplir celle-ci avec honnêteté que je suis en phase avec la ligne défendue par mon comité. J’en ai déjà parlé, nous avons fait à Montreuil le pari de l’intelligence collective, le pari de construire notre parti ensemble et pas les uns contre les autres. Nous ne sommes ni un parti de renoncements, ni un parti de permanents, et c’est jusqu’à présent notre force.

Pas besoin de guerre des chefs : les voilà mes chefs !

Pas besoin de guerre des chefs : les voilà mes chefs !

Un congrès, c’est le point culminant d’une période politique déterminée, et j’œuvrerai dans la limite de mes moyens à faire vivre cette cohérence, cette cohésion et cette audace idéologique qui m’ont fait adhérer au Parti de Gauche plutôt qu’à un autre parti. Mais trêve de nombrilisme, le congrès d’un parti de 12,000 membres est un micro-événement, et je suis gentil. Les véritables enjeux sont ailleurs que dans ce microcosme si souvent parisien. Et l’enthousiasme que nous choisissons de placer dans notre congrès sera vain si nous nous montrons incapables de proposer un projet politique en mesure de contribuer à l’émancipation de la classe ouvrière. J’ai confiance en mes camarades pour faire la part des choses et ne pas se laisser détourner de ce qui doit être notre unique but. Le reste n’est que vanité déplacée.

Bonus musical : Aerosmith – Dream On

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Ma république est féministe

« En République, si la justice ne règne pas avec un empire absolu, la liberté est un mot vain. » Maximilien de Robespierre

Aujourd’hui, journée des droits des femmes, c’était l’occasion d’une rencontre au sommet avec la Robe Rouge. Tu l’as compris, on célèbre les droits des femmes, et c’est quand même ma fête ! Le monde est bien fait parfois. Quand deux génies se partagent un coin de terrasse fouettée par le doux soleil marseillais, ils élaborent ensemble leurs plans de conquête et de domination du monde. Tu comprendras donc, ami lecteur, le caractère confidentiel que revêt l’essentiel de la conversation que j’ai eue avec la célèbre blogueuse. Je peux toutefois vous dire que tous les débats ont été menés en bonne intelligence, sans jamais un mot plus haut que l’autre et sans la moindre ombre de mauvaise foi ni de ma part, ni de ma part.

Réflexion faite, tu n’es pas n’importe qui, ami lecteur. Puisque tu me lis, c’est que tu n’es pas la moitié d’un con. Pas un génie, bien sûr – sauf Pierre – mais tout de même, tu as un cerveau dont tu te sers. Pour ces raisons, je vais te dévoiler une partie de notre conversation, mais tu promets, tu balances pas, sinon hop ! À Loubianka !

Elle a troqué sa Robe Rouge contre ma casquette Rock'n'Rouge

Elle a troqué sa Robe Rouge contre ma casquette Rock’n’Rouge

Suite à une ineptie de ma part (même les génies ont des absences!), on en est venus à évoquer ce que c’est qu’être Français. Pour moi qui suis né à Lens, dans une famille déjà installée en France en 1914 (dans le cas très improbable où tu me lirais, sinistre Valls, tu peux ranger tes milices, je suis plus dur à expulser qu’un Rom), c’est une question difficile. Être Français est une caractéristique « naturelle » chez moi : je l’étais avant même de produire une pensée, de parler. Surtout, ça n’a jamais été questionné par les autres. Le Français est ma langue maternelle, j’ai la peau blanche qui me garantit de toujours bénéficier du « délit de bonne gueule », celui qui te préserve des contrôles d’identité et d’un racisme aussi immonde qu’il est larvé. Ou pas. Du coup, je ne me suis pas toujours interrogé sur le sens que cela porte. Rien que pour cette raison, il est hilarant que de sombres imbéciles voient chez les Français naturalisés comme chez ceux qui ne sont pas assez « gaulois » des espèces de sous-Français, pas autant Français que les autres. Eux se la posent, cette question, car trop souvent on la leur pose.

Le chef d’œuvre de Delacroix, actuellement exposé à Lens, ma ville natale.

Le chef d’œuvre de Delacroix, actuellement exposé à Lens, ma ville natale.

Alors qu’est-ce qu’être Français ? Cela mériterait sans doute des pages, mais il me semble que c’est d’abord être républicain. De cette république qui la première proposa d’énoncer les Droits de l’Homme, celle à qui l’on doit notre devise célébrant la liberté, l’égalité et la fraternité. Est Français à mes yeux quiconque vit selon ces trois principes. Autant dire qu’en supprimant le droit du sol et en le remplaçant par ce critère, le pouvoir serait vacant. Bye bye Christine Boutin, ciao Arnaud Montebourg, exit Claude Bartolone et tous nos ennemis de classe ! Le rêve ! J’admets qu’en pratique, il sera difficile de mettre en œuvre un tel critère sans reconstruire une guillotine ou ouvrir un goulag, des mauvaises langues pourraient y voir un enfer pavé de bonnes intentions. Moi j’aime les goulags, mais c’est sûr que comme « plan comm’ » on fait mieux. Ou pas.

« Il y a oppression contre le corps social lorsqu’un seul de ses membres est opprimé. Il y a oppression contre chaque membre lorsque le corps social est opprimé. » Constitution du 24 juin 1793, article 34.

Ma République est féministe, car l’oppression des femmes, c’est l’oppression de toute la société. Pour nous, peuple de gauche, il est généralement acquis (malheureusement pas pour tous, mais sont-ils véritablement de gauche?) que l’émancipation des femmes ne pourra être totale qu’avec l’émancipation de toute la classe ouvrière. Mais ce que nous indique l’article ci-dessus, c’est que réciproquement, l’émancipation de la classe ouvrière ne sera pas totale tant qu’il n’y aura pas eu émancipation des femmes ! En effet, tant que les hommes accepteront que les femmes soient victimes d’injustices pour la simple raison qu’elles sont des femmes, c’est qu’ils toléreront l’injustice sous toutes ses formes.

