La république n’est pas compatible avec le capitalisme

Y a-t-il vraiment une « affaire Cahuzac », comme il y a eu une « affaire Woerth » ? Ce simple mot, « affaire », enferme tout ce qu’il y a de moisi dans le fonctionnement de la Vème République. Dans le langage convenu des médias et des professionnels de la politique, on n’entend plus guère l’expression « être au pouvoir », le mot « pouvoir » est sale, connoté, le pouvoir c’est nécessairement le pouvoir sur l’autre, une illégitimité quasi-ontologique. Toujours donner l’illusion de ce qui est lisse, l’égalité proclamée par la novlangue. Non, la pensée dominante préfère l’expression « être aux affaires ».

Les affaires de l’État ? Rien n’est moins sûr. Du temps de Chirac, les « affaires » désignent un ensemble de magouilles dans lesquels tant de personnages publics ont trempé. Rien de grave, on pratique l’amnésie à grande échelle, le public oublie. C’est ainsi qu’on peut être mêlé jusqu’au cou dans une affaire sordide de sang contaminé par le virus du sida au milieu des années 80, il suffit d’être patient, on se relève de tout et on finit ministre des affaires étrangères.

Les affaires, c’est les affaires. Les affaires tout court. En Vème République, tout est dans tout, et réciproquement (sic). On dirige un cabinet ministériel, le temps de faire quelques relations, d’épaissir un carnet d’adresses bien utile une fois de retour dans le privé. C’est le système qui le veut, il s’est construit dans une logique de vases communicantes. On naît du bon côté de la barrière de classe, on fait des études de droit, de sciences politiques, on passe par l’ENA, par HEC, Polytechnique… On finit par proclamer élite ce qui n’est que consanguinité toute capétienne. L’un deviendra une figure importante d’un cartel de patrons, son tout petit frère sera président de la république. Pas de complot, juste des logiques cohérentes de préservation de classe.

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Woerth, Cahuzac, d’accord. Voilà les petits derniers d’une liste déjà longue de ceux qui se servent du système pour camoufler leurs magouilles. Avant eux il y a eu Dumas, Tapie, Tibéri, j’en passe et de bien meilleurs. Ces gens-là ne manipulent pas le système, ils sont le système. La liste est longue et s’allongera encore, car elle exprime l’essence de ce qu’est le capitalisme : la recherche du profit maximal par tous les moyens. On peut décider de « moraliser la vie politique », créer pour cela une commission, mettre à sa tête un ancien premier ministre et sans la moindre once de second degré y inclure une ex-ministre VRP en pharmacie. Cela conduira à un changement des règles du jeu, peut-être, mais le jeu continue.

Après Cahuzac, qui viendra ? Peu importe au fond, qu’il soit issu du PS. UMP et FN ont fait leurs preuves dans l’escroquerie. Soyons honnête jusqu’au bout. Remplacez Cahuzac par mon voisin du dessus ou mon boucher, rien ne changera, personne n’est pur. Il n’est pas tellement question de personnes physiques, le véritable problème est que la corruption, la fraude et autres travers vénaux sont consubstantiels au capitalisme.

Vite, la révolution !

Vite, la révolution !

Depuis que la monarchie a cessé d’être sérieusement envisagée en France comme alternative politique, la République s’est peu à peu éloignée de ses buts premiers. Alors qu’elle devrait être perçue comme le choix d’un système politique, elle est reléguée au rôle de fonctionnement institutionnel du capitalisme. Sous la Vème république, les élus du Front de Gauche ne pourront jamais guère faire mieux que contribuer à limiter la casse sociale, notamment au plan local. Mais même quand nous serons majoritaires au niveau national, cette fausse république au service de l’oligarchie nous enchaînera. On ne pourra pas mener une véritable politique de gauche dans son cadre.

L’appel que nous avions lancé lors de la dernière campagne présidentielle n’était pas un hochet, un produit marketing de campagne. C’est une nécessité, la condition sine qua non de notre réussite. La Vème République, c’est la confiscation de la souveraineté populaire au profit de l’oligarchie, c’est une république en trompe l’œil.

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Cet appel, nous le renouvelons aujourd’hui. Nous voulons la VIème République car nous voulons rendre le pouvoir à son seul propriétaire légitime : le peuple. Nous voulons la VIème République car nous voulons la République.

EDIT : Pour aller plus loin sur le sujet : Pour la VIème République : Et que vive la Sociale

Images : Naz Oke

Bonus musical : Midnight Oil (encore) – Redneck Wonderland

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5 réflexions sur “La république n’est pas compatible avec le capitalisme

  1. […] nous serons dans la rue, drapeaux rouges aux vents, pour déboulonner les oligarques et arracher la 6e République écologique et sociale que la situation […]

  2. […] un constat, celui de l’échec de la Vème République. Jérôme Cahuzac n’a ici qu’un rôle quasi-métaphorique. Loin de moi l’idée de […]

  3. […] est l’habillage constitutionnel du capitalisme. Avant moi, mon ami Arthur Fontel avait posé que « la République est incompatible avec le capitalisme ». Mon ami et fellow blogueur de gauche, Politeeks, s’est porté en faux sur mes affirmations, […]

  4. C’est sûr qu’il semble même parfois y avoir une surenchère de voix en fonction des « affaires », on vient de voir en Polynésie que condamné, mis en examen, on peut arriver en tête des élections (1er tour)
    donc au delà du système n’y a-t-il pas aussi une interrogation à se poser sur les réactions des citoyens qui favorisent les « malins » (au sens étymologique) ?
    chaleureusement

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