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Le PS aux frontières du réel.

Cahuzac est-il le plus sérieux problème de parti soi-disant socialiste ? Il y a de quoi en douter. Bien entendu, pas question pour moi de minimiser ce qu’il convient d’appeler « l’affaire Cahuzac », mais ce n’est jamais qu’un fait-divers. Surtout, j’ai déjà exprimé en quoi ce genre de scandales me semble illustrer un système tout entier, c’est à dire que sa portée dépasse de loin le seul cadre du parti installé à deux pas du musée d’Orsay. Avec un peu d’astuce, ceux qui ne sont pas à un retournement de veste près pourraient même en tirer profit. On donne le porte-voix à la soi-disant aile gauche du cartel, qui en s’offusquant publiquement remplit la mission de rendre une image de probité à l’ensemble. Cahuzac n’est pas complètement paranoïaque quand il affirme que l’on s’acharne sur lui : le PS et le système capitaliste ont trouvé l’homme à lyncher, le goudron et les plumes arrivent. Surtout, c’est l’opportunité d’une formidable diversion : la faute d’un seul homme devient la faute d’un homme seul, et revêt nécessairement la forme d’une faute morale.

Il s’agit donc de « moraliser la vie politique ». Ici, la question n’est pas tant de déterminer si celle-ci est devenue « immorale », mais de ne surtout pas la présenter comme « amorale ». La distinction n’a rien de négligeable. Les questions de morale relèvent de la sphère privée : si j’attends d’un représentant de la nation une probité sans faille, c’est à dire tout simplement le respect de la loi, le terme de « morale » m’est étranger sur le plan politique. Prenons un exemple pas si ancien. Quand Nicolas le Petit fête sa victoire de 2007 au Fouquet’s, ce n’est pas l’indécence de l’étalage de la richesse qui me choque : qu’un homme qui a de l’argent aime le dépenser, rien de blâmable. Ce qui me fait réagir, c’est que nous vivions dans un système où les uns peuvent dépenser plusieurs milliers d’euros pour un repas de fête quand d’autres crèvent de faim. Ce constat là n’est pas moral : il est politique. Le problème du Fouquet’s, du yacht de Bolloré ou des bijoux de Rachida Dati, c’est que leur fonction symbolique est d’abord de rappeler que pour qu’il y ait des riches, il faut qu’il y ait des pauvres, et réciproquement. Vouloir « moraliser » la politique, c’est avant tout la nier.

Voilà un tweet qui résume tout !

Voilà un tweet qui résume tout !

Ce tour de passe-passe idéologique, le PS en a un besoin vital, car il a cessé d’être un parti politique, pour n’être plus que la courroie de transmission d’un système économique. Autrefois parti de la classe ouvrière pour ensuite s’en désintéresser et devenir le parti des « CSP + », autrement dit le prolétariat instruit, celui des cadres et des professions libérales, l’officine de la rue de Solférino est désormais l’alliée délibérée du Capital. Gauche caviar ou cassoulet, devenue gauche de renoncement, la première année du quinquennat Hollande-Ayrault marque le passage à une gauche capitaliste, autrement dit : la droite, les ennemis de classe. La morale en politique, c’est ce qui permet de se retrouver sur des thématiques consensuelles : la guerre c’est mal, la famine c’est triste, etc. Moraliser, c’est un hochet, un trompe l’œil à usage récréatif, une diversion à l’attention de la populace !

C’est donc dans ces conditions que les ouvriers de PSA, qui s’invitent ici et depuis quelques temps, ont mis samedi le cap sur le Parc de la Villette, à l’occasion du conseil national du parti sournois. Alors qu’au Parti de Gauche, nous nous adressons à la classe ouvrière, alors qu’au Front de Gauche nous avons vocation à renouer avec la notion de « grand parti des travailleurs », ceux-ci ne sont pas les bienvenus chez nos « camarades » de ce gouvernement faussaire. En témoigne l’évacuation en urgence du premier steward. Le Parti Socialiste n’est plus, il dérive à tribord depuis si longtemps qu’aujourd’hui ses dirigeants ont peur des ouvriers, comme de bons bourgeois tout droit sortis d’un roman d’Émile Zola. On comprend mieux pourquoi ils ne cessent de fustiger notre soi-disant « populisme ». Ils ont depuis trop longtemps perdu de vue ce qu’est le peuple, et ils en ont désormais peur.

Une ultime enquête pour l'agent Mulder

Une ultime enquête pour l’agent Mulder

Je continue de penser qu’il reste des militants un peu de gauche au PS, et qu’il y a des électeurs qui pensent vraiment voter à gauche lorsqu’ils choisissent cette formation, mais le récit par le Journal du Dimanche de l’irruption de travailleurs en colère est édifiant. Que penser quand Benoît Hamon, d’après ce récit, évoque « l’irruption du réel dans les débats » ? Mais ! Les mecs ! Vous vous rendez compte que vous déclarez publiquement que faute de tambours et trompettes, vous êtes concrètement passés à la sodomie de drosophiles ? Si vous prétendez être les champions de la Realpolitik, mais que vous êtes traumatisés par l’intervention de la réalité dès qu’elle prend la forme du sang, de la sueur et des cris ouvriers, alors quel genre d’homme êtes-vous devenus ? La pseudo aile gauche de votre formation peut bien gesticuler, faire mine de taper du poing sur la table ou pleurnicher, cette phrase à elle seule prouve que le Parti Socialiste est un corps mort. Et comme tous les corps morts laissés à l’air libre, il dégage une odeur bien peu ragoutante.

