Archives de Tag: Cahuzac

Le PS aux frontières du réel.

Cahuzac est-il le plus sérieux problème de parti soi-disant socialiste ? Il y a de quoi en douter. Bien entendu, pas question pour moi de minimiser ce qu’il convient d’appeler « l’affaire Cahuzac », mais ce n’est jamais qu’un fait-divers. Surtout, j’ai déjà exprimé en quoi ce genre de scandales me semble illustrer un système tout entier, c’est à dire que sa portée dépasse de loin le seul cadre du parti installé à deux pas du musée d’Orsay. Avec un peu d’astuce, ceux qui ne sont pas à un retournement de veste près pourraient même en tirer profit. On donne le porte-voix à la soi-disant aile gauche du cartel, qui en s’offusquant publiquement remplit la mission de rendre une image de probité à l’ensemble. Cahuzac n’est pas complètement paranoïaque quand il affirme que l’on s’acharne sur lui : le PS et le système capitaliste ont trouvé l’homme à lyncher, le goudron et les plumes arrivent. Surtout, c’est l’opportunité d’une formidable diversion : la faute d’un seul homme devient la faute d’un homme seul, et revêt nécessairement la forme d’une faute morale.

Il s’agit donc de « moraliser la vie politique ». Ici, la question n’est pas tant de déterminer si celle-ci est devenue « immorale », mais de ne surtout pas la présenter comme « amorale ». La distinction n’a rien de négligeable. Les questions de morale relèvent de la sphère privée : si j’attends d’un représentant de la nation une probité sans faille, c’est à dire tout simplement le respect de la loi, le terme de « morale » m’est étranger sur le plan politique. Prenons un exemple pas si ancien. Quand Nicolas le Petit fête sa victoire de 2007 au Fouquet’s, ce n’est pas l’indécence de l’étalage de la richesse qui me choque : qu’un homme qui a de l’argent aime le dépenser, rien de blâmable. Ce qui me fait réagir, c’est que nous vivions dans un système où les uns peuvent dépenser plusieurs milliers d’euros pour un repas de fête quand d’autres crèvent de faim. Ce constat là n’est pas moral : il est politique. Le problème du Fouquet’s, du yacht de Bolloré ou des bijoux de Rachida Dati, c’est que leur fonction symbolique est d’abord de rappeler que pour qu’il y ait des riches, il faut qu’il y ait des pauvres, et réciproquement. Vouloir « moraliser » la politique, c’est avant tout la nier.

Voilà un tweet qui résume tout !

Voilà un tweet qui résume tout !

Ce tour de passe-passe idéologique, le PS en a un besoin vital, car il a cessé d’être un parti politique, pour n’être plus que la courroie de transmission d’un système économique. Autrefois parti de la classe ouvrière pour ensuite s’en désintéresser et devenir le parti des « CSP + », autrement dit le prolétariat instruit, celui des cadres et des professions libérales, l’officine de la rue de Solférino est désormais l’alliée délibérée du Capital. Gauche caviar ou cassoulet, devenue gauche de renoncement, la première année du quinquennat Hollande-Ayrault marque le passage à une gauche capitaliste, autrement dit : la droite, les ennemis de classe. La morale en politique, c’est ce qui permet de se retrouver sur des thématiques consensuelles : la guerre c’est mal, la famine c’est triste, etc. Moraliser, c’est un hochet, un trompe l’œil à usage récréatif, une diversion à l’attention de la populace !

C’est donc dans ces conditions que les ouvriers de PSA, qui s’invitent ici et depuis quelques temps, ont mis samedi le cap sur le Parc de la Villette, à l’occasion du conseil national du parti sournois. Alors qu’au Parti de Gauche, nous nous adressons à la classe ouvrière, alors qu’au Front de Gauche nous avons vocation à renouer avec la notion de « grand parti des travailleurs », ceux-ci ne sont pas les bienvenus chez nos « camarades » de ce gouvernement faussaire. En témoigne l’évacuation en urgence du premier steward. Le Parti Socialiste n’est plus, il dérive à tribord depuis si longtemps qu’aujourd’hui ses dirigeants ont peur des ouvriers, comme de bons bourgeois tout droit sortis d’un roman d’Émile Zola. On comprend mieux pourquoi ils ne cessent de fustiger notre soi-disant « populisme ». Ils ont depuis trop longtemps perdu de vue ce qu’est le peuple, et ils en ont désormais peur.

