Avec Agora Fidelio, face à ses yeux verts…

Dans la vie, on parvient parfois à s’extraire de la monotonie quotidien pour s’offrir quelques secondes d’éternité. Il y en a un, vieux de six ans, qui est encore intact dans ma mémoire. J’étais passager d’une voiture, quelque part sur une route escarpée d’Ariège. La jolie femme aux yeux verts au volant ce jour là étaient de ceux qui apprécient la perfection de la scène finale de Fight Club. L’arrivée de Where is my mind des Pixies au millième de seconde près, un pur moment de génie. Elle connaissait par cœur cette route de son enfance, au point de pouvoir lancer la chanson Altitude Zéro au moment parfait pour que la musique devienne la bande originale de notre escapade, pour que les paysages défilant sous mes yeux se transforme en un clip aux allures bucoliques.

Il y a des histoires musicales où la scène est profondément liée à ce qu’on a de plus intime. Le chanteur d’Agora Fidelio, car c’est de ce groupe toulousain qu’il s’agit, j’en avais déjà entendu parler. Il hurlait depuis un moment déjà dans le micro de Psykup, groupe de métal d’une scène toulousaine jamais avare de créativité musicale. J’avais quelques potes qui en étaient complètement fondus. Le métal, j’ai souvent du mal, et Psykup ne dérogeait pas à la règle. J’ai toujours trouvé épatant la capacité de Matthieu à hurler une violence quasi-bestiale dans Psykup et produire un chant doux et subtil avec Agora Fidelio.

Photo : Mélodie Oxalia

Photo : Mélodie Oxalia

Doux, subtil, mais pas moins violent. Ici, la violence est toute cérébrale, comme de la haine à froid. Non, « haine » n’est pas le bon mot. C’est plutôt le chant d’une mise à nu. On y trouve la douceur, la beauté de l’intimité, mais aussi ses souffrances et ses plaies. Il y a dans les textes d’Agora Fidelio une forme de romantisme sombre qu’on ne trouve guère que chez Noir Désir, Bashung ou Thiéfaine. Et à ce jeu, le groupe toulousain tire son épingle du jeu avec un brio sans cesse renouvelé. Il y a filiation artistique, mais jamais l’ombre d’une imitation.

Cette force littéraire, l’expression crue de la fragilité des hommes, on ne pourrait pas y prêter toute l’attention qu’elle mérite sans la force de composition musicale qui l’accompagne. Quand je les ai découverts, bien des groupes s’essayaient au post-rock avec un syndrome de mégalomanie instrumentale. De la même manière que certains digèrent mal Marx et sombrent dans ce que Lénine appelait La maladie infantile du communisme, bien trop de musiciens voient dans le post-rock l’expression pompeuse de délires narcissiques. Le rock progressif a eu le même problème. Agora Fidelio, c’est au contraire une formation réduite aux fondamentaux du rock : Basse/Batterie/Guitare/Chant pour l’essentiel. Des thèmes le plus souvent mineurs, des arpèges soignés, et on se trouve en quelques mesures dans cette zone démilitarisée du rock, un no man’s land musical où tout est à construire.

Agore Fidelio - Altitude Zéro

Agore Fidelio – Altitude Zéro

Quand je sens venir en moi cette montée de rage impuissante que connaissent si bien ceux qui sont à fleur de peau, je n’ai plus besoin de m’écorcher les phalanges en tapant des les murs, je mets un disque d’Agora Fidelio, et ma chaîne hi-fi s’en charge pour moi.

Bonus Hadopi : Agora Fidelio – Si tu savais comme

Bonus vidéo : Agora Fidelio – Finir à Paris

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