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Les polars et l’amnistie des syndicalistes.

Le polar a trop souvent été considéré comme un sous-genre littéraire. Je ne compte pas entrer dans un débat qui à mon avis n’en est pas un. Comme dans tout genre littéraire, il y a les romans de gare qui ne pissent pas loin, mais qui ont en général le mérite de l’assumer. Ça change de Guillaume Musso qui pense encore être écrivain ! Et puis il y a toute cette littérature débordante où le suspense est au service du talent plus que l’inverse. Bien des noms d’auteurs me viennent en tête, mais j’en retiens deux en particulier. Le premier, c’est celui de Fred Vargas, dont la plume fait vivre ces personnages étranges, fuyants, incongrus, dans des atmosphères à la limite de l’onirique. On n’est pas chez Flaubert, Hugo ou Maupassant, mais le suspense n’est ici que secondaire. Un artifice d’artiste au service d’un univers que l’on regrette toujours de quitter.

L’autre esthète du polar qui fait ma joie, c’est l’américain Dennis Lehane. Ami lecteur, même si le roman policier n’est pas ta tasse de thé, tu as forcément rencontré Dennis Lehane au cinéma, puisque son excellent Mystic River a été brillamment adapté par le non moins talentueux Clint Eastwood. Tu as raté ce bijou ? Bon, tu as vu Shutter Island par Martin Scorsese ! Non plus ? Bordel, va falloir que je prenne en main ta culture cinématographique !

Même l'affiche du film est remarquable, je trouve !

Même l’affiche du film est remarquable, je trouve !

Bref, il y a quelques temps déjà, j’ai dévoré Un pays à l’aube, du même auteur. Un pays à l’aube du XXème siècle – l’action se déroule aux USA, pendant l’année 1918 – et d’une puissance qui se construit dans les années qui suivent autour de la lutte idéologique contre le communisme. Et c’est notamment de luttes de classes qu’il est question dans ce roman. L’intrigue policière est très largement reléguée au second plan, prétexte qu’elle est à la peinture sociale d’une époque. Dans cette fresque très documentée, l’écrivain évoque une grève des policiers de Boston, et leurs revendications principalement salariales.

La conclusion de cette grève qui, me semble-t-il, n’est pas une invention mais un événement historique bien réel, c’est que les policiers obtiennent satisfaction pour chacune de leurs revendications. Enfin, les policiers recrutés pour remplacer les grévistes virés. C’est ce symbole qui m’a fait repenser cette semaine au roman que j’évoque ici avec la maladresse de quelqu’un peu familier de la critique littéraire. Oui, notre ennemi de classe a sur nous l’avantage de la conscience de classe qui nous fait si cruellement défaut. Cette conscience le rend inflexible vis-à-vis de toute tentative de rébellion chez les nôtres, et même quand le rapport de forces l’oblige à reculer, il s’arrange pour nous le faire payer d’une manière ou d’une autre, pour rappeler que c’est lui le plus fort.

Le joueur de baseball Babe Ruth, un des protagonistes du roman.

Le joueur de baseball Babe Ruth, un des protagonistes du roman.

C’est bien l’enjeu de la proposition de loi des sénateurs Front de Gauche concernant l’amnistie des syndicalistes. Comme un clin d’œil à la perfide Laurence Parisot et à l’infâme PDG de Titan, cette loi a été votée à l’arrachée dans un Palais du Luxembourg qui, me dit-on, est majoritairement de gauche pour la première fois dans l’Histoire de la Vème République. La majorité soi-disant socialiste a pris soin auparavant de l’amender, ou plus exactement de l’édulcorer au point de la vider de presque tout son sens. Le pire est à venir, on annonce un débat plus âpre encore au Palais Bourbon. Que restera-t-il de cette loi une fois votée ? Un effet de tribune obscène pour un gouvernement qui un jour devra rendre compte d’un bilan bien sombre, je le crains.

Loi d'amnistie

Du coup je pense à Xavier Matthieu, à cet ouvrier de Mittal orphelin d’un œil, et à tous ceux dont on criminalise les revendications, car le Capital punit terriblement nos rébellions. Je pense surtout à Gérard Cazorla, camarade en lutte de Fralib, que j’ai eu la chance de rencontrer à plusieurs reprises. Unilever s’acharne contre lui et d’autres, l’obligeant à mener de front bataille sociale et bataille judiciaire, simplement parce qu’il refuse qu’on lui ôte ce qui le fait vivre. Je pense aux gars de PSA, dont chaque action est désormais accompagnée d’un cortège de CRS, alors même que ceux qui les crucifient sur l’autel du profit peuvent pratiquer le lock-out illégal sans être inquiété. Je pense à eux et à tant d’autres, et j’ai tout simplement la rage.

Bonus musical : The Clash – Guns of Brixton

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