Une ultime enquête pour l'agent Mulder

Une ultime enquête pour l’agent Mulder

Je continue de penser qu’il reste des militants un peu de gauche au PS, et qu’il y a des électeurs qui pensent vraiment voter à gauche lorsqu’ils choisissent cette formation, mais le récit par le Journal du Dimanche de l’irruption de travailleurs en colère est édifiant. Que penser quand Benoît Hamon, d’après ce récit, évoque « l’irruption du réel dans les débats » ? Mais ! Les mecs ! Vous vous rendez compte que vous déclarez publiquement que faute de tambours et trompettes, vous êtes concrètement passés à la sodomie de drosophiles ? Si vous prétendez être les champions de la Realpolitik, mais que vous êtes traumatisés par l’intervention de la réalité dès qu’elle prend la forme du sang, de la sueur et des cris ouvriers, alors quel genre d’homme êtes-vous devenus ? La pseudo aile gauche de votre formation peut bien gesticuler, faire mine de taper du poing sur la table ou pleurnicher, cette phrase à elle seule prouve que le Parti Socialiste est un corps mort. Et comme tous les corps morts laissés à l’air libre, il dégage une odeur bien peu ragoutante.

Merci à Oskar Kermann Cyrus pour son aide précieuse…

Bonus musical : Didier Super – Marre des pauvres

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Pour la VIème République : Et que vive la Sociale !

Ce week-end, j’ai eu l’occasion de discuter, de manière directe ou indirecte, avec des personnes d’horizons assez différents, de notre marche du 5 mai prochain pour la VIème République. Il en ressort que des clarifications sont nécessaires.

D’abord, un constat, celui de l’échec de la Vème République. Jérôme Cahuzac n’a ici qu’un rôle quasi-métaphorique. Loin de moi l’idée de minimiser la gravité du scandale le concernant, mais il serait idiot d’en faire un bouc-émissaire. Pour autant, pas question de sacrifier celui qui n’est qu’un homme désormais seul (sic) afin de se laver les mains du reste. Pas question non plus de reprendre le slogan poujadiste du « tous pourris ». Comme l’écrivait mon compère du Cri du Peuple vendredi : « Ce n’est pas tous pourris mais tout qui est pourri. » Dans le cadre politique de la Vème république, les hommes honnêtes sont appelés à se corrompre où à se trouver pieds et poings liés.

Source : Commune Communication

Source : Commune Communication

La frontière est parfois ténue entre concession et compromission, entre peser un rapport de forces et avaler une couleuvre. Fixer des limites à son action n’est pas toujours chose aisée, et en un rien de temps, ce système a transformé un militant sincèrement de gauche en serviteur du Capital. Le régime présidentiel se charge de museler les autres. L’épouvante bien orchestrée de la perspective de cohabitation a achevé de garantir un parlement aux ordres de l’exécutif, et en dernier recours, le bicamérisme hérité du Directoire permet une dilution du pouvoir législatif. Résultat, malgré le score de Jean-Luc Mélenchon en avril dernier, le résultat des législatives qui ont suivi n’est pas représentatif de l’influence grandissante de notre projet politique. Et avec la majorité absolue des sièges pour le parti dont le président est issu, notre influence institutionnelle au niveau national est quasi-nulle.

En filigrane, c’est la question de l’État qui se pose à nouveau. Si les partis politiques ne sont que l’outil de conquête de l’État, l’État n’est que l’outil de préservation d’un système politique, économique et social. Par conséquent, l’appel à une Constituante ne doit pas se résumer à un aspect purement institutionnel. Il ne s’agit pas de dire que nous voulons changer de république, il convient d’affirmer quelle république nous voulons. C’est la clé de voûte idéologique nécessaire pour sortir du raccourci « tous pourris ! » C’est aussi ce qui nous protégera des tentatives de récupération de notre mouvement par l’extrême-droite. Sans le volet social de notre discours, il est tentant de rapprocher les « Fronts », et certains ne s’en gênent pas ! Il s’agit donc d’affirmer que nous portons un projet politique à l’opposé des orientations en cours (ANI, Troisième acte de décentralisation, TSCG etc.) : nous ne dénonçons pas ceux qui ont le pouvoir pour devenir califes à la places des califes, nous combattons un outil d’exploitation de l’homme par l’homme.

Vive la Sociale !

Vive la Sociale !