Merci à Oskar Kermann Cyrus pour son aide précieuse…

Bonus musical : Didier Super – Marre des pauvres

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Ennemi si tu tombes, un ennemi sort de l’ombre à ta place.

« Le roi est mort, vive le roi » disait-on autrefois. On peut rire du camouflet infligé à Laurence Parisot par ses pairs, ça donne un air de carnaval à ce printemps qui ne se décide pas à venir. Le MEDEF reste malgré tout bien là, confortablement installé au 55 de l’avenue Bosquet dans le 7ème arrondissement de Paris. Précision pour ceux qui ne sont pas familiers de Paris, le 7ème, disons que ce n’est pas la goutte d’or. Ça n’a peut-être l’air de rien, mais entre un « syndicat » installé dans la partie ouest de la rive gauche et un syndicat installé rue de Paris, à Montreuil, il y a un symbole qui ne trompe pas.

Ceci n'est - vraiment - pas un syndicat.

Ceci n’est – vraiment – pas un syndicat.

Le MEDEF continue donc à avoir pignon sur rue, et les travailleurs de PSA en grève depuis 11 semaines le savent très bien. Après avoir investi mercredi une annexe du ministère du travail, ils sont bien décidés à ne pas en rester là, comme en témoigne leur action éclair au siège de cette officine du Capital située à deux pas des Invalides. Cette action démarrée dans le 7ème en début d’après-midi et qui s’est terminée dans la soirée en plein 18ème arrondissement, c’est un nouveau témoignage de la haine de classe que subit quotidiennement les nôtres.

Tout commence par un message sur Facebook du camarade Antoine Foti, militant PG dans le 18ème : les PSA mènent une action au siège du MEDEF, les CRS sont de la partie. J’ai à peine le temps de le relayer que mon compère de la veille et moi-même avons un échange de textos comme seuls les banlieusards peuvent les connaître, dès qu’il s’agit de se rendre en urgence à Paris :

On a opté pour le scooter.

On a opté pour le scooter.

Le temps d’enfiler les casques que les mises à jour s’enchaînent. C’est finalement au commissariat de la rue de Clignancourt qu’on retrouve nos camarades déjà sur place. De là, on rejoint un dépôt de la rue des évangiles. Les PSA sont retenus en nombre à l’intérieur. Nous sommes une centaine à l’extérieur, décidés à affronter le froid jusqu’à la libération du dernier d’entre eux.

Des ouvriers relâchés au compte-goutte.

Des ouvriers relâchés au compte-goutte.

Je croise Jean-Pierre Mercier, délégué CGT de l’usine d’Aulnay, qui m’explique brièvement qu’ils se sont baladés environ une heure dans les bureaux du lobby patronal pour manifester leur colère et leur solidarité à l’égard de leurs collègues menacés de licenciement suite à des actions menées récemment. La police de classes de Manuel Valls connaît son travail. Les « gueux » sont évacués du « palais » : quand un gouvernement soi-disant socialiste tolère un lock-out pourtant illégal de la direction de PSA, on sait qu’il ne fait pas bon pour les travailleurs être revendicatifs, encore moins vindicatifs.

Le bruit court que le MEDEF a l’intention de porter plainte. Pourtant, les casseurs, ce ne sont pas les ouvriers, mais bien les patrons, casseurs d’emplois, casseurs avec le pouvoir complice du code du travail, casseurs du seul bien des prolétaires que nous sommes : notre force de travail. François Hollande, à la télévision au même instant, peut bien enchaîner les phrases creuses, un gouvernement véritablement de gauche n’aurait pas laissé faire PSA, un gouvernement véritablement de gauche serait dans cette lutte du côté des travailleurs, et certainement pas complice de la criminalisation de leur action.

Lorsque les derniers « suspects » sont enfin libérés, les délégués syndicaux prennent la parole devant une assemblée très remontée. D’autres actions sont promises, les PSA n’en resteront pas là, d’autant que la solidarité à leur égard a été un succès : les caisses de soutien leur permettront de se payer pour la deuxième fois ! Mais pour l’heure, c’est le moment de prendre un repos bien mérité. L’occasion d’improviser une manifestation jusqu’au métro Marx Dormoy, avant de s’engouffrer dans les transports en commun. Demain sera un autre jour… de luttes.

Tribune improvisée des délégués syndicaux.

Tribune improvisée des délégués syndicaux.

Bonus France 3 : Pour une fois que c’est pas Télé-Vatican !

Bonus musical : Les Fatals Picards – Le combat ordinaire

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