Je ne dors plus

À Vincent, Bruno, Jonathan, Sophia, et surtout à Nathanaël, Franck, et Riva.

Le bruit courait, dans les milieux autorisés, que ce blog hibernait à durée indéterminée. Certains avançaient même qu’il était décédé. Et puis les quelques personnes qui me lisent sont le plus souvent de fidèles lecteurs de mon prolifique papa, et avaient remarqué que ma plume virtuelle s’y épanche de plus en plus régulièrement. Comme toujours quand il s’agit de telles rumeurs, la réalité est bien plus prosaïque. Plusieurs raisons m’ont éloigné de la tenue de ce blog, la plupart sont privées et ceux à qui j’ai souhaité les expliquer sont déjà au courant. Pour toi, lecteur de passage, que je n’ai pas l’honneur de compter parmi mes proches, j’expliquerai tout de même la raison principale.

Produire un écrit public, comme un billet de blog, c’est d’abord pour être lu. À ceux qui tiennent un blog en pensant le contraire, je me permettrai de soumettre une suggestion simple : tenez un journal. Personnellement, je n’ai pas de « journal » au sens strict du terme, mais un petit calepin que je trimbale avec moi presque tout le temps, qui recueille aussi bien des listes de courses, des plans détaillés d’articles, des états d’âme intimes, des morceaux de poèmes et des poèmes entiers, une pensée qui me vient je ne sais d’où et que je juge utile de consigner, « au cas où ! » Il y a même des lettres que j’ai envoyées, les lettres d’amours à celle (!) que j’aime et ceux que j’aime et d’autres, de reproches (aux mêmes que cités précédemment) qu’il m’a suffi d’écrire pour éteindre les rancœurs. C’est fourre-tout mais représentatif du boxon qui habite mon cœur et mon cerveau, nul besoin d’être public, puisque cela m’apporte ce que j’en attends.

Donc, disais-je, un billet de blog est fait pour être lu, et pour être lu, une nécessité première est d’être en capacité d’écrire régulièrement. Je ne le suis pas, et c’est pour cette raison que j’ai choisi, en accord avec le taulier, de publier ce que je crois pertinent chez mon véritable ami Nathanaël. Son blog jouit d’une belle audience, et je sais que mes écrits y seront davantage lus qu’ici même. Tant mieux.

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Où voulais-je en venir ? J’écris comme ça vient, il est tard cette nuit et ce que vous perdez en rigueur ( celle qui permet de raisonner correctement, pas celle de Fabius!), je vous le rembourse en sincérité, promis ! Donc, disais-je, je n’écris pas régulièrement. Encore moins ces temps-ci, j’ai prévenu à plusieurs occasions, c’est l’hiver, et l’hiver je suis fatigué et je déprime. Chaque année. Et puis cette année je ne dors plus. La preuve, il est 3h10 sur mon méridien, je bosse dans moins de 6h. Je ne dors plus parce que je vis dans le même monde que vous. Et je sais pas ce que vous en pensez, mais ce que je vois me file la nausée. Chez moi, ça fonctionne comme une éponge, voire un virus. Voir la laideur qui m’entoure me souille, m’enlaidit. Comme Franquin, j’ai les idées noires. Dit comme ça, j’ai bien conscience de ce que vous pensez. Oh là là, il va mal Arthur. Je vous rassure, en vérité j’ai parfois le blues, comme toi lecteur. En vérité, j’ai la chance (et j’espère que toi aussi, camarade lecteur) de pouvoir compter sur mes amis, finalement assez nombreux (car j’y compte ma famille, tout le monde n’a pas cette chance), pour vider mon sac, les entendre me requinquer par l’amour qu’ils ont la gentillesse de m’offrir.

Mais si je ne dors plus, c’est surtout parce que je milite. À l’élan joyeux qui m’animait l’été dernier a succédé la réalité de l’action politique, de l’inaction politique, bien trop souvent. Sur ce point, il y a mon inaction par fainéantise, l’inaction du collectif par des querelles de gauchistes. Il y a surtout que militer, quand on a une certaine conception de la gauche, c’est le plus souvent être le témoin de la dureté de la vraie vie des vrais gens. Sur le terrain militant, les discours télévisés des ministres, les protestations médiatiques de tel ou tel camp, mais surtout la réalité des conséquences des choix législatifs et exécutifs nous heurte de plein fouet. À chaque action, on rencontre ces femmes et ces hommes littéralement victimes du système capitaliste. Me revient un visage cette semaine, celui de cet ouvrier de PSA, camarade du Parti de Gauche, à la tribune pour présenter la situation des gars d’Aulnay. Derrière le constat critique, derrière la résolution et la détermination affichée, on sentait l’émotion d’un être humain broyé par cette machine infecte. Celui qui ne l’a pas ressenti n’écoutait probablement pas. Je ne dors plus parce que si j’ai choisi de m’engager, ce n’est pas par jeu, pas par vanité, pas par ambition, mais parce qu’au risque d’amuser certaines de mes connaissances, je crois que nous, prolétaires, sommes une force. J’ai choisi de m’engager parce que j’ai la naïveté (ou pas) de penser que mes actes, inspirés de ceux qui m’ont précédé dans cette voie, en inspireront d’autre à ma suite.

Je n’écris plus parce que je ne dors plus, je n’écris plus parce que je suis débordé. J’essaie de mener ma première tâche, celle d’être un travailleur compétent, avec application ( et, dans l’espoir de la mener avec talent). C’est la première parce qu’en prétendant défendre les intérêts des ouvriers, il me semble que je ne peux être légitime qu’en étant un travailleur actif et compétent : pour moi, la pire des illusions est bel et bien cette tendance à la professionnalisation de la politique. Non, ce n’est pas un métier, c’est un devoir citoyen ! J’essaie désormais d’en mener d’autres, d’être un bon militant, un militant utile, c’est à dire un militant qui ne nie pas les états d’âme énoncés plus haut, parce qu’ils sont la première conséquence de mon regard sur la société. Mais surtout, être un militant que ces états d’âme ne découragent pas, au contraire. J’apprends à faire de cela une force, une raison d’aiguiser chaque jour un peu plus ma combativité, ma détermination. Je ne dois pas me laisser aller, car ma tâche est noble et nécessaire, c’est celle de changer le monde, jour après jour.

gaston

Ne regrette pas, cher lecteur, de moins me lire ici. Je ne t’abandonne pas, au contraire, je me suis rapproché de toi.

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Une réflexion sur “Je ne dors plus

  1. […] Blaumequiste se réveilla en sursaut en plein milieu de la nuit dans sa chambre d’hôtel […]

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