Notre action politique n’est pas faite de « coups » médiatiques, même si nous acceptons parfois de porter le fer avec les mêmes armes que l’ennemi. On ne peut pas dissocier notre appel à une VIème République du reste de nos engagements de terrain. Cet appel se fait dans la continuité de notre travail pour bâtir un Front des luttes, c’est à dire l’incarnation de la convergence des luttes de tous les travailleurs à l’aide de tous les outils à leur disposition : syndicats et partis politiques notamment. C’est pourquoi, je maintiens que cette république n’aura de sens que si elle affirme son caractère anticapitaliste.

Est-ce pour autant une finalité ? Je ne le crois pas, pas plus que la signature de conventions collectives par les syndicats. Ce projet doit être pris pour ce qu’il est : une avancée et surtout un outil dont nous nous dotons pour aller plus loin dans l’émancipation de la classe ouvrière. En ce qui me concerne, je ne serai comblé qu’une fois érigée un système démocratique fondé sur les « conseils ». En russe, ça se dit soviet.

Bonus musical : Patti Smith – People have the power

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Les petites annonces de Libé

On le sait, c’est la crise de la presse papier. Une nouvelle idée m’est venue pour aider le quotidien Libération à vendre davantage d’exemplaires. En effet, puisqu’on nous dit que les caisses de l’État sont vides, il ne fait pas bon être l’organe de presse officiel du gouvernement.

libé

Donc, je suggère qu’un résumé en images du journal fondé par celui qui refusa le Prix Nobel – et tenu par des écrivaillons sans talent – soit lu en voix off dans tous les cinémas par un stagiaire à la voix de préférence nasillarde. On adoptera une maquette en noir et blanc pour rappeler de façon avant-gardiste que Libération, c’est avant tout un journal écrit avec de l’encre noire sur du papier blanc.

Bonus musical : Eiffel (sur des paroles de Léo Ferré) – Le conditionnel de variétés

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La république n’est pas compatible avec le capitalisme

Y a-t-il vraiment une « affaire Cahuzac », comme il y a eu une « affaire Woerth » ? Ce simple mot, « affaire », enferme tout ce qu’il y a de moisi dans le fonctionnement de la Vème République. Dans le langage convenu des médias et des professionnels de la politique, on n’entend plus guère l’expression « être au pouvoir », le mot « pouvoir » est sale, connoté, le pouvoir c’est nécessairement le pouvoir sur l’autre, une illégitimité quasi-ontologique. Toujours donner l’illusion de ce qui est lisse, l’égalité proclamée par la novlangue. Non, la pensée dominante préfère l’expression « être aux affaires ».

Les affaires de l’État ? Rien n’est moins sûr. Du temps de Chirac, les « affaires » désignent un ensemble de magouilles dans lesquels tant de personnages publics ont trempé. Rien de grave, on pratique l’amnésie à grande échelle, le public oublie. C’est ainsi qu’on peut être mêlé jusqu’au cou dans une affaire sordide de sang contaminé par le virus du sida au milieu des années 80, il suffit d’être patient, on se relève de tout et on finit ministre des affaires étrangères.

Les affaires, c’est les affaires. Les affaires tout court. En Vème République, tout est dans tout, et réciproquement (sic). On dirige un cabinet ministériel, le temps de faire quelques relations, d’épaissir un carnet d’adresses bien utile une fois de retour dans le privé. C’est le système qui le veut, il s’est construit dans une logique de vases communicantes. On naît du bon côté de la barrière de classe, on fait des études de droit, de sciences politiques, on passe par l’ENA, par HEC, Polytechnique… On finit par proclamer élite ce qui n’est que consanguinité toute capétienne. L’un deviendra une figure importante d’un cartel de patrons, son tout petit frère sera président de la république. Pas de complot, juste des logiques cohérentes de préservation de classe.

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Woerth, Cahuzac, d’accord. Voilà les petits derniers d’une liste déjà longue de ceux qui se servent du système pour camoufler leurs magouilles. Avant eux il y a eu Dumas, Tapie, Tibéri, j’en passe et de bien meilleurs. Ces gens-là ne manipulent pas le système, ils sont le système. La liste est longue et s’allongera encore, car elle exprime l’essence de ce qu’est le capitalisme : la recherche du profit maximal par tous les moyens. On peut décider de « moraliser la vie politique », créer pour cela une commission, mettre à sa tête un ancien premier ministre et sans la moindre once de second degré y inclure une ex-ministre VRP en pharmacie. Cela conduira à un changement des règles du jeu, peut-être, mais le jeu continue.