Ma République est féministe, car la classe ouvrière n’a pas le droit d’accepter les inégalités entre hommes et femmes, puisqu’elles sont la négation de nos trois principes républicains. Les accepter, c’est donner une autorisation implicite à l’exploitation capitaliste. Si un seul membre du corps social est opprimé, c’est tout le corps social qui est opprimé. Avec la moitié du corps social opprimé, on a le compte, non ?

Ma République est féministe, enfin, parce que comme l’écrivait plus tôt un camarade : « Une femme n’est rien de plus qu’un homme mais en femme, ou inversement. »

Pour le Bonus musical, j’ai cherché du Rock en Robe, j’ai trouvé ça : Placebo feat. David Bowie – Without you I’m nothing

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Les polars et l’amnistie des syndicalistes.

Le polar a trop souvent été considéré comme un sous-genre littéraire. Je ne compte pas entrer dans un débat qui à mon avis n’en est pas un. Comme dans tout genre littéraire, il y a les romans de gare qui ne pissent pas loin, mais qui ont en général le mérite de l’assumer. Ça change de Guillaume Musso qui pense encore être écrivain ! Et puis il y a toute cette littérature débordante où le suspense est au service du talent plus que l’inverse. Bien des noms d’auteurs me viennent en tête, mais j’en retiens deux en particulier. Le premier, c’est celui de Fred Vargas, dont la plume fait vivre ces personnages étranges, fuyants, incongrus, dans des atmosphères à la limite de l’onirique. On n’est pas chez Flaubert, Hugo ou Maupassant, mais le suspense n’est ici que secondaire. Un artifice d’artiste au service d’un univers que l’on regrette toujours de quitter.

L’autre esthète du polar qui fait ma joie, c’est l’américain Dennis Lehane. Ami lecteur, même si le roman policier n’est pas ta tasse de thé, tu as forcément rencontré Dennis Lehane au cinéma, puisque son excellent Mystic River a été brillamment adapté par le non moins talentueux Clint Eastwood. Tu as raté ce bijou ? Bon, tu as vu Shutter Island par Martin Scorsese ! Non plus ? Bordel, va falloir que je prenne en main ta culture cinématographique !

Même l'affiche du film est remarquable, je trouve !

Même l’affiche du film est remarquable, je trouve !

Bref, il y a quelques temps déjà, j’ai dévoré Un pays à l’aube, du même auteur. Un pays à l’aube du XXème siècle – l’action se déroule aux USA, pendant l’année 1918 – et d’une puissance qui se construit dans les années qui suivent autour de la lutte idéologique contre le communisme. Et c’est notamment de luttes de classes qu’il est question dans ce roman. L’intrigue policière est très largement reléguée au second plan, prétexte qu’elle est à la peinture sociale d’une époque. Dans cette fresque très documentée, l’écrivain évoque une grève des policiers de Boston, et leurs revendications principalement salariales.

La conclusion de cette grève qui, me semble-t-il, n’est pas une invention mais un événement historique bien réel, c’est que les policiers obtiennent satisfaction pour chacune de leurs revendications. Enfin, les policiers recrutés pour remplacer les grévistes virés. C’est ce symbole qui m’a fait repenser cette semaine au roman que j’évoque ici avec la maladresse de quelqu’un peu familier de la critique littéraire. Oui, notre ennemi de classe a sur nous l’avantage de la conscience de classe qui nous fait si cruellement défaut. Cette conscience le rend inflexible vis-à-vis de toute tentative de rébellion chez les nôtres, et même quand le rapport de forces l’oblige à reculer, il s’arrange pour nous le faire payer d’une manière ou d’une autre, pour rappeler que c’est lui le plus fort.

Le joueur de baseball Babe Ruth, un des protagonistes du roman.

Le joueur de baseball Babe Ruth, un des protagonistes du roman.

C’est bien l’enjeu de la proposition de loi des sénateurs Front de Gauche concernant l’amnistie des syndicalistes. Comme un clin d’œil à la perfide Laurence Parisot et à l’infâme PDG de Titan, cette loi a été votée à l’arrachée dans un Palais du Luxembourg qui, me dit-on, est majoritairement de gauche pour la première fois dans l’Histoire de la Vème République. La majorité soi-disant socialiste a pris soin auparavant de l’amender, ou plus exactement de l’édulcorer au point de la vider de presque tout son sens. Le pire est à venir, on annonce un débat plus âpre encore au Palais Bourbon. Que restera-t-il de cette loi une fois votée ? Un effet de tribune obscène pour un gouvernement qui un jour devra rendre compte d’un bilan bien sombre, je le crains.

Loi d'amnistie

Du coup je pense à Xavier Matthieu, à cet ouvrier de Mittal orphelin d’un œil, et à tous ceux dont on criminalise les revendications, car le Capital punit terriblement nos rébellions. Je pense surtout à Gérard Cazorla, camarade en lutte de Fralib, que j’ai eu la chance de rencontrer à plusieurs reprises. Unilever s’acharne contre lui et d’autres, l’obligeant à mener de front bataille sociale et bataille judiciaire, simplement parce qu’il refuse qu’on lui ôte ce qui le fait vivre. Je pense aux gars de PSA, dont chaque action est désormais accompagnée d’un cortège de CRS, alors même que ceux qui les crucifient sur l’autel du profit peuvent pratiquer le lock-out illégal sans être inquiété. Je pense à eux et à tant d’autres, et j’ai tout simplement la rage.

Bonus musical : The Clash – Guns of Brixton

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