Après Cahuzac, qui viendra ? Peu importe au fond, qu’il soit issu du PS. UMP et FN ont fait leurs preuves dans l’escroquerie. Soyons honnête jusqu’au bout. Remplacez Cahuzac par mon voisin du dessus ou mon boucher, rien ne changera, personne n’est pur. Il n’est pas tellement question de personnes physiques, le véritable problème est que la corruption, la fraude et autres travers vénaux sont consubstantiels au capitalisme.

Vite, la révolution !

Vite, la révolution !

Depuis que la monarchie a cessé d’être sérieusement envisagée en France comme alternative politique, la République s’est peu à peu éloignée de ses buts premiers. Alors qu’elle devrait être perçue comme le choix d’un système politique, elle est reléguée au rôle de fonctionnement institutionnel du capitalisme. Sous la Vème république, les élus du Front de Gauche ne pourront jamais guère faire mieux que contribuer à limiter la casse sociale, notamment au plan local. Mais même quand nous serons majoritaires au niveau national, cette fausse république au service de l’oligarchie nous enchaînera. On ne pourra pas mener une véritable politique de gauche dans son cadre.

L’appel que nous avions lancé lors de la dernière campagne présidentielle n’était pas un hochet, un produit marketing de campagne. C’est une nécessité, la condition sine qua non de notre réussite. La Vème République, c’est la confiscation de la souveraineté populaire au profit de l’oligarchie, c’est une république en trompe l’œil.

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Cet appel, nous le renouvelons aujourd’hui. Nous voulons la VIème République car nous voulons rendre le pouvoir à son seul propriétaire légitime : le peuple. Nous voulons la VIème République car nous voulons la République.

EDIT : Pour aller plus loin sur le sujet : Pour la VIème République : Et que vive la Sociale

Images : Naz Oke

Bonus musical : Midnight Oil (encore) – Redneck Wonderland

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L’arbre qui cachait une forêt (brune)

Au départ, donc, il y a un scandale politico-financier devenu trop banal. Comme son prédécesseur du précédent quinquennat, Monsieur Éric Woerth, Jérôme Cahuzac est démasqué. Les deux sont réputés pour leur expertise en termes de finances, une expertise telle qu’on finit par les prendre la main dans le sac. Pour le petit prolétaire que je suis, les sommes sont vertigineuses, pas pour nos protagonistes. Eux qui tutoient la bourgeoisie, la vraie, celle qui prend bien soin de ne pas faire parler d’elle, ça devait ressembler à des pourboires. Plus sérieusement, il y a de quoi s’interroger. Il me semble avoir retenu de la théorie monétaire de Marx la notion de « fétichisme de l’argent ». Être ministre « en charge des sous » dans un tel système, n’est-ce pas nécessairement installer un loup dans une bergerie ? Autrement dit, peut-on être un ministre de l’économie compétent sans être vénal, avec les conséquences que l’on voit quand cette logique est éprouvée jusque dans ses derniers retranchements. Je pose des questions, chacun proposera ses réponses.

Au moment de l’affaire Woerth, le président Sarkozy, jamais avare de voler au secours des escrocs et des dictateurs, avait décrit Mediapart en ces termes : « une officine au service de la gauche ». Aujourd’hui, Sarkozy aussi est mis en examen. Dont acte. Mais si Mediapart a ouvert le feu en premier, avec un dossier manifestement solide, n’en déplaise à certains, ce n’est pas une officine au service de la gauche qui sort le dossier explosif du jour. C’est un célèbre quotidien vespéral – dont on sait qu’il ne peut être soupçonné de sympathies pour le Front de Gauche – qui braque les projecteurs sur l’extrême droite.

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Alors que l’instruction du dossier Cahuzac démarre à peine sur le plan judiciaire, la pièce qui se joue sous nos yeux – ébahis, il faut bien le reconnaître – voit naître des personnages ô combien chatoyants. Ainsi, on apprend que le compte UBS de l’ex-ministre a été ouvert par un tiers, le dénommé Philippe Péninque. Dans le langage médiatique policé, l’attribut consacré est « sulfureux ». Dans le mien, on peut choisir entre crapule, ordure, résidu de tourista ou encore le très à la mode salopard. Son CV parle pour lui, voyez plutôt :

« Philippe Péninque, 60 ans, n’est pas un inconnu pour ceux qui suivent les affaires de l’extrême droite. Cet ex-membre du GUD, un syndicat étudiant d’extrême droite radicale, connu pour sa violence, est aussi ancien membre fondateur d’Egalité et réconciliation. Il fait aujourd’hui partie des conseillers officieux de Marine Le Pen. En 2007, il avait réalisé l’audit du Front national. »

Ce bien triste sire est par ailleurs associé à un autre personnage peu ragoutant, Jean-Pierre Eymié, dont on apprend que ses petits camarades gudards l’ont affublé du doux surnom de « Johnny le boxeur ». Tout un programme, d’autant plus alléchant que ces deux là forment avec l’homme qui n’a jamais cru à la lutte des classes une bande suffisamment intime pour pratiquer ensemble le golf et les week-ends à la mer. Je sais bien qu’on n’est pas responsable des méfaits de nos amis, mais tout de même, dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. Là on est quand même sur de la crevure de première classe. Il y a de quoi s’interroger.

À ce stade, deux points me paraissent importants à prendre en compte. Je veux bien accorder à chacun le bénéfice du doute sur sa connaissance des activités frauduleuses d’un membre du gouvernement, encore que cela soulève bien des interrogations. L’évasion fiscale est un passe-temps qui gagne à être pratiqué avec discrétion. Néanmoins, on ne devient pas ministre du jour au lendemain, Monsieur Cahuzac n’a pas été désigné à un poste aussi important que le sien à l’issue d’un tirage au sort, parmi d’autres inconnus. S’il a été choisi, c’est parce que messieurs Hollande et Ayrault connaissaient sa position idéologique. Ils ont donc sciemment donné leur confiance à un homme qui, bien qu’issu de leurs rangs, n’est manifestement pas un homme de gauche. Pouvaient-ils ignorer que ses sympathies allaient si volontiers à l’extrême-droite française la plus nauséabonde ? Une fois de plus, je pose la question, et je ne la pose pas qu’au gouvernement, mais à l’ensemble du Parti soi-disant socialiste. Il y a quelques semaines, Harlem Désir, qui s’est empressé d’aboyer avec les loups lorsque Jean-Luc Mélenchon a été flétri par des accusations infâmes, condamnait « fortement les attaques et les calomnies sans fondement à l’encontre de Cahuzac. » En voilà encore un qui n’en rate pas une.

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L’autre élément fort intéressant, c’est le glas du positionnement « anti-système » du Front National. Toute la crédibilité du parti qui sent bon l’OAS et les Croix de Feu repose sur l’idée qu’il représenterait une alternative sérieuse aux ploutocrates, au technocrates, etc. La communication du « tous pourris » est une stratégie efficace, tant l’État capitaliste lui donne régulièrement du grain à moudre. Pour paraître honnête, rien de tel que de dénoncer les travers des autres. On paraît toujours moins sale une fois qu’on a couvert de boue ses adversaires. Bien souvent, ceux-ci n’ont même pas besoin qu’on les aide.

Sauf que cette fois-ci, patatras, cette idéologie rance dévoile sa structure de château de cartes. Et la carte de trop, celle qui fait s’effondrer l’édifice, a été posée par Jérôme Cahuzac. Dans cette affaire, l’extrême droite française montre son vrai visage. Ses membres s’accommodent très bien du système capitaliste dont ils sont les bénéficiaires patentés. Ses leaders pourront bien s’offusquer et démentir, leur opposition est bel et bien une posture, un épouvantail idéologique. Parlez leur de leur porte-monnaie, et les barrières de papier qu’ils ont bâties eux-même se déchireront bien vite. Nous en avons désormais une nouvelle preuve, le fascisme est bien une forme aboutie et nauséabonde du capitalisme. Et cette fois, je ne me pose plus la question, j’affirme.

Bonus musical : Midnight Oil – Beds are burning

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La « punchline » Gérard Filoche

Ah ! Cahuzac ! On me dit qu’il ne faut pas tirer sur une ambulance ! En même temps, ceux qui me le disent ont de drôles de têtes d’ambulanciers en ce moment. Il ne faut donc pas « s’essuyer les pieds » sur un homme à terre (je cite). Il ne fallait pas non plus sortir le goudron ni les plumes quand il était bien vivant, nous expliquant que nous étions des clowns. Et puisqu’on récapitule, il ne faut pas non plus tirer sur le reste du gouvernement, il faut lui laisser sa chance (de mener à bien la politique initiée lors du précédent quinquennat). Bref, il ne faut rien dire.

Surtout, il ne faut pas taper sur nos camarades du parti soi-disant socialiste. Ce sont nos concurrents (sic), pas nos adversaires, ce n’est pas la droite, c’est le social-libéralisme. Bref, mieux vaut ne rien dire, ne rien faire, et attendre l’hostie. Amen. D’ailleurs, ils sont pas tous pourris au Parti Socialiste. Regardez Gérard Filoche, comme il était ému aux larmes, face à Michel Field sur le plateau de LCI !

Vingt ans de bureau national du parti soi-disant socialiste, tu nous le rappelles à l’envi ! Vingt ans sans être fichu d’obtenir la moindre investiture, vingt ans sans jamais obtenir la moindre majorité au sein de ton « parti sain » (quand tu as dit ces mots, je me suis joint à tes larmes, mais moi je pleurais de rire). Y a-t-il donc encore suffisamment d’hommes naïfs pour croire à tes larmes ? Un peu de sérieux, tu es la « caution de gauche » de ce qui n’est plus depuis longtemps qu’un cartel de partis aux relents moisis de féodalité. Ce serait faire insulte à ton intelligence que de croire que tu ne le sais pas toi-même. Alors va, sèche donc tes larmes de crocodile : comme Depardieu, ton jeu d’acteur poussif a achevé de nous lasser. Ce numéro là ne fait qu’ajouter de la grossièreté à la grossièreté.

Il paraît qu’il ne faut pas tirer sur une ambulance, Gérard, alors j’ai hésité à te dire tout cela. Mais s’agissant de toi, j’ai bien souvent le sentiment étrange de tirer sur un corbillard.

Bonus musical : Jethro Tull – Locomotive Breath

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Cahuzac, menteur en bloc et en détails.

La facilité, quel piège ! Je m’étais promis de n’écrire que des articles plein de sens, qui apporteraient quelque chose de neuf, de ne jamais aboyer avec la meute. Heureusement, contrairement à d’autres, je fais attention à ce que je déclare publiquement. Ça tombe bien, ce soir je n’y résiste pas. Envie de rire un peu. Tant pis si on rit jaune comme la CFDT.

Menteur !

Menteur !

Jérôme Cahuzac ne pensait donc ni en Français, ni en Finance internationale, il ne pensait pas du tout d’ailleurs, il comptait ses francs suisses. C’est l’heure pour lui d’écrire sa lettre d’excuses. Bel exercice consistant à reconnaître que mentir c’est mal mais que c’est parce que l’enfer est pavé de bonnes intentions et qu’il pensait à l’intérêt supérieur de la France quand même. En bref, un monument de tartuferie. Au cynisme mis à nu d’un gouvernement qui avait donc choisi de confier la caisse au voleur, on ajoute le parfum écœurant du grotesque.

Source : Mediapart

Source : Mediapart

Je pense ce soir à ce prétendu journaliste au talent télévisuel dont l’accent chantant du Pays Basque masque de plus en plus mal le rôle de larbin au service du Capital. Monsieur Aphatie, quels trésors d’énergie avez-vous déployé, notamment sur Twitter, à donner des leçons de déontologie journalistique à Fabrice Arfi ! Aujourd’hui votre maître nous informe que vous avez eu tort de le défendre avec tant de mauvaise foi. J’aimerais savoir : comment se sent-on quand la laisse devient si courte et que c’est un cadavre qui la tient ?

Je ris jaune, pourtant. Le canard enchaîné fait ses choux gras d’une telle affaire, avec toujours en son bec une plume qui était déjà acide en 1934.

Cette image n'a aucun lien avec mon article et s'est donc retrouvée publiée par erreur. Désolé.

Cette image n’a aucun lien avec mon article et s’est donc retrouvée publiée par erreur. Désolé.

Décidément, ceux qui nous replongent dans l’atmosphère délétère des années 30 ne sont pas forcément ceux qu’on croit. N’en déplaise à Harlem Désir, ils ne sont pas au Front de Gauche, ils sont au parti soi-disant socialiste, et ils occupent les postes-clés au gouvernement.

Bonus musical : Bernard Lavilliers – Troisièmes couteaux

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